Alors que le gouvernement veut réduire les dépenses sociales, notamment en coupant dans les remboursements d'affections de longue durée, l'économiste, Frédéric Bizard, spécialiste des questions de protection sociale et de santé estime que l'exécutif ne prend pas le problème de façon pertinente. Pour ce professeur de macroéconomie, affilié à l’ESCP, il faut penser anticipation avant tout. Explications
Pour faire des économies et trouver 10 milliards d'euros cette année, puis 20 milliards d'euros l'an prochain, le gouvernement ne cache pas son intention de couper dans les dépenses de santé. En ligne de mire les remboursements de soins liés aux affections dites « de longue durée », les ALD, comme le diabète, le cancer, etc. Les patients qui bénéficient de ce système sont pris en charge à 100% par l'Assurance maladie. Selon le ministère de la Santé, ces ALD représentent les deux tiers des remboursements de l'Assurance maladie.
LA TRIBUNE-Le gouvernement assure réfléchir à la pertinence du dispositif des ALD. Est-ce la bonne solution ?
FRÉDÉRIC BIZARD- J'entends Bruno Le Maire, le ministre de l'Economie, assurer que notre modèle social coûte cher, car notre capital humain s'abîme. On estime qu'il y a treize millions de patients en ALD aujourd'hui, un chiffre en forte croissance puisqu'en 1980, il y en avait 3 millions et en 2021, 12 millions.
Bruno Le Maire pose la question de ce que l'on continuerait à rembourser et ce que l'Assurance maladie arrêterait de prendre en charge. Sous-entendu, il y a ceux qui auront les moyens de se payer les soins et les autres. Notre état providence devra rembourser le moins possible les gens qui ont des moyens, et réduire au strict minimum le panier de soin remboursé. Et donc de remettre en cause notre modèle social français, qui je le rappelle repose sur des principes : les riches contribuent pour les pauvres, les biens portants pour les malades. Chacun participe en fonction de ses moyens pour recevoir en fonction de ses besoins. Ce régime social, universel et solidaire, les Français y sont attachés. Il faut donc être vigilant. Et selon moi, Bruno Le Maire ne pose pas le problème dans les bons termes. C'est une vision erronée.
L'insoutenabilité financière de notre modèle social tient au fait qu'on agit toujours sur le curatif, la réparation. Et non sur la prévention, la préparation, en amont du risque social. De fait, le gouvernement envisage de couper dans des dépenses, et ce sera mal vécu. Cette approche est très risquée socialement. Je caricature un peu mais ce n'est pas en remboursant les fauteuils roulants uniquement aux personnes les plus vulnérables, et pas aux autres, que l'on fera des économies. En plus, il faudrait définir qui sont les personnes considérées comme moins ou plus vulnérables ? Sans compter qu'en procédant ainsi, on va accentuer la dégradation du capital humain de la population.
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