Sa visite était très attendue par les habitants de Mayotte, frappés par le cyclone tropical Chido le 14 décembre dernier. Ce lundi 30 décembre, François Bayrou a annoncé qu'une « loi d'urgence » sera présentée le 3 janvier en Conseil des ministres. Le texte sera présenté, puis débattu au Parlement « sous quinze jours », a-t-il ajouté.
Le Premier ministre, qui prenait la parole devant, les élus locaux, pour présenter un plan de reconstruction de l'archipel baptisé « Mayotte debout », accompagné de cinq ministres - dont les ministres d'Etat Elisabeth Borne (Education) et Manuel Valls (Outre-mer) -, a également demandé que l'électricité soit « rétablie dans chaque foyer fin janvier ». Pour y parvenir, il a annoncé « un renfort de 200 agents pour atteindre cet objectif » et l'envoi au total par EDF de « 200 groupes électrogènes, une dizaine par commune » pour faire fonctionner les équipements indispensables. En outre « 20 techniciens EDF arriveront en renfort dans la semaine pour organiser (des) commandos » techniques dans chaque commune et intervenir sur « les ruptures de réseaux basse tension ».
En outre, selon François Bayrou, le projet de « loi programme de refondation » de l'archipel « préparé et conçu avec les élus de Mayotte, sera mis au point dans les trois mois ». Le 20 décembre, le président de la République avait déjà promis une« loi spéciale » pour « rebâtir » Mayotte. Un objectif réalisable en deux ans, avait alors estimé François Bayrou.
Lors de cette prise de parole, l'Etat et les pouvoirs publics locaux se sont engagés à « interdire et empêcher la reconstruction des bidonvilles » à Mayotte, François Bayrou précisant que ces dispositions pourront être « inscrites dans la loi ».
Concernant le bilan du cyclone, François Bayrou a affirmé, plus tôt dans la journée, que les « rumeurs de milliers de morts » n'étaient pas « fondées à l'heure qu'il est » et que le bilan des décès se compte plutôt en « quelques dizaines ou quelques centaines peut-être, c'est dans ces zones-là, nous disent les observateurs de terrain, où on se trouve », estimant qu'« il faut en parler avec une très grande prudence ». Le préfet de Mayotte avait évoqué au lendemain de la catastrophe la possibilité qu'il y ait « plusieurs centaines » de morts. « Peut-être approcherons-nous le millier, voire quelques milliers », avait-il ajouté.
Les principales mesures du plan
Electricité : Le chef du gouvernement souhaite que l'électricité soit rétablie dans
« chaque foyer » à Mayotte d'ici à la fin janvier. Pour atteindre cet objectif, Electricité de Mayotte (EDM) recevra un renfort de 200 agents.
En attendant, 200 groupes électrogènes seront mis à disposition pour « le fonctionnement des équipements indispensables ». Vingt techniciens EDF seront envoyés en renfort pour constituer des « commandos », chargés avec les communes et EDM de repérer les ruptures de réseau basse tension, puis d'intervenir.
Eau : L'armée interviendra pour aider les équipes locales
« sur le réseau de distribution de l'eau, la remise en état du réseau routier et des constructions détériorées ». Dès la fin de cette semaine, le volume de production d'eau potable atteint sera de 38.000 m³ par jour, soit celui d'avant Chido. Avec le plan
« Mayotte Debout », le gouvernement prévoit d'atteindre d'ici au 30 juin, une production de 40.000 m³ par jour. Il est prêt à augmenter les moyens du plan Eau Mayotte, qui prévoyait 60 millions d'euros d'investissements en 2025,
« en fonction des besoins ».
Télécommunications : Pour assurer les communications en urgence, le déploiement de 200 Starlinks (systèmes de liaison satellite de la société américaine SpaceX) sera effectué. Une
« solution 5G » devra être déployée d'ici fin juin 2025.
Dans les deux ans, un réseau de fibre optique sera déployé avec un appui financier public de 50 millions d'euros.
Logement : Un plan d'urgence est lancé pour la mise au sec des bâtiments publics et des résidences des Mahorais. L'Etat s'engage à livrer
« dans la semaine » 140 tonnes de bâches, s'ajoutant aux 100 tonnes de bâches déjà livrées. Des éléments de charpentes métalliques et des tôles seront acheminés en urgence
« et seront inclus dans la liste de produits à prix bloqués ».
Les Mahorais pourront disposer de prêts garantis par l'Etat, assumés par la Banque des territoires, qui seront accordés « dans des conditions exceptionnelles réservées aux catastrophes naturelles de grande ampleur comme Chido ». Les bénéficiaires disposeront de 5 années de différé d'amortissement, soit 0 euros par mois pendant cette période, puis de 25 années de remboursement, avec une mensualité moyenne de 6 euros par mois pour 1.000 euros empruntés.
L'Etat et les pouvoirs publics locaux s'accordent pour « interdire et empêcher la reconstruction des bidonvilles ».
Écoles : La rentrée prévue le 13 janvier
« aura lieu selon les modalités adaptées, établissement par établissement », a indiqué M. Bayrou.
« Une scolarisation temporaire dans l'Hexagone pourra être organisée » pour ceux qui le souhaiteront. M. Bayrou a rappelé que la France l'avait fait pour l'Ukraine. A Mayotte, des « tentes-école » seront montées cette semaine « pour les premiers besoins ».
Un plan d'attractivité et de fidélisation des enseignants sera lancée, tout comme un plan « Volontaires Écoles Mayotte » pour pallier le manque d'enseignants en faisant appel à « des étudiants, des retraités, des enseignants volontaires ».
Sécurité : Le plan prévoit la formation de 300 gendarmes et policiers auxiliaires mahorais pour assister les unités locales.
Les patrouilles aériennes et maritimes seront renforcées et des drones seront utilisés pour « assurer le respect des frontières ».
Un plan vigilance opéré par des forces de l'ordre sera proposé au président Emmanuel Macron afin d'assurer la sécurité, notamment des établissements scolaires.
Santé : Dans un délai de 3 mois, un plan
« d'attractivité et de fidélisation » sera lancé, axé notamment sur les médecins, les sages-femmes et
« toutes les professions en tension dans le domaine médical ».
Transports : Le plan prévoit la réfection de la tour de contrôle de l'aéroport Marcel Henry
« pour le rétablissement puis le renforcement du trafic ». Les vols commerciaux reprendront à compter du 1ᵉʳ janvier.
L'Etat soutiendra le « rapatriement d'urgence des habitants de Mayotte retenus hors de France à cause de la catastrophe ».
Economie : Face aux dégâts colossaux, les cotisations sociales pour toutes les entreprises sont suspendues jusqu'au 31 mars.
Sont prévues aussi des aides financières d'urgence pour toutes les entreprises, par compensation de la perte de chiffre d'affaires à hauteur de 20 % du chiffre d'affaires moyen, avec un plafond fixé à 20.000 €.
L'Etat soutiendra le développement des filières agriculture et pêche et mobilisera des fonds européens pour la reconstruction des installations agricoles.