Coronavirus et confinement : et les sans-abri dans tout ça ?

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Selon le dernier recensement de l'Insee, de 2012, au moins 160.000 personnes sont confrontées en France à cette double peine.
Selon le dernier recensement de l'Insee, de 2012, au moins 160.000 personnes sont confrontées en France à cette "double peine". (Crédits : Philippe Wojazer)
Les personnes sans domicile fixe sont confrontées à des difficultés supplémentaire face à l'épidémie: où se confiner, comment se nourrir, que faire si on tombe malade? Alors que les pouvoirs publics adoptent des mesures dédiées, les associations tentent de parer à une baisse de moyens humains.

[article publié le 18 mars à 13h46, mis à jour à 16h07 avec la réaction de la Fondation Abbé Pierre]

"Restez chez vous". C'est la consigne martelée depuis jeudi dernier par le président de la République et le gouvernement, qui s'est finalement traduite dans des mesures de confinement. Mais pour les personnes sans domicile fixe (SDF), dont la santé est souvent déjà abîmée par de dures conditions de vie, dans quel "chez soi" se confiner? Que faire si on tombe malade? Comment se nourrir alors que les rues, les transports en commun, les supermarchés se vident de donneurs de monnaie et de tickets restos? Des difficultés accrues qui, selon le dernier recensement de l'Insee, de 2012, concernent en France au moins 160.000 personnes, rappelle dans une tribune publiée par Le Monde Nicolas Clément, responsable d'équipes d'accompagnement de familles à la rue et en bidonville au Secours catholique.

Depuis quelques jours, le gouvernement, les collectivités locales, et surtout les associations, se penchent sur ce volet encore peu médiatisé de l'épidémie de coronavirus. Dès lundi matin, les associations ont été rassurées: le gouvernement a confirmé que l'aide alimentaire figurait parmi les activités toujours autorisées après la fermeture de la plupart des commerces, souligne Magali Jacquemart, responsable de la communication des Restos du coeur.

"Pour les plus précaires, pour les plus démunis, pour les personnes isolées, nous ferons en sorte, avec les grandes associations, avec aussi les collectivités locales et leurs services, qu'ils puissent être nourris, protégés, que les services que nous leur devons soient assurés", a d'ailleurs promis lundi soir le président de la République lors de son allocution télévisé.

La fin de la trêve hivernale repoussée

Aujourd'hui, le gouvernement a d'ailleurs précisé que malgré la généralisation du confinement, les structures d'hébergement, qui accueillent 157.000 personnes, "ne sont ainsi pas concernées par la décision de fermeture des lieux recevant du public non indispensables à la vie du pays". Afin d'éviter "des remises à la rue dans le contexte sanitaire actuel", l'exécutif a également repoussé la fin de la trêve hivernale du 31 mars au 31 mai.

Cela signifie également "que les 14.000 places exceptionnelles ouvertes cet hiver resteront ouvertes deux mois de plus", a-t-il souligné.

Tous les deux jours, une réunion téléphonique a lieu entre la direction générale de la Cohésion sociale, qui mobilise 40 personnes à temps plein, les têtes de réseaux associatifs et le ministre de la Ville et du Logement, Julien Denormandie, précise le cabinet de ce dernier à La Tribune.

La mairie de Paris a pour sa part proposé à l'Etat "14 gymnases supplémentaires" pour l'accueil des personnes sans-abri, et "demandé que des chambres d'hôtel soient mises à disposition des associations pour accueillir les familles avec enfants".

"Pendant toute la durée de la crise sanitaire, tous les bains-douches municipaux resteront ouverts", promet également la capitale dans un communiqué.

La région Ile-de-France compte instaurer un "fonds d'aide au tissu associatif pour Emmaüs, La Croix rouge, les Restos du coeur, etc", rapporte l'AFP.

 "Le montant de l'enveloppe n'est pas encore défini", déclare à La Tribune le cabinet de Valérie Pécresse. "Nous attendons de connaître leurs besoins."

Des "centres de desserrements" pour les malades

Quant aux personnes éventuellement malades du Covid-19, mais ne nécessitant pas une hospitalisation, "autant que possible, elles seront prises en charge dans les structures d'hébergement elles-mêmes (chambres individuelles, possibilités d'isolement d'une partie du bâtiment)", précise le gouvernement. Mais puisque dans de nombreuses structures un tel confinement n'est pas possible, et pour accueillir les personnes malades encore à la rue, "des centres d'hébergement spécialisés pour malades non graves sont en cours de mise en place par les préfectures en lien avec les agences régionales de santé", assure l'exécutif.

"Plus de 80 sites ont été pré-identifiés dans toute la France par les préfets pour un total de 2.875 places et font l'objet d'une analyse approfondie, en lien avec la direction générale de la cohésion sociale", promet-il.

Les deux premiers - dits "centres de desserrements"-, dotés de 150 places, sont censés ouvrir à Paris "dans les prochains jours", dont un avant vendredi.

"L'accès à ces centres se fera sur avis médical. Les ARS mettront en place les mesures permettant une mobilisation adéquate des médecins, du personnel médical et de la réserve sanitaire pour assurer ces orientations et les éventuelles mesures de dépistage", explique le gouvernement.

Pour augmenter le nombre de places disponibles, le gouvernement négocie également avec les équipements publics et les hôtels qui sont vides.

