Emploi : un rapport parlementaire alerte sur la pénurie de compétences

Le manque de main-d'oeuvre compétente reste un obstacle majeur au développement dans de nombreuses PME et TPE. Face à ces difficultés, deux sénateurs insistent sur l'importance de la formation à l'intérieur des entreprises dans un rapport rendu public ce mercredi 24 juin.
Grégoire Normand
Lors de leurs travaux préparatoires, les élus Michel Canévet (sénateur du Finistère) et Guy-Dominique Kennel (sénateur du Bas-Rhin) ont sillonné la France pour interroger des acteurs de terrain sur les difficultés rencontrées. Ils mettent particulièrement l'accent sur la situation préoccupante de certaines catégories de jeunes, évoquant un gâchis de compétences. Tous les ans, environ 100.000 jeunes se retrouvent ni en études ni en emploi ni en formation. [Crédit photo: Rémi Benoît ]
Lors de leurs travaux préparatoires, les élus Michel Canévet (sénateur du Finistère) et Guy-Dominique Kennel (sénateur du Bas-Rhin) ont sillonné la France pour interroger des acteurs de terrain sur les difficultés rencontrées. Ils mettent particulièrement l'accent sur la situation préoccupante de certaines catégories de jeunes, évoquant "un gâchis de compétences". Tous les ans, environ 100.000 jeunes se retrouvent ni en études ni en emploi ni en formation. [Crédit photo: Rémi Benoît ] (Crédits : Rémi Benoit)

C'est un fléau qui risque de s'aggraver avec la crise économique. Dans un rapport sénatorial à paraître ce mercredi 24 mai, les rapporteurs Michel Canévet, sénateur du Finistère, et Guy-Dominique Kennel, sénateur du Bas-Rhin, sonnent l'alarme sur la pénurie de compétences criante en France.

Après plusieurs mois de travaux, ils notent que, malgré un taux de chômage élevé, les employeurs s'inquiètent toujours du manque d'appariement entre l'offre et la demande. Lors d'un récent point presse, la présidente de la délégation aux entreprises au Sénat Élisabeth Lamure (LR) déplorait cette situation.

"Depuis deux ans, les retours du terrain à l'occasion des déplacements de la délégation dans les départements étaient récurrents et lancinants : nous n'arrivons pas à recruter, nous ne trouvons pas les compétences dont nous avons besoin ou n'arrivons pas toujours à les garder. Ceci handicape gravement notre activité ! Tels sont les témoignages de nombreux chefs d'entreprise, en particulier dans les PME et TPE."

Avec la crise actuelle provoquée par la pandémie du Covid-19, ce phénomène risque de s'accentuer. En effet, les parlementaires redoutent que la transformation des métiers consécutive à la crise amplifie les difficultés de recrutement dans un avenir proche. De nombreuses entreprises et grands groupes comme Renault ou Air France ont déjà annoncé des milliers de licenciements laissant sur le carreau des travailleurs en manque de compétences nouvelles ou récentes.

> Lire aussi : Air France veut supprimer entre 8.000 et 10.000 postes (HOP inclus)

Une inquiétude largement partagée par les employeurs

Ces obstacles au moment du recrutement sont amplement partagés par les entreprises françaises. D'après une enquête réalisée par la direction statistique du ministère du Travail en 2016, citée dans le document parlementaire, sur l'ensemble des recrutements jugés complexes par les recruteurs, 60% le sont en raison de l'inadéquation des candidats ou du manque de candidatures. Viennent ensuite les caractéristiques du poste proposé (55%), la concurrence de la part d'autres entreprises (29%) ou encore le déficit d'image de l'entreprise, du secteur d'activité ou du métier (23%). "Ces phénomènes sont particulièrement inquiétants en France car ils se conjuguent avec un taux de chômage élevé malgré la reprise de la croissance : à cette date, la France connaît le quatrième taux de chômage le plus élevé de l'Union européenne", rappellent les auteurs.

La situation préoccupante des jeunes sans formation

Lors de leurs travaux, les élus ont sillonné la France pour interroger des acteurs de terrain sur les difficultés rencontrées. Ils mettent particulièrement l'accent sur la situation préoccupante de certaines catégories de jeunes, évoquant "un gâchis de compétences". Tous les ans, environ 100.000 jeunes se retrouvent ni en études, ni en emploi, ni en formation. Ce sont les fameux NEET* souvent exclus du marché du travail qui risquent de souffrir pendant des années avant de pouvoir s'insérer. Et la crise actuelle risque d'accroître ce phénomène déjà alarmant.

