ENTRETIEN — Chargé de ce dossier au sein du gouvernement d’Élisabeth Borne en 2022, l’ancien préfet Jean-François Carenco voit dans la catastrophe à Mayotte l’occasion de répondre aux défis structurels de l’archipel.
LA TRIBUNE DIMANCHE — Les propos du chef de l'État, expliquant aux Mahorais qu'ils devraient être « contents d'être en France », ont fait polémique. Vous comprenez que cela ait choqué ?
JEAN-FRANÇOIS CARENCO — C'est avant tout une formulation maladroite. Je comprends que les gens soient malheureux parce qu'ils manquent d'eau, de nourriture et d'électricité. J'ai été très ému par cette catastrophe. Mais il faut regarder la réalité en face. L'aide arrive et l'État est au rendez-vous dans la gestion de l'après-cyclone.
LTD - Avec un niveau de vie sept fois inférieur au niveau national, la situation socio-économique à Mayotte était déjà fragile. Faut-il craindre qu'elle en sorte durablement affaiblie ?
JFC - La population mahoraise va subir les conséquences de ce cataclysme pendant quelques années. Mais avec cette crise, on peut aussi voir une opportunité de régler un certain nombre de sujets antérieurs au cyclone : la démographie, l'immigration, l'eau, l'urbanisme, le niveau de vie... Même si la situation avait déjà progressé depuis une dizaine d'années. Nous pouvons collectivement faire mieux. Ça demande du temps, de la responsabilité, des moyens. Dans quatre ans, j'espère que le département se trouvera dans une meilleure situation que celle de l'avant-cyclone, avec un niveau de vie plus proche du niveau national.
LTD - Quelle forme pourrait prendre la reconstruction ?
JFC - J'émets l'idée que le futur gouvernement, en accord avec le conseil territorial de Mayotte, charge une société de maîtrise d'ouvrage pour l'ensemble de la reconstruction de l'île. Il nous faut un opérateur crédible, qui pourrait être intégré à la loi spéciale. Nous avons besoin d'une vision à long terme, d'une cohérence dans les décisions et d'une capacité de financement. Mais il faut être réaliste : en deux ans (le délai suggéré par le Premier ministre), on ne pourra pas tout faire. Il faut d'abord rétablir l'eau, l'électricité, les routes, ensuite reloger les gens, reconstruire les écoles, rebâtir le tissu économique... Si on tient cela en quatre ans, ce sera déjà bien.
Newsletter
La Tribune Dimanche
Chaque dimanche, l’essentiel de l’actualité économique, politique et sociétale.