Corse : la continuité territoriale maintenue, malgré la crise sanitaire

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Le trafic maritime des passagers sera interrompu à Corsica Linea dès aujourd'hui mais celui du fret sera assuré.
Le trafic maritime des passagers sera interrompu à Corsica Linea dès aujourd'hui mais celui du fret sera assuré. (Crédits : © Jean-Paul Pelissier / Reuters)
La Corse est proportionnellement la région la plus touchée par le Coronavirus avec 145 cas positifs au Covid-19 et sept décès au 17 mars, dont celui de l'ancien sénateur, Nicolas Alfonsi.

La crise sanitaire a été amplifiée par le fait qu'Ajaccio a rapidement été identifiée comme l'un des foyers épidémiologiques, en raison du retour de 6 pèlerins ayant participé au rassemblement évangélique à Mulhouse entre le 16 et le 22 février. Dès le 8 mars, le préfet de Corse, Franck Robine, avait décidé la fermeture des établissements scolaires ajacciens et des rassemblements de plus de 50 personnes avant de généraliser cette mesure à l'ensemble de l'île.

Un Corse sur trois est âgé de plus de 60 ans

L'attention particulière des pouvoirs publics était accentuée par le fait qu'un Corse sur trois est âgé de plus de 60 ans et que l'épidémie progressait vite, essentiellement dans deux quartiers de la cité impériale. La mesure de confinement général décidée par le président de la République a occasionné ce matin les premiers contrôles de gendarmerie à Ajaccio, qui restent pour l'heure d'ordre préventif.

Parallèlement, une réunion avec le Premier ministre, les ministres de l'Economie, du Budget et du Travail s'est tenue dans l'après-midi par visioconférence pour évoquer les réponses économiques à la crise sanitaire.

Parmi les grandes lignes proposées par le gouvernement pour limiter la crise, figurent le chômage partiel, le gel des crédits et des loyers pour les entreprises et le report des réformes. « Ces dispositifs sont inadaptés à notre tissu économique », a relevé Jean-Guy Talamoni, le président de l'assemblée de Corse. Dans l'île, 96% des entreprises sont en effet des TPE. « Le fonds de solidarité qui prévoit en mars une enveloppe d'un milliard d'euros cofinancé par l'Etat et les régions auprès d'entreprises réalisant un chiffre d'affaires de moins d'un million d'euros et ayant enregistré des pertes d'au moins 70% ne répond ni à l'urgence sociale, ni à son ampleur inédite », a réagi l'élu indépendantiste par voie de communiqué, qui estime que « 1.500 euros par entreprise ne sauraient répondre aux besoins ». Demandant la révision de ces critères, il propose l'abaissement de ce pourcentage à 50% et l'effacement des charges, plutôt que leur report, tout en soulignant la nécessité d'un « dispositif territorial pour accompagner les acteurs économiques. »

Le tourisme en première ligne

Du côté du Medef, le vice président Serge Santunione estime qu'il y a une « prise de conscience des pouvoirs publics ». « Tourisme, bâtiment et évènementiel ont été les secteurs les plus touchés », rappelle à la Tribune le patron corse dont le syndicat participe aux réunions de crise et informe ses adhérents pour les accompagner dans leurs démarches. En première ligne, donc, le tourisme, qui porte le tiers de l'économie corse, est le secteur le plus affecté. Selon Marie-Antoinette Maupertuis, conseillère exécutive, il y aura un « avant et un après Coronavirus » et elle envisage déjà pour plus tard un « plan de communication de grande ampleur ».

D'ores et déjà, un ralentissement des réservations provenant notamment de l'Italie, première clientèle étrangère, est évidemment constaté. Le bilan s'alourdit d'heure en heure et l'agence du tourisme de la Corse dénombre déjà 58% d'annulations et une baisse des réservations de l'ordre de 25%.

Deuxième pilier insulaire qui est relié au tourisme, le BTP (9% de la richesse produite en Corse selon l'Insee et 6.000 salariés environ) est lui aussi fortement impacté, avec « 90% » des entreprises au point mort. « Nous avions anticipé cet arrêt de l'activité : d'une part nos salariés sont confinés et d'autre part, les fournisseurs de matériaux ferment », constate pour la Tribune François Perrino, le président de la fédération du bâtiment de la Corse-du-Sud, qui ajoute que « seuls quelques chantiers de maisons individuelles se poursuivent par des artisans qui avaient fait en amont le plein de matériaux ». Ces quinze jours d'arrêt pourraient se traduire globalement par « trois mois de délai », selon le chef d'entreprise qui préfère rester « optimiste ».

Service minimum pour Air Corsica

Si le président de l'exécutif Gilles Simeoni a rassuré la population sur l'approvisionnement de l'île et sur le maintien de la continuité territoriale, les transports maritime et aérien sont au compte-goutte. La totalité des vols d'Air Corsica ont été annulés pour quinze jours mais la compagnie a mis en place un service minimum sur 12 lignes relevant du service public avec des aménagements. « Il y a de grandes incertitudes, mais Air Corsica est propriétaire de pratiquement toute sa flotte, a une bonne santé financière et fonctionne avec 85% de son réseau en service public », a analysé Luc Bereni, son directeur.

Le trafic maritime des passagers sera lui aussi interrompu à Corsica Linea dès le 18 mars. « Le fret est assuré, mais nous interrompons le flux des passagers car nous ne voulons pas risquer de propager le virus et de contaminer par ailleurs l'équipage car cela paralyserait le fret à terme », détaille Pierre-Antoine Villanova, le directeur général de la compagnie maritime qui a également suspendu ses rotations avec l'Afrique du Nord et note déjà en Corse une « baisse de 25% sur l'avant-saison qui pourrait même aller jusqu'à 80% ». Pour autant, l'avenir de l'entreprise « n'est pas en danger », affirme le dirigeant à la Tribune en affichant sa sérénité.

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Commentaires
a écrit le 18/03/2020 à 11:35 :
Je viens de regarder sur corsicaferies, y a quantité de trajets complets en avril, soit parce que déjà réservés, soit que le nombre de passager est fixé à 0, c'est donc complet par défaut. J'y vais parfois fin avril/mai mais cette année ça sera sans, ou juin, j'aime pas la foule ni la chaleur excessive, peut-être septembre, arrière saison.
L'essentiel est d'approvisionner l'ile, les trajets de nuit sont plus économiques énergétiquement que de jour, 12h (une ligne rapide diurne met 6h, à l'approche de Nice il faut freiner, vibrations de la coque, pour approcher du port à vitesse raisonnable)

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