> Lire aussi : Pour les jeunes, l'accès à l'emploi reste un calvaire

Les répercussions majeures de la crise économique

La propagation du coronavirus sur l'ensemble du territoire a paralysé des pans entiers de l'économie française pendant deux mois. Cette pandémie a entraîné des pertes abyssales pour l'activité tricolore estimées à environ 120 milliards d'euros pour les deux mois de confinement selon l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE).

> Lire aussi : Covid-19 : des pertes abyssales pour l'économie française

Face à cette récession brutale, les deux sénateurs préconisent de mettre en oeuvre une véritable politique publique d'accompagnement des compétences. "En effet, des secteurs sont plus touchés que d'autres (hôtellerie-restauration, automobile, etc.), des métiers vont se retrouver davantage en tension (secteur de la santé, métiers liés aux relocalisations de production, etc.) tandis que l'organisation du travail va être profondément bouleversée (numérisation des entreprises, télétravail normalisé)", indiquent les auteurs.

Un accompagnement renforcé

Les demandes de formation en interne pour renforcer ou acquérir certaines compétences restent parfois sans réponse dans les entreprises. Parmi l'éventail de propositions avancées par les sénateurs, figure le renforcement de la formation professionnelle en entreprise. Il faut "sensibiliser les PME à l'absence de candidat idéal pour l'emploi proposé et aux atouts de la formation professionnelle". En outre, les sénateurs insistent pour activer des plans de reconversion dans le contexte de la crise. En effet, des secteurs entiers souffrent déjà, et des milliers d'emplois devraient disparaître dans les prochains mois alors que d'autres métiers sont toujours en tension.

> Lire aussi : Le spectre du chômage de masse hante les États

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(*) NEET signifie Neither in Employment nor in Education or Training - en français: ni travail ni diplôme ni formation. Les NEET représentent une population de 14 millions de jeunes en Europe.

Grégoire Normand

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Commentaires 42
à écrit le 26/06/2020 à 10:06
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Tout cela n'est qu'un constat, il est plus facile de capter la compétence étrangère que de former la sienne et, cela ne doit pas s'améliorer...: "pour éviter la préférence nationale et permettre a La France de se dissoudre dans le magma européen"!

à écrit le 25/06/2020 à 13:54
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1/ Les salaires dans le domaine technique n'ont rien d'attractif, surtout comparé aux pays avoisinants tels que l'Allemagne ou la Suisse (qui nous prennent pour des abrutis de travailler dans ces conditions, vécu....) 2/ La formation professionnelle ...

à écrit le 25/06/2020 à 11:00
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La France se plait à former des milliers d'étudiants dans les sciences humaines stériles pour l'emploi. Combien de masters chaque année de psychologie, de sociologie, de communication, de stap etc qui ne feront qu'alimenter le pôle emploi. Il faudrai...

à écrit le 24/06/2020 à 15:41
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Il y a deux questions: la compétence (et la formation) évidemment mais aussi l'attractivité et le courage au travail de l'autre. C'est tout de même dur à avaler de voir qu'aucun français ne veut aller ramasser les asperges, les fraises, les cerises, ...

le 24/06/2020 à 16:29
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vous trouvez des francais dans les chantiers. Mais pas en france, a geneve ! ah oui, forcement ils sont pas paye au smic (en suisse ils vont gagner quasiment 3 fois plus, aux allentour de 4000 CHF) Il faut bien savoir qu en france on a choisit de ...

le 24/06/2020 à 17:07
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C'est faux. Les français ont travaillé dans les champs pendant la crise Covid, et les agriculteurs ont quand même vendu leur production malgré des prix élevés. Les entreprises VEULENT recruter des étrangers car cela leur permet de ne pas leur donner ...

le 24/06/2020 à 17:47
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Les infections s’enchaînent chez les travailleurs saisonniers du Vaucluse. Lors d’une campagne de dépistage menée conjointement par la préfecture du Vaucluse et par l’Agence régionale de santé​ de la région Paca, 13 nouveaux cas de Covid-19 ont été d...

le 24/06/2020 à 18:08
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En Bretagne c'est pas trop le cas en Sarthe aussi, sur les lignes d'abattage c'est une grande majorité de Français 90%. Dans le caoutchouc ou je travaillais quelques nanas malgaches c'est tout, Les gens de l'ouest ne sont pas nés fainéants, et pui...

le 24/06/2020 à 18:18
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Vous êtes à coté de la plaque et il faut actualiser vos infos. Tous les gouvernements depuis 40 ans ont orienté l'éducation nationale pour affronter la compétition technologique du futur... Exigeant 80% des nouvelles générations de Français d'obteni...

le 25/06/2020 à 9:53
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@BH Il est facile derrière un écran d'envoyer les gens "ramasser les asperges" pour un salaire de misère, des conditions de travail difficiles. Vous ne respectez rien, ni les travailleurs, ni le travail, parce que vous n'avez sans doute jamais été c...

