Déficit commercial : la France fragilisée par le report des exportations chinoises
Raphaël Melka

Avec la hausse des importations de produits notamment chinois, le déficit commercial français se creuse. (Photo d'ilustration.)
ARND WIEGMANN
Raphaël Melka

Avec la hausse des importations de produits notamment chinois, le déficit commercial français se creuse. (Photo d'ilustration.)
ARND WIEGMANN
Le déficit commercial français continue de se creuser. Au deuxième trimestre 2025, il s'est élevé à 22,9 milliards d'euros, selon les douanes françaises. Sur les six premiers mois de l'année, le solde cumulé atteint -43 milliards d'euros, en hausse de 4,4 milliards par rapport au second semestre 2024.
En cause : un recul plus marqué des exportations (-2,3 %) que des importations (-0,4 %). Les ventes vers les États-Unis résistent bien, malgré les droits de douane supplémentaires entrés en vigueur début avril : « aucun effet manifeste » n'est encore visible sur les exportations françaises vers le marché américain, selon les douanes.
Mais concernant les autres marchés, la donne est toute autre. La France a importé davantage de produits venus de « Chine, d'Asie du Sud-Est, du Mexique et du Canada » au deuxième trimestre. Selon les douanes, il s'agit d'un « report » des flux commerciaux qui visaient auparavant les États-Unis, désormais moins attractifs en raison de la hausse des droits de douane à des taux divers selon les pays. Certains exportateurs, surtout chinois, cherchent désormais à vendre ailleurs. Les marchandises qui allaient avant vers les États-Unis sont maintenant envoyées vers d'autres débouchés comme l'Europe, et notamment la France.
De son côté, la Chine semble ne pas être perturbée par la hausse mondiale des droits de douane américains. En attendant la fin de la trêve entre Pékin et Washington, le 12 août et le passage aux droits de douane à 30 % (contre 10 % actuellement) pour les produits chinois et à 10 % pour les produits américains, la Chine voit ses exportations bondir de 7,2 % sur un an, selon les statistiques officielles. Les importations ont aussi progressé (+4,1 %).
Leurs ventes vers les États-Unis ont chuté de 6,1 % en juillet, mais bondi de 9,2 % vers l'Union européenne.
Ce rééquilibrage des flux commerciaux pèse sur l'économie française. Les produits à bas coût, souvent en provenance de plateformes comme Shein ou Temu, arrivent en masse.
Les secteurs du textile, de la chaussure ou encore de la petite électronique sont particulièrement exposés. Les industriels français peinent à suivre : la branche française de Claire's vient d'être placée en redressement judiciaire. Le ministre de l'Économie, Éric Lombard, a aussi dénoncé une « aberration écologique » liée aux importations massives de produits chinois peu durables.
En réaction, le Premier ministre, François Bayrou, a annoncé cet été la fin de l'exonération de droits de douane pour les colis de moins de 150 euros, en leur imposant une taxe forfaitaire de 2 euros par petit colis en provenance de la République populaire, une taxe douanière pour ralentir l'essor des petits colis et faire entrer de l'argent dans les caisses de l'État.
Mais la mise en œuvre de cette taxe pourrait nécessiter la création de nouvelles procédures de collecte, ainsi que de traitement, et saturer les services douaniers.
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Le volume concerné est considérable. En 2024, plus de 4,6 milliards de petits colis ont été importés en Europe - soit 145 colis par seconde, dont 91 % depuis la Chine. La France, à elle seule, a réceptionné environ 800 millions de petits paquets.
Mais tant que les exportations chinoises sont freinées vers les États-Unis, l'Europe risque de rester un marché de report, et son déficit commercial d'encore davantage se creuser.
Raphaël Melka