Deux mondes, deux styles de businesswomen

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Le classement mondial des entrepreneures les plus fortunées est désormais dominé par les Chinoises. De fait, le fossé se creuse entre les héritières du Vieux Monde et les « self-made women » des pays émergents

Shanghai. 20 septembre. Selon le dernier classement publié par le groupe Hurun, au classement des self-made women milliardaires dans le monde, les Chinoises raflent dix-huit places sur vingt-huit ; elles sont sept à figurer au top ten. Sur la première marche du podium avec 5,5 milliards de dollars Wu Yajun qui, avec sa famille, a créé et dirige le géant de l'immobilier chinois : Longfor Properties à Chongqing. En troisième position, Zhang Xin a elle aussi fait fortune dans l'immobilier, avec Soho China. Leur particularité : outre leurs talents, l'une et l'autre sont jeunes ! Ni Wu ni Zhang ne sont des exceptions : parmi les cinquante self-made women chinoises les plus fortunées, trente-trois n'ont pas 40 ans ! La machine est en marche.

« La moitié du ciel »
Au hit-parade des 1 000 personnalités les plus riches de Chine, les femmes progressent ; cette année, elles sont 156. Leur âge moyen (48 ans) est de trois ans inférieur à celui des hommes. « Les femmes doivent beaucoup à Mao Zedong, explique Nandani Lynton, professeur à la China Europe International Business School, le Grand Timonier avait déclaré qu'elles représentaient la moitié du ciel et que toutes les femmes devaient travailler. » Quand, en 1977, après la Révolution culturelle et dix ans pendant lesquels les universités sont restées fermées, elles ont été aussi nombreuses que les hommes à passer le concours d'entrée, le fameux Gao Kao pour échapper à une vie de misère. C'est ce qu'a fait Yan Lan, la nouvelle dirigeante de la filiale de Lazard en Chine. Depuis, les Chinoises sont considérées comme très ambitieuses (selon une étude new- yorkaise, 76 % d'entre elles aspirent à des postes de top management contre 56 % des Américaines). Le temps moyen de travail des femmes atteint jusqu'à 71 heures par semaine.
Pour Véronique Morali, présidente du Women's Forum : « Comme pour d'autres pays émergents, la différence avec l'Occident est énorme. Les Etats-Unis sont fondés sur la dynamique entrepreneuriale ; là-bas, si on n'est pas entrepreneur, on n'existe pas. En Europe, en France en particulier, les entreprises suscitent de la méfiance. On est fier d'elles, mais on valorise avant tout la méritocratie républicaine, la fonction publique, quitte à entretenir une certaine rigidité. Nous sommes habitués à ce que l'État soit notre pourvoyeur de richesse, nous n'avons pas un besoin impérieux d'entreprendre. Dans les pays neufs, il n'y a pas d'autres moyens pour exister que de créer son entreprise.»
Question de survie, aucun tabou sur l'âge ne vient handicaper un parcours. À chacun(e) de bâtir sa voie vers la fortune.

La fortune à la dure
L'histoire de Chunhong Chen est exemplaire. Candidate des finalistes au cinquième Cartier's Awards, elle est issue d'une famille nombreuse, élevée dans un village du Sud-Est de la Chine. À l'adolescence, ses parents n'ayant pas les moyens de l'envoyer à l'université, elle travaille cinq ans en usine et passe son diplôme d'institutrice en candidat libre. Son père et son frère ayant inventé un nouveau système de toilettes qui permet d'économiser 83 % d'eau par rapport aux modèles classiques qui dépensent six litres d'eau à chaque usage, c'est elle qu'ils envoient à Shanghai commercialiser leur invention. Aucune connexion, le strict minimum pour vivre. Elle s'accroche à sa brochure et entreprend de convaincre ses premiers acheteurs. C'était en 2008. L'an dernier, pendant l'Exposition universelle de Shanghai, des millions de personnes ont testé cette technologie, au pavillon des Nations unies notamment. Aujourd'hui l'entreprise emploie 30 personnes et est soutenue par les autorités. Dans les cinq ans qui viennent, Chunhong Chen espère équiper 30 % des 36 millions d'appartements qui seront construits en Chine, sans compter l'international. Là encore, elle ne compte pas ses heures : de 7 heures à minuit, sept jours sur sept.
« Les filles de » et « épouses de » qui dominent les classements des fortunes mondiales et françaises, n'ont pas, c'est un euphémisme, tout à fait le même rythme de vie.

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