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Darmanin: "Si les gens veulent beaucoup de service public, il ne faut pas dire 'je veux baisser les impôts'"

Maxence Briquet, Les Mardis de l'Essec

Publié le 10 avril 2019 à 09:05 - Mis à jour le 12 décembre 2024 à 23:44

darmanin

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Noir sur Blanc (Essec)

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ENTRETIEN VIDÉO. Gérald Darmanin, ministre de l'action et des comptes publics, a été l'invité le 19 mars dernier des Mardis de l'Essec, dont La Tribune est partenaire. Retrouvez ici la vidéo de son intervention et le texte rédigé à l'issue par un des étudiants.

VIDEO

Très attendu sur de nombreux sujets tels que la modernisation de l'action publique et l'assainissement des comptes de l'État, notre invité a fait preuve d'une grande pédagogie, sans pour autant occulter un humour pince-sans-rire qui n'a pas manqué de faire réagir l'auditoire. Sur fond de crise des gilets jaunes et d'un grand débat national à peine clôturé, Gérald Darmanin s'est évertué à poser le cadre des réformes à venir sur les questions de fiscalité, notamment avec une éventuelle fin (prochaine) de la déclaration d'impôt, en exclusivité aux Mardis de l'ESSEC.

"Les chiffres c'est important, ça donne la température,
mais ça ne donne pas l'âme d'un peuple"

Interrogé sur la réduction de la dépense publique afin de rétablir l'équilibre budgétaire perdu il y a déjà plusieurs décennies : « avant que le Président de la République naisse, le budget était en déséquilibre », le ministre n'a pas tari d'éloges concernant les avancées réalisées par le gouvernement, avec un taux de chômage en baisse et un déficit public à son plus bas niveau depuis 2006, allant même jusqu'à contredire les prévisions de la Cour des comptes en la matière. Malgré ces progrès, il admet que le chemin reste long avant de pouvoir distribuer l'excédent budgétaire aux sports ou à la culture comme le fait son homologue allemand.

S'il a l'habitude de railler les économistes au moyen de cette formule du Général de Gaulle : « les économistes étaient des personnes qui expliquaient un jour ce qui allait arriver et qui revenaient le lendemain pour expliquer pourquoi ce qu'ils prévoyaient n'était pas arrivé », Monsieur Darmanin partage le constat de nombreux experts, notamment à propos de notre système des retraites que ces derniers décrivent comme courant à sa perte. Selon lui, deux solutions s'offrent à nous ; désindexer les pensions de retraites ou reculer l'âge de départ, mais aucune d'entre elle ne semble faire consensus. Il poursuit, un peu provocant, en affirmant qu' « aujourd'hui, la partie de la population la plus riche, ce sont les retraités », ce qui pourrait être amené à changer dans les décennies à venir a-t-il poursuivi.

"En France, un bon impôt est celui que je ne paie pas"

Parmi les 4 grands thèmes abordés durant le grand débat national, la fiscalité est celui qui concerne notre invité en tout premier chef. Au-delà des mesures découlant de cette consultation citoyenne qui seront annoncées dans les prochains mois, le ministre a annoncé la possibilité de mettre fin prochainement à la déclaration d'impôt. Une mesure qui s'inscrit dans la droite ligne de la mise en place du prélèvement à la source, visant à simplifier la vie des Français. Au sujet des protestations, Gérald Darmanin a réagi en déplorant un manque de pédagogie en France, que la façon dont sont orientés les débats dans les médias n'aide pas à compenser.

« Aujourd'hui on peut avoir deux personnes qui viennent sur le plateau de BFM TV, une pour expliquer que la terre est ronde et l'autre pour expliquer qu'elle est plate et leurs deux opinions ont la même valeur. Et l'autre dit à celui qui affirme que la Terre est ronde : "ne soyez pas prétentieux !" »

Parallèlement, Gérald Darmanin met en perspective le rôle crucial de l'élu dans le processus démocratique. Il met en avant la nécessité du discernement à la suite de Tocqueville qui voyait dans « l'écoute aveugle » du peuple, un premier pas vers l'autoritarisme :

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« Il ne faut pas toujours écouter la foule au moment où elle parle. L'élu doit faire tampon, analyser, raisonner ».

"Je n'aurais pas aimé être « enfant de riche »,
car je pense que quand on est « enfant de pauvre »
on a une plus grande rage sociale"

Candidat d'ores et déjà annoncé dans sa ville de Tourcoing pour les élections municipales de 2020 -probablement sur la liste de la République en Marche, Gérald Darmanin est revenu sur son parcours politique.  Il explique que sa présence au gouvernement s'explique principalement par la main tendue d'Emmanuel Macron à sa famille politique d'antan avec la nomination d'Édouard Philippe comme Premier ministre. Se défendant d'avoir renié ses convictions politiques, il a reconnu avoir des divergences avec le Président de la République, mais que celles-ci n'auraient pu suffire à empêcher leur rapprochement :

« J'ai des différences avec Emmanuel Macron, mais à la fin c'est le peuple qui a raison et il a été élu ».

Très attaché à son département du Nord, celui dans lequel il a gravi la majorité des échelons, Gérald Darmanin n'a pas tari d'éloges au sujet de la méritocratie républicaine. Issu d'une famille modeste, il s'estime heureux de la chance qui a été la sienne et dont il dit en plaisantant que si elle « sourit aux audacieux, elle se provoque tout de même un peu ». Dans son cas, c'est la chance d'avoir pu faire des études grâce aux efforts et aux sacrifices de ses parents. Le ministre ne s'est pas attardé sur son ascension -qualifiée de « fulgurante » par les interviewers, mais a plutôt insisté sur le fait qu'il se laisserait beaucoup de possibilités pour la suite de sa carrière, qu'il ne voit pas obligatoirement politique :

« Quand je terminerai le quinquennat, j'aurai 40 ans. Peut-être qu'après je ferai de la politique, peut-être que j'écrirai des livres »

Pour clôturer le débat Monsieur Darmanin s'est exprimé sur la partie moins connue de son portefeuille : l'Action publique. S'il reconnaît s'être lui aussi interrogé sur la nature des missions de cette partie de son ministère, il comprend désormais que les chantiers concernés sont titanesques. C'est le cas de la réforme de la fonction publique à venir dont il souligne le certain archaïsme, notamment en termes de recrutement et de promotion :

« L'État sait très peu repérer les talents indépendamment des règles. Et il y a une règle absurde : quand on n'est pas énarque, on ne peut pas être sous-préfet à moins de 35 ans ».

Il aimerait ainsi remettre la mobilité de l'emploi entre le public et le privé au centre du débat, décrivant son parcours professionnel comme un aperçu de ce vers quoi le marché du travail tend de plus en plus. Ainsi selon lui « il faudrait un vrai DRH de l'État et ce serait bien que ce soit quelqu'un du privé », afin de réconcilier l'État avec le secteur privé. Affaire à suivre...

Maxence Briquet, Les Mardis de l'Essec

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