"C'est un point essentiel", réagit Christophe Robert, le délégué général de la Fondation Abbé Pierre. "Si nous pouvons capter ces solutions d'hébergement, cela peut permettre aux personnes de se reposer, de s'abriter, de confiner et de même de se soigner si elles n'ont pas besoin d'aller  l'hôpital."

Un fonctionnement "un peu dégradé"

Mais alors qu'en raison de la crise sanitaire les besoins des personnes sans abri croissent, les associations doivent faire face à une baisse de leurs moyens. "Nos activités reposent en grande partie sur l'aide de bénévoles âgés, que nous nous devons de protéger", parfois en leur demandant de se mettre en retrait, explique Jacques Bailet, président de la Fédération des banques alimentaires. Certains des bénévoles plus jeunes doivent garder leurs enfants...

"Notre fonctionnement est donc un peu dégradé", reconnaît-il.

"Nous comptons nos forces pour les redistribuer sur les activités essentielles, l'hébergement et l'aide alimentaire", confirme Magali Jacquemart, responsable de la communication des Restos du coeur.

Lire aussi: Gaspillage: les restaurateurs à la recherche de solutions pour éviter de tout jeter

Pour venir en aide, la mairie de Paris a ainsi mobilisé la restauration scolaire municipale afin qu'elle prépare "des repas quotidiens en soutien des associations humanitaires".

"Il faut aussi inventer de nouvelles solidarités et c'est en ce sens que nous travaillons avec des associations, des collectivités et des entreprises pour identifier de solutions d'hébergement supplémentaires, dans des équipements publics, des hôtels ou des bâtiments devenus vacants du fait de la crise sanitaire ou pour appuyer la distribution de denrées alimentaires", estime le gouvernement.

La Fédération des banques alimentaires invite d'ailleurs "les supermarchés non seulement à continuer de donner leurs invendus, mais également à les pré-trier", pour alléger le travail des bénévoles. Elle incite également les "associations partenaires à davantage mutualiser leurs moyens".

Des appels à bénévolat

Mais la fédération espère également "que le gouvernement lance un appel aux gens désoeuvrés pour qu'ils viennent aider."

"Nous sommes prêts à les accueillir", assure Jacques Bailet.

Les Restos du coeur franchissent d'ailleurs ce pas dès aujourd'hui, en lançant sur leur site national un appel à bénévoles. L'objectif est de leur confier des tâches simples, comme la préparation de colis ou la gestion d'appels téléphoniques, sous l'encadrement d'un bénévole plus expérimenté et dans le stricte respect des normes d'hygiène, explique Magali Jacquemart.

Le ministère de la Solidarité à confirmé que les salariés et bénévoles du secteur peuvent bien sortir de chez eux pour remplir leurs missions, souligne l'association: l'attestation de déplacement à avoir sur soi prévoit d'ailleurs, parmi les sorties autorités, les «déplacements pour l'assistance aux personnes vulnérables».  Les Restos du coeur transmettront les candidatures à leurs structures locales, qui décideront si les accepter en fonction de leurs besoins et de leurs capacités, dans un tel moment de tension, à intégrer dans l'urgences de nouveaux personnels.

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Commentaires
a écrit le 19/03/2020 à 1:18 :
La France est un pays fini.
Jamais il ne retrouvera son aura perdue.
Plus personne capable d'organiser, de prevoir. Tout est a l'avenant, sans aucune perspective.
a écrit le 18/03/2020 à 20:05 :
Il y a deux mondes en France .Ceux qui se réfugient dans leurs résidences secondaires - à Belle Île en Mer par exemple-en vidant les supermarchés locaux et les SDF ,les Français pauvres,les chômeurs et précaires.Comme en 1702. Et en 1789....
a écrit le 18/03/2020 à 17:53 :
Et les migrants ils sont où ?
On en parle plus dans les médias.
Qu'ils attendent encore un peu et il y auront bientôt plein de place de libre suite au COVID-19 en France et en Europe.
a écrit le 18/03/2020 à 17:26 :
Selon les statistiques de LREM en 2018 ils seraient 50 à Paris... Autant dire que ca n'existe pas.

En réalité il en meurt deux par jour en moyenne dans les rues, mais ca n’intéresse pas les politiques.
Ils vont faire un joli discours et puis faire l'impossible pour qu'on ne parle plus de ces choses... après tout, on est en guerre et ça justifie tout.
a écrit le 18/03/2020 à 16:54 :
Les prendre en charge. Leur ouvrir les portes d'un bâtiment public (château ou autre) et les nourrir gratuitement. C'est le moins que puisse faire un gouvernement qui nous a exposé à une pandémie annoncée dès décembre (ou janvier pour les nuls qui n'ont rien vu venir).
Réponse de le 19/03/2020 à 4:53 :
....et les portes de votre logis sans doute aussi.
Réponse de le 19/03/2020 à 9:25 :
c'est possible, mais je fais partie moi aussi des vulnérables. Le peu que je puisse faire c'est d'écrire et dire ce que je pense car si vous lisiez journellement la Tribune vous auriez vu que des voix se sont élevées depuis janvier. Et vous qu'avez vous fait ? La seule chose que l'on puisse faire faire c'est d'essayer d'ouvrir les yeux à ceux qui sont proches du pouvoir et qui eux peuvent agir
a écrit le 18/03/2020 à 16:53 :
Les prendre en charge. Leur ouvrir les portes d'un bâtiment public (château ou autre) et les nourrir gratuitement. C'est le moins que puisse faire un gouvernement qui nous exposé à une pandémie annoncée dès décembre (ou janvier pour les nuls qui n'ont rien venir).

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