En Corse, l’incroyable résurrection d’un marbre vert, unique au monde
Jean-Marc Rafaelli
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La Chapelle des Princes Médicis abritée par la basilique San Lorenzo de Florence magnifie le Verde d'Orezza
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La Chapelle des Princes Médicis abritée par la basilique San Lorenzo de Florence magnifie le Verde d'Orezza
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Au cœur de la Castagniccia, dans la Corse des montagnes de schiste, se trouve Orezza, du nom d'une ancienne pieve de Corse (l'équivalent administratif actuel de la circonscription), un territoire jadis prospère mais aujourd'hui déserté, connu pour sa célèbre source thermale ferrugineuse appréciée dans l'Antiquité par les Romains pour ses vertus curatives. Plus méconnu, le filon minéral qui serpente à quelque 700 mètres d'altitude depuis la nuit des temps, celui d'une roche ornementale dénommée « Verde d'Orezza » ou « Verde di Corsica », le Vert de Corse. Son appellation géologique, smaragdite- du latin smaragdus qui signifie émeraude - ne rend qu'imparfaitement justice au lumineux dégradé de verts et de reflets gris bleuté qui lui confère un caractère exceptionnel et endémique. Apparu il y a environ 50 millions d'années d'une surrection, un soulèvement tectonique, ce gisement est considéré comme une rareté au monde en raison de la concentration singulière et luminescente de cristaux verts.
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Située sur la commune de Carchetu-Brusticu (48 habitants), dans un massif forestier plusieurs fois millénaire, union improbable de châtaigniers agonisants et de vaillants chênes verts, cette « barre » géologique, qui prend naissance à plus de 20 kilomètres sous l'écorce terrestre, s'est lentement affaissée sur elle-même, provoquant une coulée de pierres jusque dans Fium'Altu, le fleuve dont les eaux limpides et roucoulantes ont servi d'écrin au Verde d'Orezza mais aussi de lieu ou plutôt de lit naturel privilégié de prélèvement de ces cailloux de valeur depuis des temps immémoriaux. Dans un ouvrage de référence paru en 1820 et dédié à l'héritage minéralogique de la Corse, un éminent ingénieur en chef des mines dauphinois, Émile Gueymard, premier doyen de la Faculté des Sciences de Grenoble, qualifiait l'endroit d'« Élysée de la géologie. »
Jean-Marc Rafaelli