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Faut-il mieux planifier le Grand Paris?

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Mathias Thépot

Publié le 11 avril 2017 à 06:00

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Au-delà des nouvelles lignes de métro, on ne sait pas encore quel sera le vrai visage du Grand Paris.

Pour beaucoup, le Grand Paris, c'est avant tout une histoire de transports en commun : un nouveau métro (le Grand Paris Express), qui s'étendra sur 200 kilomètres, et 68 nouvelles gares, principalement situés en petit couronne francilienne, et dont les alentours seront aménagés. Si le prolongement de la ligne 14 du métro au nord de Paris sera opérationnel début 2020, les premières nouvelles lignes du Grand Paris Express devraient voir le jour en 2022. Le Grand Paris a donc son squelette. Reste à découvrir son visage. Quels nouveaux quartiers vont émerger ? De ce point du vue, des incertitudes demeurent.

Une planification pour l'instant insuffisante

Certes, pour accompagner la création du nouveau métro, des contrats de développement territorial (CDT) ont été signés entre les collectivités territoriales et l'État. Ces outils de programmation permettent de décliner au niveau local les objectifs du Grand Paris, notamment de construction de logements autour des futures gares. Mais avec ces seuls contrats CDT, « on n'atteint pas 70.000 logements construits », regrette le député PS de Seine-Saint-Denis Daniel Goldberg, c'est-à-dire l'objectif annuel de construction de logements fixé dans la loi du Grand Paris (2010).

Certes structurant, les CDT ne représenteront donc qu'une petite part du futur Grand Paris. Le pouvoir est en fait laissé aux élus locaux de décider de l'avenir de leur territoire. Reste à espérer qu'ils soient cohérents dans leurs choix, notamment en matière de constructions de logements. Car il y a urgence: près d'un million de personnes sont mal-logées en Île-de-France, et les prix sont trop élevés par rapport aux revenus des ménages. Le développement d'une offre substantielle à prix abordable est donc indispensable.

Le malthusianisme foncier des maires

Malheureusement, les maires sont souvent pris d'un « malthusianisme foncier », c'est-à-dire qu'ils préfèrent ne pas construire dans leur commune, de peur de déplaire à leurs administrés et de se faire sanctionner aux élections suivantes. D'autant plus que construire des logements induit nécessairement de nouveaux investissements en équipements (écoles, espaces de loisirs, bibliothèques, etc.) pour les nouveaux arrivants. Des dépenses malvenues en cette période où la situation budgétaire des collectivités locales est déjà tendue. A l'inverse, les maires ont plus intérêt à attirer les entreprises qui paient des taxes. Or, le but premier du Grand Paris étant de renforcer l'attractivité économique de la région, de nombreux maires pourraient être tentés de donner la priorité à l'implantation d'entreprises sur leur territoire, au détriment de logements.

On parle d'ailleurs déjà « du doublement de la surface des bureaux en Île-de-France », note l'urbaniste François Leclercq, membre de l'Atelier international du Grand Paris. D'après lui, les seuls CDT prévoient la construction de près de 11 millions de m² de bureaux dans la région. Un chiffre à mettre en perspective avec un parc tertiaire francilien actuel de plus de 50 millions de m², dont 3,5 millions sont vacants. Bref, « les prévisions actuelles sont un peu trop ciblées sur l'activité économique », estime François Leclercq. Prévoir beaucoup de bureaux est, du reste, un pari osé car rien ne dit que l'activité se redressera de manière spectaculaire dans les prochaines années.

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Une solution : rendre les nouvelles constructions réversibles

D'autant qu'en réalité, les espaces de bureaux sont souvent très concentrés sur certains territoires. Autrement dit, si chaque maire souhaite attirer des entreprises, « il y aura des perdants et des gagnants », note Jean-Claude Driant, professeur à l'école d'urbanisme de Paris. Autre problème, « l'addition des programmes locaux d'urbanisme autour des stations de métro [qui] n'est pas la bonne méthode », estime l'ingénieur Pierre Veltz, ancien PDG de Paris Saclay. Pour lui, « le Grand Paris manque encore de planification.» Heureusement, les plans d'urbanisme seront à l'avenir réalisés à l'échelle des intercommunalités pour plus de cohérence. Reste à savoir si les élus joueront le jeu.

