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L'Italie dégradée par S&P, Silvio Berlusconi démonétisé

Robert Lavéran

Publié le 21 septembre 2011 à 10:27 - Mis à jour le 21 septembre 2011 à 10:27

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Standard & Poor's pointe les ambiguïtés d'un plan de rigueur qui ne remplit pas les conditions d'une reprise de la croissance mais aussi la gestion de la coalition du Cavaliere.

On attendait Moody's, ce fut Standard & Poor's (S&P). Pour le reste, en décidant d'abaisser la note de solvabilité de l'Italie d'un cran, de A+ à A, l'agence d'évaluation financière américaine n'a pas vraiment créé la surprise dans la péninsule. D'ailleurs, mardi soir, la Bourse de Milan n'a pas plongé comme si la décision avait été largement anticipée. Piazza Affari a clôturé en hausse de 1,9 %. En revanche, les justifications de l'agence ont provoqué une violente polémique, le gouvernement dénonçant une évaluation erronée et partiale.

Pour S&P, le déclassement de la note du pays est d'abord la conséquence de « l'affaiblissement des perspectives de croissance de l'Italie » alors que l'endettement avoisine les 120 % du PIB. Mais l'agence ajoute un autre élément d'appréciation selon lequel « la fragilité de la coalition au pouvoir et les divergences politiques au Parlement vont probablement continuer de limiter la capacité de l'État à répondre de manière décisive à un environnement macroéconomique difficile sur le plan intérieur et extérieur ». En clair, la majorité au pouvoir de Silvio Berlusconi est visée. Il faut dire que le plan de rigueur exceptionnel a été plusieurs fois remanié sous la pression des syndicats, des collectivités locales et, surtout, des alliés politiques du Cavaliere. Adopté définitivement la semaine dernière, il prévoit environ 54 milliards d'euros d'économies supplémentaires en deux ans afin de parvenir à l'équilibre budgétaire dès 2013.

« Mon coeur saigne »

Annoncé en grande pompe à la veille du 15 août, le plan était notamment articulé autour de la suppression de multiples collectivités locales, de la majoration de 20 % des taxes sur les gains financiers ainsi que d'une « contribution exceptionnelle de solidarité » de 5 % pendant trois ans pour les Italiens gagnant plus de 90.000 euros annuels. « Il n'y a pas d'alternative à ce plan de rigueur », avait jugé Silvio Berlusconi qui, dans le même temps, avait lâché « mon coeur saigne à l'idée d'augmenter les impôts ». Moins de quinze jours plus tard, le gouvernement a revu de fond en comble son projet en concentrant son plan sur la lutte contre l'évasion fiscale avant de le corriger définitivement en décidant d'augmenter le taux de TVA d'un point. Cédant à ses soutiens et ses alliés, le Cavaliere a pratiquement supprimé la contribution exceptionnelle de solidarité et n'a modifié qu'à la marge le système des retraites. La Ligue du Nord menaçait d'ouvrir une crise gouvernementale : « On ne touche pas aux retraites des travailleurs ! »

Dans ce contexte, S&P a estimé que les autorités italiennes « restent réticentes » à adopter des réformes structurelles indispensables pour faire repartir la croissance et que les objectifs de réduction du déficit seront « difficiles à atteindre ». L'agence a pointé les ambiguïtés d'un plan de rigueur qui porte aux deux tiers sur les recettes et entraînera « une performance économique plus faible, de nature à en limiter l'efficacité ».

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En réponse, le gouvernement a sévèrement réagi mardi à l'analyse de S&P en publiant un communiqué très sec : « Les évaluations de S&P semblent davantage dictées par les articles des quotidiens que par la réalité des choses et elles apparaissent faussées par des considérations politiques. » Le gouvernement est « solide » soutient-on dans l'entourage du Cavaliere. Dans un inhabituel dialogue à distance, l'agence a répliqué que ses « notes souveraines sont des évaluations apolitiques » et qu'elles n'ont pour objet que d'évaluer « le risque de crédit fourni aux investisseurs ». Affaibli par les scandales judiciaires et sexuels, politiquement prisonnier des voix de la Ligue du Nord et ne disposant que d'une faible majorité à la Chambre de députés, Silvio Berlusconi, âgé de 74 ans, ne semble plus l'homme de la situation. C'est ce que pense l'opposition qui lui demande de démissionner au plus vite : « Nous sommes au bord du gouffre, il doit se retirer. » Mais les centristes ainsi qu'une partie des dirigeants de la droite comme les ex-ministres de l'Intérieur Beppe Pisanu et Claudia Scajola lui demandent aussi de faire preuve de « responsabilité ». Les syndicats s'opposent à une austérité qu'ils jugent « injuste » et incapable de répondre aux besoins du pays. Quant au patronat, il est sorti de sa réserve. La présidente de la Confindustria, Emma Marcegaglia, n'hésite plus à dire « basta » : « On ne peut plus supporter cette impasse. » Mardi, elle a ajouté, dans une allusion à peine voilée aux frasques sexuelles du Cavaliere : « Nous sommes un pays sérieux, on en a marre d'être la risée internationale et d'être reçus à l'étranger avec un sourire en coin. » Pour l'heure, le président du Conseil n'entend pas céder d'un pouce.

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Robert Lavéran

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