Commerce extérieur : 120.000 entreprises françaises exposées au Brexit

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(Crédits : iStock)
60.000 entreprises françaises qui font du commerce avec le Royaume-Uni n'ont jamais réalisé de formalités douanières pour exporter en dehors de l'Union européenne selon une étude des douanes. En cas de "hard brexit", les risques de blocage pourraient s'amplifier sur l'appareil exportateur français.

Face à l'impasse d'un divorce sans accord, la première ministre Theresa May a demandé ce vendredi 5 avril un report du Brexit jusqu'au 30 juin pour tenter de résoudre la crise politique au Royaume-Uni. De son côté, le président du conseil européen Donald Tusk a suggéré un report flexible d'un an ou plus. Dans ce contexte, de multiples options restent sur la table même si la perspective d'un "hard brexit" approche à grand pas si aucune solution n'est trouvée d'ici le 12 avril prochain.

En attendant, les entrepreneurs et les investisseurs sont plongés dans le flou le plus total et l'impatience se fait ressentir des deux côtés de la Manche. Rien qu'en France, plus de 120.000 entreprises sont à l'origine des échanges avec le royaume selon des chiffres dévoilés par le service des douanes françaises ce vendredi 5 avril dans une étude. "En cas de Brexit, l'ensemble de ces entreprises sera touché par la modification des modalités des flux de marchandises en provenance et / ou à destination du Royaume-Uni" précisent les auteurs du document.

Lors d'une récente journée au Sénat consacrée au Brexit, Christian Cambon, président de la commission des affaires étrangères avait déclaré que "le Brexit n'a pas eu lieu et ses conséquences économiques se font déjà ressentir [...] Le Brexit est avant tout perdant-perdant. La décision du peuple britannique a déjà fait perdre 6 milliards d'euros aux exportateurs français. Les risques sont nombreux. À l'heure des États continents, l'Europe prend le risque de la diffraction".

> Lire aussi : Commerce extérieur : les effets du Brexit sont déjà visibles

90.000 entreprises importent des produits de Grande-Bretagne

Sur l'ensemble des entreprises réalisant des échanges avec nos voisins, 10.000 seulement effectuent à la fois des importations et des exportations. Une très grande majorité réalise des importations (90.000) et 20.000 ne réalisent que des exportations. Sans grande surprise, une bonne part des entreprises exportatrices sont en majorité des PME (25.000 environ). Les entreprises de taille intermédiaire (ETI) et les grandes entreprises (GE) ne sont que 4.300 environ à faire du commerce outre-Manche.

Sur le total des entreprises exportatrices, plus du quart (25%) des entreprises n'ont jamais réalisé de formalité douanière extracommunautaire. Pour les entreprises importatrices, cette part est encore plus élevée (60,9%). Ce qui représente environ 60.000 entreprises. Une situation chaotique, en cas de séparation sans accord, pourrait survenir. En effet, le départ précipité du Royaume-Uni de l'Union européenne entraînerait l'application des règles de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) entre la Grande-Bretagne et le Vieux continent. Ce qui pourrait dans un premier temps créer une situation de fort ralentissement, voire de blocages entre les deux zones économiques.

Craintes pour les PME

Au palais du Luxembourg, le président de la région des Hauts-de-France, Xavier Bertrand, a rappelé que "le problème est que certaines petites entreprises n'ont pas toujours mis en place les outils d'informatique". De son côté,  Robert Launay, le vice-président de Crystal Group, une société spécialisée dans le transport international de marchandises, a signalé que "beaucoup d'entreprises de transport avec un à trois salariés ne connaissent pas l'international. On peut se poser des questions pour les Très petites entreprises". Depuis plusieurs mois, le gouvernement multiplie les appels vers les entreprises pour qu'elles se préparent au scénario du pire. Le 25 mars dernier, la secrétaire d'État auprès du ministre de l'Économie, Agnès Pannier-Runacher, a une nouvelle fois convoqué les fédérations professionnelles à Bercy.

"Elles doivent absolument préparer les entreprises à un "Brexit dur" non plus pour le 29 mars mais à partir du 12 avril. C'est un des scénarios qui est sur la table. Un Brexit dur nécessite que tout le monde soit prêt et que tout le monde ait bien compris les conséquences [...]. Aujourd'hui, il faut se préparer au pire et espérer du mieux."

Les exportations du Royaume-Uni s'orientent de plus en plus en dehors de l'UE

Parfois qualifiée de décision protectionniste, le Brexit pourrait au contraire confirmer une stratégie commerciale ouverte à l'espace extracommunautaire, replaçant l'Île encore un peu plus dans le commerce mondial. L'Union européenne reste tout de même le premier partenaire économique du Royaume-Uni. En 2018, elle représentait 53% des importations britanniques (301 milliards d'euros) et 47% de leurs exportations (194 milliards d'euros). Mais cette relation tend à s'éroder depuis quelques années. Les auteurs de l'étude des douanes soulignent que l'économie britannique est beaucoup moins intégrée à l'Union européenne que d'autres puissances.

"Malgré son importance évidente, le poids de l'UE dans le commerce extérieur britannique est inférieur à celui des autres États membres, qui réalisent pour la plupart les deux tiers de leurs échanges commerciaux à l'intra-communautaire : 63 % pour l'Allemagne, 66 % pour la France ou 64 % pour l'Espagne."

Cette stratégie se vérifie dans les chiffres depuis le début des années 2000. "Alors que les ventes à l'UE sont quasi stables depuis 2000 en valeur, elles ont progressé de 60 % avec les pays tiers, notamment vers la Chine, le Proche et Moyen-Orient et l'Europe hors UE". Lors d'un discours en janvier 2017, la locataire du 10 Downing Street avait précisé son ambition pour l'après-Brexit :

"Nous sommes un pays européens-et fiers de partager cet héritage-mais nous sommes un pays qui doit regarder au delà de l'Europe vers un monde plus large.[...] Le 23 juin n'a pas été le moment où le pays a choisi de se retirer du monde. C'est le moment que nous avons choisi pour construire une Grande-Bretagne vraiment globale".

Au regard des difficultés politiques outre-Manche, le Royaume-Uni est pour l'heure loin d'être en position de force pour appliquer cette doctrine encore très vague. Les différents rejets d'une majorité de parlementaires britanniques de l'accord négocié avec l'UE et les multiples demandes de report de la date de sortie ont considérablement affaibli la première ministre britannique.

> Lire aussi : Brexit : quel libre-échange veut Theresa May ?

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Commentaires
a écrit le 08/04/2019 à 12:01 :
Ca y est. On commence a ouvrir les yeux sur les consequences d'un Brexit.
Qu'il soit dur ou mou.
Ca va tanguer.
a écrit le 08/04/2019 à 11:27 :
le poids du commerce avec l'UE s’érode lentement depuis plusieurs années. la crise de l'euro entre 2008 et 2014 a accentue cette érosion mais le retour a la croissance amorce en 2015 a fait grimper le poids a plus de 49% au dernier trimestre de 2018 et même 53% en janvier 2019. Le retentissement en Chine et aux Etats Unis va renforcer cette évolution en 2019 et 2020

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