Cyclone : Macron attendu à Mayotte « dans les prochains jours »
latribune.fr
Les autorités, « incapables » de donner un bilan pour l'instant, redoutent « plusieurs centaines » de morts, peut-être même « quelques milliers », en raison des nombreux bidonvilles.
La solidarité nationale commence à s'organiser à Mayotte après le passage dévastateur et meurtrier du cyclone Chido, une « tragédie » selon le Président.
[Article publié le mardi 17 décembre 2024 à 07h40 et mis à jour à 17h05] Trois jours après le passage de Chido, le cyclone le plus intense qu'ait connu Mayotte depuis 90 ans, l'archipel meurtri manque de tout. Emmanuel Macron, à l'issue d'une réunion de crise, a assuré hier soir qu'il se rendrait sur place « dans les prochains jours. »
« L'île est totalement dévastée », a indiqué lundi le ministre démissionnaire de l'Intérieur, Bruno Retailleau, à son retour d'un déplacement à Mayotte, en escale à La Réunion. Il a précisé que « 70% des habitants ont été gravement touchés » et a annoncé l'arrivée « dans les prochains jours » de 400 gendarmes supplémentaires pour prêter main-forte aux 1.600 gendarmes et policiers déjà présents sur l'archipel.
Bruno Retailleau a tenu à rassurer : « Il n'y a pas eu vraiment de pillage » jusqu'à présent. Mais pour prévenir cette éventualité, un couvre-feu sera mis en place à partir de ce mardi soir de 22H00 à 04H00 dans l'archipel, a annoncé mardi le ministère de l'Intérieur.
Un bilan encore flou
« Une vingtaine de morts » ont été recensés mais « le bilan » pour l'instant « n'est pas encore établi », a indiqué ce mardi le nouveau Premier ministre. Devant les députés réunis à l'Assemblée nationale pour une séance de questions, François Bayrou a également évoqué « 200 blessés graves » et « 1.500 blessés qui sont en urgence relative ».
Plus tôt ce mardi, les autorités de Mayotte avaient évoqué « certainement plusieurs centaines » de victimes, peut-être « quelques milliers » en raison des nombreux bidonvilles. Le bilan officiel provisoire s'élevait alors à 21 morts à l'hôpital et le préfet local avait mis sur pied une « mission de recherche des morts ».
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« Le bilan sera lourd, trop lourd », a prédit Bruno Retailleau dès lundi. « La priorité est d'assurer les besoins vitaux » des habitants en eau et en nourriture, a-t-il insisté, en ajoutant que l'unique hôpital de l'île, très endommagé, « reprend progressivement son activité » et sera soutenu par un hôpital de campagne dès jeudi. Lundi, 25 premiers patients « en situation urgente » ont été évacués vers La Réunion.
Le Premier ministre a précisé ce mardi qu'« à peu près 50% du réseau électrique a été remis en route », avec un objectif de 75% « d'ici la fin de semaine ». L'hôpital a retrouvé « quelque 50% » de son activité, et « à peu près 80% du réseau routier est de nouveau accessible », a-t-il ajouté. Il a également annoncé la constitution de stocks de vaccins « qui sont en train d'être mis en place pour une conservation optimale à la Réunion et immédiatement projetables à Mayotte ».
« La décision a été prise hier (lundi) soir sous l'autorité du Président de la République (...) de désigner un délégué interministériel », a par ailleurs indiqué le Premier ministre.
François Bayrou a reconnu que « l'espoir des populations est évidemment dans la reconstruction ». C'est pourquoi « le gouvernement va lancer un appel à projets sur des conceptions d'habitation très rapides, préfabriquées, faciles à monter, pratiques à mettre en place et pas trop chères », a-t-il indiqué. Quant à « la question des fonds pour aider tout cela », « il y a des fonds européens qui peuvent être activés », a-t-il mis en avant. Notamment « le fonds Restore en particulier. Et puis il y aura la solidarité nationale et nous sommes là pour ça. Nous sommes là, l'État et les pouvoirs publics pour manifester une aide réelle », a-t-il assuré.
Sur la question migratoire, le Premier ministre a évoqué « une déstabilisation qui dure depuis des années et qui tient à ce que des afflux de population » sont « très mal vécus par la population mahoraise ». « À cela aussi nous devons apporter des réponses », a-t-il promis.
François Bayrou a en outre dû se justifier sur sa présence lundi soir au Conseil municipal à Pau plutôt que dans l'archipel de l'océan Indien, ce qui lui vaut de nombreuses critiques depuis. Il a invoqué la nécessité de ne pas « séparer la province et le cercle des pouvoirs à Paris », un de ses chevaux de bataille. « Pau, c'est en France (...) J'étais aussi à ma place de citoyen », a-t-il plaidé. Et d'ajouter : « Je vous répète que je participais à la réunion de crise autour du Président de la République », en visio-conférence depuis la cité paloise.
Le patronat appelle à des mesures de soutien
Par ailleurs, les trois syndicats patronaux représentatifs - le Medef, la CPME et l'U2P - ont témoigné leur solidarité aux habitants de Mayotte et appelé à des mesures urgentes pour soutenir le tissu économique, selon plusieurs communiqués publiés lundi. Les trois organisations déplorent des dégâts matériels « considérables et catastrophiques » pour les entreprises, qui subissent des « interruptions d'activité prolongées et des pertes financières significatives ».
Le Medef réclame la mise en place de mesures concrètes telles que le chômage partiel, un fonds de solidarité, et le report des échéances fiscales et sociales pendant six mois. Des entrepreneurs mahorais « ont tout perdu », écrit la CPME, qui demande « la déclaration rapide de l'état de catastrophe naturelle ainsi qu'un état d'urgence sanitaire et sécuritaire ».
France 2 diffusera en direct ce mardi une « grande soirée de soutien et de solidarité » à partir de 20h50, en réponse à la « situation d'urgence touchant l'archipel de Mayotte », a annoncé France Télévisions lundi. Cette mobilisation, destinée à la « reconstruction et à l'aide aux populations dévastées », se fait « dans le cadre de l'appel à la solidarité orchestré par la Fondation de France », largement relayé sur les antennes de France Télévisions depuis lundi soir. La chanteuse Nolwenn Leroy, les chanteurs Marc Lavoine, Raphaël, Thomas Dutronc, Cali, Ycare et Meiitod, le groupe Kimberose ainsi que la pianiste franco-géorgienne Khatia Buniatishvili ont déjà confirmé leur participation.