GRAPHIQUES - Pour faire baisser le chômage, le gouvernement s'apprête à lancer un vaste plan de formation professionnelle dès la rentrée. Au même moment, France Stratégie vient de publier un rapport soulignant les limites de cette logique centrée sur ce type de levier pour faire baisser le nombre de demandeurs d'emploi et réduire le taux de chômage.
Tout miser sur les plans de formation pour résorber le chômage serait loin d'être la solution la plus efficace. C'est le principal enseignement du rapport de France Stratégie publié ce jeudi 24 août qui préconise à l'Etat, aux régions à Pôle Emploi et aux partenaires sociaux de sortir d'une logique de "tout formation". A l'heure où l'exécutif va annoncer les détails de son vaste plan de formation professionnelle avec un budget prévu de 15 milliards d'euros sur cinq ans pour les chômeurs et les jeunes, cette publication risque de faire débat au sein du gouvernement.
L'organisme de réflexion rattaché au cabinet du Premier ministre explique que les plans massifs de formation et l'élévation du niveau de diplôme "ont eu peu de prise sur le taux de chômage". Le rapport rappelle que "les politiques en faveur de la formation professionnelle se sont multipliées" au cours des dernières décennies citant les plans de formation des demandeurs d'emploi (plans 30.000, 100.000, 500.000), les préparations opérationnelles à l'emploi - collectives ou individuelles -, ou encore les emplois d'avenir pour les jeunes. Ce qui a aboutit à une hausse régulière du nombre de demandeurs d'emploi inscrits en formation selon les dernières statistiques de la Dares.
Par ailleurs, le rapporteur de l'étude, Morad Ben Mezian, note que le niveau moyen de qualification en France s'est nettement accru. "En 1982, 56 % de la population active était sans diplôme, contre 20 % en 2013". A l'inverse, la part des diplômés de l'enseignement supérieur a plus que triplé, passant de 10,8% à 35% sur la même période.
Mais le document rappelle qu'en France "44% des travailleurs ont un niveau de diplôme qui ne correspond pas à l'emploi qu'ils occupent, 31% sont sur-qualifiés et 14% sont sous-qualifiés", constate France Stratégie. Et "42% des travailleurs ont une spécialité de formation qui ne correspond pas à l'emploi qu'ils occupent". En outre, la formation est le premier critère de recrutement pour "seulement 46% des entreprises, contre 60% pour l'expérience professionnelle ou 64% pour des compétences transversales comme la polyvalence ou la capacité d"adaptation", note le rapport.
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"Le niveau et la spécialité de formation ne sont pas toujours le premier critère de recrutement des entreprises. Avec d'importantes variations selon les métiers, les secteurs ou les territoires, ces entreprises tendent à privilégier l'expérience et la motivation comme indicateur de la capacité des candidats à satisfaire aux exigences d'un poste."
Des efforts pas toujours récompensés
Selon l'organisme d'expertise, les premiers bilans pour ce qui est de la "mobilisation des acteurs ou des accès à une formation pour les demandeurs d'emploi, peuvent être considérés comme positifs". De fait, le nombre de demandeurs d'emploi inscrits en formation a augmenté de manière tendancielle ces cinq dernières années. En revanche, l'efficacité de tous ces programmes pose question au rapporteur. Ce dernier met en exergue les difficultés pour améliorer l'insertion professionnelle des jeunes ou des chômeurs faiblement qualifiés.
"La formation améliore nettement le retour à l'emploi de certains individus mais sera sans effet pour d'autres. La probabilité de retour à l'emploi augmente avec le niveau de diplôme des chômeurs formés et diminue en revanche avec l'âge. [...] L'effet est positif et significatif pour les individus ayant eu une expérience d'emploi récente, mais il apparaît non significatif, voire négatif, pour les personnes ayant quitté leur emploi depuis longtemps ou pour les nouveaux entrants sur le marché du travail."
Le difficile retour à l'emploi pour les séniors et les chômeurs de longue durée (*) est régulièrement souligné par des économistes et experts. Les personnes appartenant à ces catégories sont de plus en plus nombreuses à s'inscrire sur les listes de Pôle Emploi et leur part augmente régulièrement.
A la fin du mois de juin dernier, ils étaient 2,56 millions comptabilisés en chômeurs de longue durée sur un total de 6,12 millions d'inscrits toutes catégories confondues.
Face à ce constat, le groupe d'experts qui a travaillé à la rédaction de ce rapport invite les acteurs institutionnels à sortir d'une logique "adéquationniste" (entre l'offre et la demande de compétences sur le marché du travail) centrée sur le "tout formation". Du côté des entreprises, France Stratégie conseille aux employeurs de mieux identifier leurs besoins en compétence, soulignant :
"Certaines branches et certains territoires ont déjà commencé ce travail en mettant en place des outils d'accompagnement des entreprises : accompagnement de proximité réalisé par les branches professionnelles ou les OPCA (Organismes paritaires collecteurs agréés), plateforme RH financée par l'État, etc. S'il s'agit là d'initiatives très intéressantes, elles sont encore trop peu partagées et connues."
(*) Un chômeur de longue durée est un actif au chômage depuis plus d'un an. A partir de 24 mois, on parle de chômage de très longue durée.