à écrit le 24/06/2020 à 15:37
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Comment se fait il qu'une école d'ingénieur de Mulhouse envoie des élèves faire leur stage de fin d'études en Suisse. Leur diplôme en poche, ces élèves travailleront sur place. La France éduque sa jeunesse et paie pour son éducation pour la laisser p...

le 24/06/2020 à 16:50
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1°) De plus en plus d'écoles d'ingénieur imposent un stage à l'étranger en dernier cycle. 2°) Il y a pénurie de stages en France, y compris au niveau ingénieur. 3°) Etant donné la proximité géographique et le différentiel de "salaire" les étud...

le 24/06/2020 à 17:00
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Les entreprises n'ont plus les moyens de former leur personnel en interne car l'état leur prélève une taxe formation. Il faut passer par des organismes de formation qui n'ont pas le niveau requis par des technologies de plus en plus pointues, et qui ...

le 24/06/2020 à 17:34
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L'industrie représente 25% du P.I.B. Suisse, contre 20% en Allemagne et en Italie, et... 10% en France. Ce n'est donc pas un mauvais choix si l'on doit faire un stage à l'étranger. D'autre part, les parents de ces stagiaires ont payé des impôts q...

le 24/06/2020 à 20:29
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@curiale "D'autre part, les parents de ces stagiaires ont payé des impôts qui sont maintenant les plus élevés du monde pour financer cette éducation" Comme quoi, ils le restent de l'argent.

à écrit le 24/06/2020 à 15:21
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C'est logique, avec des politiques et des politiciens qui n'ont pas de vision! La gestion prévisionnelle ne semble pas caractériser les gestions qu'ils sont censé être... La pensée du constat rattrape toujours !!!

à écrit le 24/06/2020 à 14:49
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Bof, c'est un peu le marronnier de cet été.Vous tapez sur le net ,pénurie de compétence dans les PME/TPE ,vous en avez des pages d'article de ce genre ,chaque année ,on nous ressort ce sujet et rien ne bouge.Déjà en 2015 ,l'OCDE s’alarmait d’une pénu...

le 24/06/2020 à 16:56
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C'est surtout chez les politiciens qu'on manque de compétences...

à écrit le 24/06/2020 à 14:47
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Ben oui. On voit l'incompétence de nos politiques au gouvernement. Cela n'a plus rien à voir avec Charles de Gaulle - Pompidou - Giscard d'Estaing - Jacques CHIRAC etc.... A partir de Hollande cela à commencé.

à écrit le 24/06/2020 à 13:47
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Ils faudrait qu'ils aillent expliquer cela à Pénicault qui parlait de faciliter les licenciements des personnes n'ayant pas les bonnes compétences pour recruter de nouvelle avec les bonnes.

à écrit le 24/06/2020 à 13:37
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L'éducation nationale est une fabrique de crétins qui se reproduisent . Un instituteur qui sortait de l'ecole normale en 1960 était bacc+1 .et son savoir était reconnu . Aujourd'hui promu prof des écoles il est vrai faux bacc+4 et à souscrit aux ine...

le 24/06/2020 à 14:08
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Toujours enclin à attribuer tous les torts à la fonction publique§ Votre argument n' a rien à voir avec le problème traité dans l'article. Ce n'est pas du fait de l'instituteur si les entreprises ne trouvent pas les compétences qu'elles recherchent!...

à écrit le 24/06/2020 à 13:32
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La faute à : - un parcours d'apprentissage dénigré pendant 40 ans au moins, laissant la part belle aux professions dites intellectuelles. - aucune passerelle existant pour un apprenti, qui n'évoluera quasiment pas au cours de sa carrière. Dans d'a...

à écrit le 24/06/2020 à 13:19
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Le problème du manque de personnel compétent ne se pose plus avec 13% de récession.

à écrit le 24/06/2020 à 11:58
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Deja "on" a des pb de soudures dans les chantiers strategiques, des sous-marins qui brulent durant une visite de maintenance, la liste est longue..... Donner le bac a toutes celles et ceux qui ne le meritent pas, des universitaires incapables de red...

