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Déficit public : face à la dérive des comptes, l'Élysée cherche des « bonnes idées »

latribune.fr

Publié le 20 mars 2024 à 13:54 - Mis à jour le 20 mars 2024 à 19:56

Preuve de la sensibilité du sujet du déficit : il s'invite à l'agenda du président de la République Emmanuel Macron.

Preuve de la sensibilité du sujet du déficit : il s'invite à l'agenda du président de la République Emmanuel Macron.

Christophe Ena

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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Emmanuel Macron reçoit ses ministres de l'Économie, des collectivités locales et des affaires sociales, ce mercredi en fin d'après-midi, avant de dîner avec les chefs des partis et présidents de groupes parlementaires de la majorité. Au programme des discussions : la situation budgétaire jugée « préoccupante » par la Cour des comptes.

Le chiffre officiel ne sera dévoilé par l'Insee que le 26 mars prochain, mais le gouvernement sait déjà qu'il ne sera pas bon. Le déficit 2023, prévu à 4,9%, sera « significativement » supérieur, comme l'a déjà averti le ministre de l'Économie Bruno Le Maire. L'objectif d'un déficit ramené à 4,4% cette année apparaît même déjà plus que jamais hors de portée. Pour rappel, l'exécutif s'est fixé de le repasser sous la barre des 3% d'ici la fin de son quinquennat en 2027, à 2,7%.

La Cour des comptes a, de son côté, déjà étrillé le gouvernement pour sa gestion des finances publiques dans son rapport annuel, publié la semaine dernière. Elle lui reproche un scénario initial « improbable » pour 2024 et une trajectoire « peu ambitieuse et fragile » sur le déficit public, jugeant la situation budgétaire « préoccupante », voire « sérieuse ». Avec une dette publique prévue à 109,7% du PIB en 2024 et 108,1% en 2027, « on est solidement installé sur le podium des trois pays les plus endettés de la zone euro », avec la Grèce et l'Italie, a alerté Pierre Moscovici, le premier président de l'institution.

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Réduire la dépense publique...

Le sujet du déficit est, en France, assez sensible. Preuve en est : il s'invite carrément à l'agenda du président de la République. Emmanuel Macron recevra à partir de 17h30 ce mercredi son ministre de l'Économie, Bruno Le Maire, ainsi que ceux chargés des collectivités locales et des affaires sociales, Christophe Béchu et Catherine Vautrin. L'occasion de remettre sur la table certaines pistes déjà avancées par le gouvernement, notamment pour freiner les dépenses d'assurance chômage et de santé.

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Dans ce contexte, Bruno Le Maire mise sur la réduction des dépenses publiques et prône la rigueur. « Nous devons remplacer l'État-providence par l'État protecteur », car « la gratuité de tout, pour tous, tout le temps » est, selon lui, « intenable », a-t-il lancé dans le JDD dimanche dernier, à l'occasion de la parution d'un nouveau livre aux airs de programme politique. Une sortie qui a agacé le chef de l'État : « Il devrait en parler à celui qui est ministre de l'Économie depuis sept ans », a raillé le locataire de l'Elysée, selon Le Canard enchaîné. Propos confirmés à l'AFP par un familier du Palais, où l'on se dit malgré tout « toujours preneurs des bonnes idées ».

Le ministre de l'Économie a ainsi annoncé en février un plan d'économies de 10 milliards pour 2024, concrétisé rapidement par un décret au Journal Officiel. Ces coupes, qui visent notamment la transition écologique, le travail ou l'éducation, doivent permettre au gouvernement de respecter son objectif de réduire le déficit public à 4,4% du produit intérieur brut en 2024, selon lui. Et pour 2025, ce sont au moins 20 milliards qui devront être économisés, avec les dépenses de la Sécurité sociale dans la ligne de mire de Bercy.

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... ou taxer les « ultra-riches » et les grandes entreprises...

Emmanuel Macron a par ailleurs convié à dîner ce mercredi les cadres de sa majorité, chefs de partis et de groupes parlementaires, pour tenter d'accorder les violons alors que des dissonances se font entendre. Quelques députés plaident, en effet, pour augmenter les impôts des « ultra-riches » ou des grandes entreprises. Minoritaires dans le camp présidentiel, ces élus de l'aile gauche et du MoDem estiment que le dérapage du déficit devrait pousser l'exécutif à revoir sa doctrine.

