Après cette folle semaine, les milieux économiques restent volontairement discrets.La sidération a laissé la place à l'embarras. Une semaine après la dissolution, les milieux économiques regardent avec effroi le cours de la Bourse s'effondrer, les marchés s'affoler, le « spread », - l'écart entre les taux d'emprunt français et allemands - se creuser. Et découvrent, avec inquiétude, les premiers éléments de programme du Rassemblement national ou du Nouveau Front populaire. Les qualificatifs fusent : « dangereux », « dispendieux », « irréalistes »...
Mais ces mots ne sortent pas des conclaves patronaux. Aux sollicitations de La Tribune Dimanche, les chefs d'entreprise répondent : « Les patrons n'ont pas vocation à entrer dans le débat politique. » Ou encore : « Que dire quand 40 % de nos salariés ou de nos clients votent aux extrêmes ? »
Selon eux, tout commentaire est malvenu, voire contre-productif. « On nous déteste, surtout les grands patrons... alors si on parle, on prend le risque de faire monter encore le RN ou le front de gauche », assure l'un d'eux. « Donner des consignes de vote ? Mais, c'est la meilleure façon de crisper encore les électeurs », plaide un autre.
Grande retenue
Contre-productif, c'est aussi l'argument que l'U2P, organisation qui réunit les artisans et petits entrepreneurs, a avancé lundi dernier quand l'idée d'une expression commune a germé dans les rangs patronaux. Au lendemain des européennes, pour dénoncer le péril que représenterait une majorité détenue le 8 juillet prochain par le camp du RN, les états-majors du Medef et de la CPME ont tenté d'écrire, ensemble, une déclaration. Mais l'initiative a vite fait pschitt.