En France, la fièvre des prix de l'énergie continue de pousser l'inflation vers le haut

Les prix de l'énergie ont bondi de 19,7% en janvier après 18,5% en décembre rapporte l'Insee dans une estimation provisoire. Résultat, l'indice des prix à la consommation a encore augmenté en janvier dans l'Hexagone.
Grégoire Normand
Les prix à la pompe ont battu des records ces dernières semaines.
Les prix à la pompe ont battu des records ces dernières semaines. (Crédits : Reuters)

La pandémie continue d'affoler les compteurs des statisticiens. Près de deux ans après l'irruption du virus sur le Vieux continent, les poussées inflationnistes des derniers mois donnent des sueurs froides au gouvernement que ne cesse de multiplier les annonces pour tenter de diminuer le coût de la vie pour les Français. D'après les derniers chiffres dévoilés par l'Insee ce mardi premier février, l'indice des prix à la consommation a augmenté de 2,9% en janvier après 2,8% en décembre dernier. "2,9%, ce n'est pas une surprise. En 2021, il y a eu une hausse de 1,6% en glissement annuel. En 2022, d'autres facteurs conjoncturels sont venus s'ajouter comme les tensions géopolitiques en Ukraine. Pour 2022, l'inflation devrait être plus haute à 2,2% contre 1,6%. La normalisation devrait intervenir à partir de septembre prochain. Plus de la moitié de la hausse des prix est liée à l'énergie" a déclaré Anne-Sophie Alsif, cheffe économiste chez BDO interrogée par La Tribune.

De son côté, Stéphane Colliac économiste chez BNP-Paribas a indiqué dans une récente note que "la hausse du prix du gaz a eu lieu en septembre et octobre, tandis que le prix de l'essence a plutôt diminué en décembre. Toutefois, cette dynamique devrait à nouveau se détériorer, avec le rebond du cours du pétrole en janvier, la hausse programmée du prix de l'électricité de 4% en février ainsi que la perspective d'une hausse des prix alimentaires au premier semestre 2022". La crise dans l'énergie et les matières premières a réveillé le spectre d'un retour de la crise pétrolière de 1973. Lors d'une réunion la semaine dernière, le ministre de l'Economie Bruno Le Maire a expliqué que "le choc gazier est comparable au choc pétrolier de 1973".

Lire aussi 6 mnPrix de l'énergie : la crise actuelle est « comparable au choc pétrolier de 1973 » (Bruno Le Maire)

Une inflation tirée par les prix de l'énergie

Sans surprise, la forte reprise économique en 2021, la pagaille dans les chaînes d'approvisionnement et les pénuries de composants électroniques et de matières premières ont contribué à faire monter les prix. Dans l'énergie, la hausse est particulièrement spectaculaire sur un an en janvier (+19,7%) après un bond déjà très marqué en décembre (+18,5%). Après la flambée des prix du gaz en fin d'année, le prix du pétrole n'a cessé de gonfler ces dernières semaines. Résultat, les prix à la pompe battent des records ces dernières semaines.

Les dernières tensions géopolitiques en Ukraine pourraient bien contribuer à maintenir les prix du gaz et de certains métaux à un niveau élevé.  "Par rapport aux crises précédentes de 2008 et 2010, la grande difficulté est que l'économie connaît de très fortes transformations", ajoute Anne-Sophie Alsif. "Les prix montent en raison de la reprise mais aussi en raison de la transition énergétique. Le gaz et l'électricité pourraient être le moteur de l'inflation dans les années à venir.  Il y a une inflation structurelle des prix de l'énergie en raison de la transition écologique mais il n'y a pas d'hyper-inflation", nuance-t-elle.

Parmi les autres facteurs qui contribuent à la fièvre des prix figurent les services. Les prix dans le tertiaire ont ainsi augmenté de 2% en janvier après 1,8% en décembre. Enfin dans l'alimentation, ce sont surtout les produits frais qui tirent l'indice des prix à la consommation vers le haut avec une accélération de 3,6% en janvier après 3,3% en décembre.

Tensions "inflationnistes renforcées" dans l'industrie

 L'onde de choc de la pandémie continue de faire trembler l'appareil productif tricolore confronté à de fortes difficultés d'approvisionnement depuis plusieurs mois. L'arrivée du variant Omicron et le durcissement des mesures sanitaires en fin d'année 2021 ont une nouvelle fois désorganisé les chaînes d'approvisionnement des usines tricolores. Selon la dernière enquête du cabinet Markit dévoilée ce mardi premier février, les prix à la production ont atteint un sommet en janvier dernier avec "des tensions inflationnistes renforcées". "Si les pressions sur les coûts des entreprises ne se sont que légèrement renforcées par rapport à décembre, les prix sortie d'usine ont en revanche fortement augmenté, le taux d'inflation ayant atteint un nouveau record historique" expliquent les économistes du cabinet. "Pour l'instant, il n'y a pas d'impact macroéconomique notable. Les entreprises ont bénéficié du 'quoi qu'il en coûte. Leur marge est repartie à la hausse. Dans le manufacturier, il y a des hausses de prix mais il n'y a pas eu d'impact sur la consommation des ménages" a déclaré Anne-Sophie Alsif.

Compte tenu du poids de l'industrie tricolore dans le produit intérieur brut, l'économie française est relativement moins exposée que certains voisins comme l'Allemagne aux soubresauts du commerce mondial. Le prolongement de ce choc pourrait néanmoins avoir des répercussions à moyen terme sur le tissu productif hexagonal déjà bien abîmé par des décennies de désindustrialisation et de relocalisations.

Grégoire Normand

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Commentaires 6
à écrit le 02/02/2022 à 8:19
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Le problème pour la France, qui a une dette abyssale, c’est que si l’inflation ne se stabilise pas bientôt en dessous de 2% et que l’on est obligé de relever les taux d’intérêt, non seulement son économie en sera profondément affectée mais il lui ser...

à écrit le 02/02/2022 à 4:24
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Le prix des énergies explose. Est ce une calamité inévitable due au comportement des citoyens français ou même aux tendances des marchés mondiaux de l'énergie ? NON. Prenons l'exemple des hydrocarbures dont le prix du baril de brent a dépassé le...

à écrit le 01/02/2022 à 19:46
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Il faut liberer les prix du carburant du tout marché et baisser les taxescomme la TIPCE. Un bon carburant c'est 1.20€/litre et non 2€/litres de gasoil ou de SP98-SP95 E10. Oui il faut eviter la surinflation de l'economie et la crise tel 1973 et des t...

à écrit le 01/02/2022 à 17:10
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Si notre gouvernement ne vendait pas à perte la production électrique d'EDF aux escrocs des fournisseurs alternatifs, la facture serait beaucoup moins salée.

à écrit le 01/02/2022 à 14:54
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Dès que la consommation baissera à cause d'un tarif exagéré, les taxes baisseront immédiatement en moins de 24H

le 01/02/2022 à 19:27
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Les taxes peuvent baisser d'un côté, mais elles apparaîtront forcément ailleurs car vous n'ignorez sans doute pas que la France malgré les taxes et impôts les plus importants au monde, a un déficit chronique (hors covid) de 100 MILLIARDS qui va tous ...

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