Le chef du groupe centriste, Jean-Paul Mattei, réclame par exemple une hausse ciblée de la taxation des revenus du patrimoine en relevant la « flat-tax » instaurée en 2018. Lors des précédents budgets, le parti avait déjà soutenu, en vain, une taxe sur les superdividendes des plus grandes entreprises ou leurs rachats d'actions.

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À l'aile gauche de Renaissance aussi, on revient à la charge pour dégager de nouvelles recettes fiscales. Pour la députée Stella Dupont, il faut se pencher sur le taux d'imposition global des « milliardaires », « synonyme d'injustice pour nombre de Français », a-t-elle lancé à Bruno Le Maire lors d'une audition à l'Assemblée début mars. Ce dernier lui a répondu en écartant toute mesure nationale.

« La taxation des individus n'a de sens qu'à l'échelle européenne et internationale »,sinon« vous aboutirez au départ des personnes les plus fortunées de France »,estime-t-il.

... mais pas de hausse d'impôt

A ce stade, Matignon n'envisage pas de hausse d'impôt. « Nous préférons augmenter la pression sur les fraudeurs plutôt qu'augmenter les impôts sur les Français », a déclaré Gabriel Attal en présentant les « résultats historiques » du fisc, qui a recouvré plus de 15 milliards d'euros de fraude fiscale l'an dernier. Un record qui conforte sa volonté de « renforcer les moyens humains » dans ce domaine, car « chaque euro compte » vu « la situation budgétaire dans laquelle nous sommes ».

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Pour les oppositions en tout cas, le compte n'y est pas. « Jamais on n'a eu des chiffres aussi épouvantables » en matière de déficit public, a affirmé sur France Inter la présidente des députés Rassemblement national, Marine Le Pen, fustigeant les « résultats pitoyables » et « l'incompétence de ce gouvernement dans le domaine financier ».

Mêmes accusations à gauche du député Adrien Quatennens (LFI) : « Ces gens-là sont de piètres économistes » qui « ont creusé le déficit et la dette pour faire des cadeaux toujours aux mêmes » et « n'ont pas à donner des leçons aux Français », a-t-il fustigé sur CNews et Europe 1.

Le tour de vis envisagé sur les dépenses sociales ne satisfait même pas la droite. « C'est trop tard, parce qu'on va s'y prendre de la plus mauvaise façon, en faisant des coupes un peu aveugles », a déploré Bruno Retailleau sur Public Sénat. Le chef de file des sénateurs Républicains blâme même le patron de Bercy. « On lui avait dit : "Votre budget est truqué, il n'est pas sincère" (...) aujourd'hui on est au pied du mur », déplore-t-il.

L'exécutif, qui envisageait de présenter un budget rectificatif « à l'été », c'est-à-dire après les élections européennes du 9 juin, devra-t-il revoir son calendrier au risque d'un 49.3 et d'une censure ? Si la question reste entière, il faudra au moins donner des gages avant le couperet des agences de notation : Fitch et Moody's le 26 avril, et surtout S&P le 31 mai, une semaine avant le scrutin.

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L'Espagne, elle, a réduit son déficit public

Alors que les comptes français sont à la dérive, tel n'est pas le cas de ceux du voisin espagnol. Le pays a ramené son déficit public à 3,7% de son PIB en 2023, soit mieux que l'objectif de 3,9% initialement fixé par le gouvernement, a annoncé ce mercredi le Premier ministre espagnol Pedro Sánchez. Ce taux, en baisse de plus d'un point par rapport au chiffre de 2022 (4,8%), a été atteint à la faveur d'une croissance de 2,5%, parmi les plus élevées de la zone euro.

« L'Espagne se porte mieux que l'Union européenne : notre croissance est cinq fois supérieure à la moyenne de la zone euro », a souligné le dirigeant socialiste, vantant sa politique de « redistribution », mais aussi son sérieux budgétaire.

Le gouvernement Sánchez s'est d'ailleurs engagé auprès de Bruxelles à poursuivre cette politique d'assainissement des comptes publics en 2024, en ramenant son déficit à 3%.

(Avec AFP)

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