Fermeture d'usines : Sophie Binet (CGT) dénonce « une grave saignée industrielle »
latribune.fr
« Les patrons sont responsables à 100% de ce qu'il se passe (...) la responsabilité des licenciement c'est les grands groupes, c'est la politique des marges, d'augmenter leurs marges pour augmenter leurs dividendes », a ajouté la syndicaliste.
Reuters
La secrétaire générale de la CGT a dénoncé la fermeture de deux sites de Michelin, affirmant que l'équipementier organise lui-même la concurrence de ses usines et licencie « pour pouvoir préserver ses marges et préserver ses dividendes pour ses actionnaires. »
« C'est scandaleux ! ». Voilà comment la secrétaire générale de la CGT voit la décision de Michelin de fermer ses sites industriels de Cholet (Maine-et-Loire) et de Vannes (Morbihan), d'ici 2026. Pour rappel, le groupe français justifie ces fermetures par le manque de compétitivité de ces sites. Début novembre, le PDG de l'équipementier, Florent Menegaux, avait en effet évoqué un « effondrement de l'activité ».
« L'électricité en France est deux fois plus chère au mégawattheure qu'en Amérique du Nord », avait-il expliqué, précisant qu'il s'agit du « deuxième centre de coûts, dans [le] secteur, après la masse salariale ». Car, avait-il ajouté, la fabrication des pneus nécessite des étapes de cuisson particulièrement énergivores.
Invitée de France Info ce mardi matin, la patronne de la CGT a balayé ces explications, comme déjà elle l'avait formulé dans les colonnes de La Tribune Dimanche. À ses yeux, l'industriel a lui-même créé une situation de non-compétitivité de ses sites français. « La concurrence,c'est Michelin qui l'organise lui-même puisqu'il a dupliqué tous ses sites de production au niveau international (...). Et Michelin restructure avant de rencontrer des difficultés économiques pour pouvoir préserver ses marges et préserver ses dividendes pour ses actionnaires », a-t-elle affirmé.
« Une grave saignée industrielle »
De manière plus générale, «les patrons sont responsables à 100% de ce qu'il se passe (...) : la responsabilité des licenciements, c'est celle des grands groupes. C'est la politique des marges, d'augmenter leurs marges pour augmenter leurs dividendes», a ajouté la syndicaliste.
Une référence aux 200 plans de licenciements recensés par la CGT, qualifié de « grave saignée industrielle ».
Face à ce constat, « il faut prendre des mesures d'urgence, la CGT exige un moratoire sur les licenciements ».
« Un moratoire on sait faire, c'est ce qu'on a fait pendant le Covid notamment. C'est mettre sous cloche les entreprises pour empêcher les licenciements. » Interrogée sur le coût d'une telle mesure - 1.000 milliards d'euros durant la crise sanitaire -, la syndicaliste a répondu : « Ce qu'on demande, c'est que les entreprises en difficulté aient du temps supplémentaire pour que l'équipe syndicale et les pouvoirs publics puissent travailler des projets pour maintenir l'activité sur le territoire, transformer l'entreprise s'il le faut, trouver des repreneurs et pouvoir maintenir l'activité industrielle. »
« Si on laisse faire les licenciements, notre industrie ne s'en relèvera pas (...). Si on laisse faire cela, ça ne servira plus à rien de dire qu'on veut relocaliser et réindustrialiser notre pays », a notamment martelé Sophie Binet. Quant au coût pour l'Etat, Sophie Binet a contourné la question. Elle a rappelé que « les licenciements ça coûte très cher à la puissance publique, parce que derrière ce sont des personnes qui basculent sur les minima sociaux, ce sont des dépenses très importantes pour les collectivités, ce sont des dépenses de dépollution des sites. »
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Barnier demande des comptes à Michelin
La syndicaliste n'est pas la seule à être vent debout contre les fermetures de sites de Michelin. Le 5 novembre, le Premier ministre a affirmé qu'il n'était « pas fier (...) d'une politique qui détruirait des emplois, jamais ». Interpellé par le président du groupe communiste André Chassaigne lors de la séance des questions au gouvernement, Michel Barnier a ajouté devant l'Assemblée nationale : « J'ai le souci de savoir ce qu'on a fait dans ces groupes de l'argent public qu'on leur a donné. Je veux le savoir. Et donc nous allons poser des questions et nous verrons si cet argent a été bien ou mal utilisé pour en tirer les leçons », a-t-il développé.
Toujours devant l'Assemblée nationale, le Premier ministre a souhaité que les deux groupes puissent « travailler avec le tissu local, les élus locaux (...) les syndicats, le patronat local, les chambres de commerce » pour « mettre (...) ensemble tous les outils dont nous disposons pour accompagner individuellement chacun des salariés et accompagner ces territoires dans la possibilité de reconversion ».
« Nous devons créer ou recréer de l'emploi industriel, comme maintenir l'emploi agricole dans notre pays », a insisté le chef du gouvernement, en évoquant la création début 2025 d'un « livret d'épargne industriel », ainsi que des « réponses européennes » avec « moins de naïveté » face à la concurrence étrangère « pas toujours loyale ».