Budget 2025 : le FMI alerte sur l'impact des économies pour la croissance française
latribune.fr
Un « effort significatif » de consolidation budgétaire est nécessaire en France « dès l'année prochaine », a estimé ce mardi auprès de l'AFP le chef économiste du Fonds monétaire international (FMI).
Dans une déclaration ce mardi, le chef économiste du Fonds monétaire international (FMI) juge qu'il « est normal et souhaitable qu'il y ait une consolidation des comptes publics en France ». Mais le haut cadre met en garde contre une cure budgétaire freinant l'activité et les investissements d'avenir.
Un « effort significatif » de consolidation budgétaire est nécessaire en France « dès l'année prochaine », a estimé ce mardi auprès de l'AFP le chef économiste du Fonds monétaire international (FMI), Pierre-Olivier Gourinchas.
« La trajectoire budgétaire n'est pas souhaitable, d'autant plus que les raisons qui font que l'on peut avoir des dépenses très élevées, lorsque l'on fait face à une situation de crise, ne sont plus là », a-t-il précisé.
«Il est normal et souhaitable qu'il y ait une consolidation des comptes publics en France», a souligné le chef économiste du FMI, «pour montrer que, de manière décisive, la trajectoire des finances publiques va revenir vers un sentier soutenable».
A l'heure où ces mots du chef économiste du FMI sont prononcés, les députés sont en plein examen du projet de budget 2025 au sein de l'hémicycle. Ils ont en effet entamé lundi la consultation de la partie « recettes » du budget de l'Etat pour 2025, qui prévoit 60 milliards d'économies.
Mais le haut cadre du FMI prévient : cette consolidation des finances publiques doit cependant être réalisée de « manière crédible et sur une certaine durée, pour ne pas tuer la croissance tout de suite », a-t-il alerté. Néanmoins, « il y aura certainement un ralentissement de l'économie, qui sera lié à la consolidation », jugeant cependant ce « sacrifice » comme étant nécessaire.
Sans pour autant « faire l'économie de réformes qui vont soutenir la croissance, 1,1% de croissance ce n'est pas suffisant », a aussi prévenu Pierre-Olivier Gourinchas, qui appelle la France à des mesures permettant « d'avoir une croissance un peu plus soutenue », et à ne surtout pas « sacrifier les investissements d'avenir ». « Il faut un arbitrage sur le type de dépenses qu'il faudra réduire ou non, afin de sauver le plus possible la croissance » a conclu Pierre-Olivier Gourinchas.
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L'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) va dans le même sens que le FMI : dans une note publiée mercredi dernier, il a souligné l'impact négatif sur l'activité des mesures de réduction des dépenses et des hausses d'impôts, prévues dans le cadre du redressement des finances publiques.
Alors que le gouvernement s'est engagé à réduire le déficit public à 5% en 2025, l'institut souligne que les efforts de redressement des finances publiques amputeront la croissance de 0,8 point de PIB. Ses conjoncturistes prévoient en outre que le déficit public atteindra en réalité 5,3% du PIB fin 2025, et non 5% comme espéré par le gouvernement.
Les débats du PLF ont commencé à l'Assemblée
Dans son propos introductif tenu devant les députés ce mardi, le ministre de l'Economie Antoine Armand a, en effet, plaidé pour un budget devant permettre de ramener le déficit public à 5% du PIB en 2025, réfutant toute « austérité » alors qu'il prévoit une augmentation de la dépense publique en volume de « 0,4% ». Antoine Armand a argué que deux tiers de l'effort proviendraient d'une baisse des dépenses. « Nous ne proposons pas d'imposer toujours plus les Françaises et les Français qui travaillent, ou ceux qui transmettent le fruit de leur travail à leurs enfants », a-t-il promis.
« Si le chemin que vous nous proposez est celui du matraquage fiscal, ne comptez pas sur le gouvernement pour le cautionner », a renchéri le ministre du Budget Laurent Saint-Martin, en référence aux 60 milliards d'euros de nouvelles recettes fiscales votées en Commission des finances par le bloc de gauche le weekend dernier. Une version du texte qui n'a pas été retenue au sein de la commission, au grand soulagement du gouvernement.
Faute de majorité pour le gouvernement à l'Assemblée, et au vu des divergences avec les députés issus de l'opposition, de nombreux observateurs estiment que le seul horizon du PLF sera une adoption sans vote, via l'article 49.3 de la Constitution.
Un déficit excessif dans le viseur de Bruxelles
Pour mémoire, le déficit public de la France s'est creusé en 2024 à 6,1% du PIB et la dette a atteint 110% du PIB, soit environ 3.159 milliards d'euros. En cause notamment, des recettes fiscales moins élevées qu'attendues, selon Bercy.
Cette situation budgétaire a conduit l'Union européenne a formellement lancer contre la France le 26 juillet une procédure de « déficits publics excessifs » (au-delà de 3% de PIB). Si celle-ci n'arrive pas à le résorber, des sanctions financières à hauteur de 0,1% du PIB par an - soit près de 2,5 milliards d'euros dans le cas de l'Hexagone - sont prévues. Mais en réalité, ces punitions, politiquement explosives, n'ont jamais été appliquées jusqu'à aujourd'hui.
Enfin, Paris subit une pression de plus en plus forte de la part des agences de notation financière. Le 12 octobre, l'agence de notation Fitch a maintenu la note AA- de la France, mais en la plaçant sous « perspective négative ». Le 25 octobre prochain, c'est l'agence Moody's qui rendra son verdict, suivie de S&P le 29 novembre.