à écrit le 24/06/2020 à 11:54
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Les 30 millards de formation professionnelle passe ou ? Il faut rappeler que ce magot est géré par les acteurs sociaux, c est à dire les syndicats en grande partie. On les entend pas bcp eux qui sont souvent dans la critique virulente. Mais peut-êtr...

le 24/06/2020 à 12:13
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Les organisations patronales ne sont pas en reste ....mais d'accord avec vous la destination de ces fonds disparait dans un grand trou noir est une énigme ....qui profitent à quelques uns . Exemple , une formation de 4,5 jours facturée 4.000 euros p...

le 24/06/2020 à 13:45
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Ce n'est pas une énigme. Plusieurs personnes ont essayé de mettre au jour ce qui se passe sur la formation professionnelle mais personne n'a voulu ouvrir d'enquête. Pourtant, ce sent une bonne flagrance UIMM.

le 24/06/2020 à 18:47
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Des entreprises et individus se sont spécialisées dans les formations bidons pour récupérer cette manne.

à écrit le 24/06/2020 à 11:53
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Les 30 millards de formation professionnelle passe ou ? Il faut rappeler que ce magot est géré par les acteurs sociaux, c est à dire les syndicats en grande partie. On les entend pas bcp eux qui sont souvent dans la critique virulente. Mais peut-êtr...

à écrit le 24/06/2020 à 11:18
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En matière d'employés, on a ce qu'on forme. Et pourtant on dépense un fric de dingue en exonérations de tout genre pour que les apprentis ne coutent (presque) rien aux maîtres. Les étudiants ne sortent plus avec un diplôme, à quelque niveau que ce...

à écrit le 24/06/2020 à 11:12
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c est sur que payer les gens a peine plus que le smic ca aide pas a les garder... Ou s il doivent laisser la moitie de leur salaire pour se loger, ca n incite pas a demenager pour prendre un nouveau poste ! Apres il faut aussi raison garder. La pl...

à écrit le 24/06/2020 à 11:08
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Si l Education Nationale avait encouragé l apprentissage au lieu de le dénigrer et de le combattre depuis 50 ans (soit disant comme un enseignement au rabais, à la la solde des patrons). Nous aurions les personnes qualifiées opérationnelles qui manq...

le 24/06/2020 à 16:56
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Facile de dénigrer l'Education Nationale alors qu'en réalité ce sont les parents qui font le forcing pour que leur formidable progéniture passe un bac général.

à écrit le 24/06/2020 à 11:08
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La pénurie de compétence existait déjà et il était plus facile d'aller les prendre ailleurs que de les former! Mais, maintenant, du fait des déplacements ralentis, c'est "plus criant"! Heureux l'artisan qui a trouvé sa relève!

à écrit le 24/06/2020 à 10:58
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Le niveau lamentable de l'éducation nationale explique cette situation.

à écrit le 24/06/2020 à 10:56
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Ben oui mais le problème majeur est qu'il est tellement facile de détourner l'argent pour la formation que dorénavant ben il n'y a plus de formation digne de ce nom, c'est seulement encore une fois proposer aux entreprises des stagiaires payés par l'...

le 24/06/2020 à 11:25
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La politique du turn-over dans les ressources humaines a été catastrophique. Elle a permit de baisser les salaires, au prix d'une perte des compétences, savoir-faire qu'on exportait facilement via nos produits. Et les managers d'aujourd'hui qui ne so...

le 24/06/2020 à 12:02
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Ben oui mais si l'argent de la formation servait effectivement à la formation de la classe productrice au lieu de remplir les paradis fiscaux de la classe dirigeante nous aurions des productifs bien plus efficaces et performants.

le 24/06/2020 à 21:31
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@Citoyen blasé Selon le rapport Perruchot, c' est plus les poches des syndicats que l' argent de la formation professionnelle remplissait...

le 25/06/2020 à 15:54
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@ Curiale: Parce que les institutions sont repus à fermer les yeux sur les magouilles politico-financières de ce fait ils ont toujours du mal à avoir de bons chiffres à nous exposer. Les syndicats eux, du moins leurs dirigeants, sont toujours un peu ...

à écrit le 24/06/2020 à 10:18
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Il n'y a pas que dans les PME ou on manque que personnes qualifiées . Regardez les élus à tous les niveaux combien ont prouvé qu'ils étaient compétents. combien de personnes se mêlent de tout sans rien en connaitre , je vous laisse faire la liste.

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