Une autre solution serait de construire des immeubles qui, s'ils ne trouvaient pas preneurs sous la forme de bureaux, pourraient facilement se transformer en logement. Anticipant le risque d'obsolescence rapide, beaucoup de promoteurs prévoient déjà ce principe de réversibilité dans leurs constructions, qui pourrait permettre d'éviter de gros couacs.

Anticiper les évolutions

Mais le sujet de la planification du Grand Paris est plus large que les seules constructions de quartiers. L'emploi notamment, doit aussi être un sujet de préoccupation sur le long terme. Or, s'il semble que le secteur du bâtiment se taillera la part du lion dans un premier temps, au-delà, difficile de prévoir quels seront les emplois qui seront créés. Certes, la métropole s'articulera autour de pôles d'excellence (culture, développement durable, aéronautique, événementiel, recherche, innovation, finance, santé) aux quatre coins de l'agglomération. Certes, la conception du nouveau métro devrait concerner 15.000 emplois par an durant la phase de conception, dont les deux tiers pour le secteur du bâtiment et des travaux publics.

Mais pour le reste, « il n'y a pas de réflexion à l'échelle de la métropole sur les types d'emplois qui peuvent se développer », regrette Pierre Veltz. Selon lui, il faudrait d'ores et déjà anticiper les tendances lourdes, notamment les conséquences de l'informatisation et de la robotisation de l'économie. Ces évolutions auront de forts impacts sur l'emploi salarié francilien qui est à 85 % dans le secteur tertiaire.

Besoin d'emplois très qualifiés

Les classes moyennes et les classes modestes risquent d'être les plus affectées. En effet l'informatique et la robotique s'attaquent en priorité aux secteurs des services, très pourvoyeurs d'emplois pour les classes moyennes, et n'embaucheront quasiment plus de main-d'œuvre peu qualifiée de manière pérenne. Les emplois moyennement qualifiés seront donc très violemment percutés par la précarisation. Mais en parallèle, il va tout de même émerger « une forte de demande d'emplois très qualifiés », prédit Pierre Veltz(*). « Il n'y a aucune raison que l'économie francilienne échappe à cette tendance. Au contraire ce phénomène est même plus accentué dans les tissus métropolitains », s'inquiète-t-il. D'où la nécessité  d'accroître le niveau de formation et de qualification des ménages, sinon les entreprises ne trouveront pas suffisamment de personnes à haut niveau de qualification.

Des populations oubliées ?

Outre l'emploi, l'idée de résorber les déséquilibres territoriaux est aussi portée par le projet du Grand Paris. Comme le dit la loi, « le Grand Paris est un projet urbain, social et économique d'intérêt national qui (...) vise à réduire les déséquilibres sociaux, territoriaux et fiscaux au bénéfice de l'ensemble du territoire national ». Pourtant, certains territoires franciliens n'ont pas été intégrés dans la planification initiale. Et pour ces territoires délaissés, les répercussions risquent d'être très négatives. Les nouvelles lignes de transports en commun excluent en effet une grande part de la grande couronne (le Val-d'Oise, le sud de la Seine-et-Marne, l'ouest des Yvelines et le sud de l'Essonne). « Pour notre département, il n'aura absolument aucun impact positif », peste par exemple Francis Delattre, sénateur du Val-d'Oise.

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Il ajoute que le Grand Paris est « un très beau projet pour 7 millions d'habitants d'Île-de-France, mais il est déplorable pour les autres [5 millions, Ndlr] ». Sans nouvelle ligne de transports -hors bus- et avec un nombre croissant d'habitants, le quotidien des habitants de la grande couronne pourrait empirer. Mais des changements sont encore possibles pour mieux prévoir, planifier et programmer le Grand Paris d'ici la mise en oeuvre opérationnelle du réseau de transports en commun. Et si de nombreuses interrogations subsistent, tout le monde s'accorde toutefois sur un point, comme le remarque Pierre Veltz : « Une métropole dynamique, c'est toujours mieux qu'une métropole en stagnation. »

__

(*) Son dernier ouvrage sur le sujet : "La société hyper-industrielle", aux Editions du Seuil, 128 pages, 11,80 euros.

Mathias Thépot

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