C'est quoi le bureau en 2022 ?
Laurent-David Samama
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Les habitudes ont la vie dure... En France, selon un modus operandi qui remonte à la Révolution, le patron entend régir la vie de ses salariés, la hiérarchie oriente les modes de vie, on travaille ensemble et sous l'œil vigilant d'un chef et force est de constater que les nouvelles technologies n'ont rien changé à l'affaire : que ce soit IRL (comprendre In Real Life, « dans la vie réelle ») ou bien par écrans interposés, finalement le travailleur continue de pointer. Il faut bien se rendre à l'évidence : nous vivons dans un pays qui a tellement organisé l'activité professionnelle autour de la notion de bureau qu'il demeure suspect de ne pas travailler en collectivité. Les études comme les travaux de recherche l'attestent d'ailleurs : jusqu'à la survenue de la crise du Covid-19 et des confinements, la France accusait un retard tout à fait assumé en matière de télétravail. Ce n'était tout simplement pas dans nos habitudes laborieuses. Il aura donc fallu un bouleversement mondial pour faire évoluer, bon gré mal gré, nos façons de faire. En la matière, selon le baromètre Malakoff Humanis, seuls 31 % des salariés français pratiquaient le télétravail à temps complet ou partiel en décembre 2020, contre 44 % en juin 2021. La même étude indique sans surprise que la jeune génération, déjà à l'aise avec l'utilisation d'ordinateurs, de smartphones et plus généralement d'écrans s'est plus vite et mieux adaptée aux contraintes du travailler chez soi. En revanche, les travailleurs en fin de carrière tirent la langue. Leur conception du salariat implique souvent le fait d'organiser leur journée autour d'heures de présence obligatoire. Car au fil du temps, l'obligation « présentielle » s'est muée en volonté propre sinon en goût personnel. On vient ainsi au bureau pour faire société, pour discuter devant la machine à café, pour déjeuner en compagnie de ses collègues, pour faire équipe dans un monde qui tend de plus en plus à l'individualisme. De là le rejet d'une certaine forme de virtualité lorsqu'il a fallu modifier les méthodes, porter des masques, éloigner les postes, chaises et tables jusqu'à ne plus venir du tout au bureau. Et quand bien même la loi obligeait les entreprises à généraliser le télétravail pour limiter les risques de propagation du virus, on traînait la patte sans faire de zèle. Fin décembre, le ministère du Travail avait annoncé haut et fort que les entreprises seraient désormais contraintes à placer les salariés en télétravail 3 à 4 jours par semaine sous peine d'amende, et ce pour une durée de trois semaines à compter du 3 janvier. Mais il s'avère que les données recueillies par Harris font état de seulement 29 % de Français actifs réellement en télétravail au début du mois de janvier. Peu à peu, cette nouvelle façon de gagner sa vie a pu se muer en calvaire physique et mental. Signe du mal-être, le quotidien l'Humanité révèle que 26 % de télétravailleurs ont perçu dans cette pratique des conséquences sur leur santé psychologique. Plus largement encore, 43 % des managers déclarent avoir eu des difficultés à gérer la fragilité de certains salariés. Qu'est-ce à dire ? Certainement que le bureau nous aura, contre toute attente, cruellement manqué depuis deux ans. Reste à savoir ce que peut être le bureau en 2022, comment il s'incarne et quelle(s) réalité(s) il peut encore recouvrir à l'ère du cloud, des mails, des ordinateurs portables et du repli autarcique, dans son cocon ou à la campagne...
Laurent-David Samama