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"Gilets jaunes" : Macron face à une "colère juste"

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Publié le 24 décembre 2018 à 11:07 - Mis à jour le 13 décembre 2024 à 00:08

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Les mesures de soutien au pouvoir d'achat annoncées le 10 décembre dernier sont une "réponse pleinement assumée" à une "colère juste", a déclaré dimanche 23 décembre Emmanuel Macron au lendemain de la sixième journée de mobilisation nationale des "Gilets jaunes".

>> ARTICLE DU 23/12/2018 19:02 | MISE A JOUR 24/12/2018 12:07

Le chef de l'Etat Emmanuel Macron a appelé depuis le Tchad à un retour à l'ordre à l'issue de la sixième grande journée de mobilisation des "Gilets jaunes" et estimé dimanche 23 décembre avoir répondu à une "colère juste" du peuple français.

Macron appelle à l'ordre et dit avoir répondu à la colère

Des réponses judiciaires sévères puniront les responsables de violences, a assuré Emmanuel Macron au lendemain d'un samedi marqué par une nette baisse de mobilisation mais aussi de vifs affrontements avec les policiers à Paris, un rassemblement à Montmartre aux tonalités antisémites et l'arrestation d'un leader des "Gilets jaunes".

"Il est évident que les réponses judiciaires les plus sévères seront apportées. C'est maintenant l'ordre qui doit régner, le calme et la concorde", a déclaré Emmanuel Macron à BFM TV, depuis la capitale tchadienne, N'Djamena, dans la nuit. "Notre pays a besoin de ça, il a besoin de concorde, d'unité d'un engagement sincère pour des causes collectives fortes et il faut apaiser les divisions", a-t-il poursuivi.

Lors d'une conférence de presse au côté du président tchadien Idriss Déby, le président de la République a défendu "une réponse pleinement assumée, que j'ai voulue, à ce que j'ai considéré être la demande juste, la colère juste du peuple français".

"Un coût assumé" pour une mobilisation de 10 milliards d'euros

Le Parlement a définitivement adopté vendredi 21 décembre une série de mesures en faveur du pouvoir d'achat décidées dans l'urgence par l'exécutif pour tenter de mettre fin à la crise des "Gilets jaunes" grâce à la mobilisation de plus de 10 milliards d'euros.

"En tant que président de la République, je ne m'adresse pas à des intérêts catégoriels, je réponds à une demande profonde, et je l'ai dit, j'avais rythmé certaines réformes ou certaines évolutions trop lentement et donc j'ai souhaité à la fois corriger un point et surtout accélérer les mesures en faveur du travail et des classes moyennes, c'est ainsi chose faite", a-t-il poursuivi.

"Cela a un coût, il est assumé, le Premier ministre a expliqué comment il serait couvert, à la fois par des mesures fiscales, par un décalage budgétaire de court terme", a-t-il ajouté, évoquant par ailleurs les économies en matière de dépenses publiques. Le chef de l'Etat, qui a partagé samedi soir un repas de Noël avec le millier de soldats français stationnés dans la capitale tchadienne, a exclu toute économie sur les forces françaises. "Il n'y aura aucune économie faite sur la défense, nos armées et la loi de programmation militaire", a-t-il dit.

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Des "violences inouïes" sur les Champs Elysées

La sixième journée de mobilisation nationale des "Gilets jaunes", marquée par un net reflux, a rassemblé quelque 38.600 manifestants dont 2.000 personnes à Paris. En dépit de violents incidents constatés notamment dans la capitale, les heurts ont été plus circonscrits que lors des précédentes manifestations. 220 personnes ont été interpellées.

Dix personnes sont décédées en marge du mouvement depuis ses débuts mi-novembre, la dernière en date dans un accident à proximité d'un rassemblement de "Gilets jaunes" près de Perpignan, dans la nuit de vendredi. Le Premier ministre, Edouard Philippe, a dénoncé dans un message publié sur son compte Twitter :

Vendredi soir, lors d'une manifestation des "Gilets jaunes" à Angoulême (Charente), un pantin à l'effigie du président a été décapité, a indiqué la préfecture du département dans un communiqué. Les faits ont été signalés au parquet.

Sur le parvis du Sacré-Coeur, des manifestants portant des gilets jaunes ont été filmés samedi en train d'entonner une chanson de l'humoriste antisémite Dieudonné.

"Il est hors de question de banaliser de tels gestes qui doivent faire l'objet d'une condamnation unanime et de sanctions pénales", a poursuivi Edouard Philippe.

Edouard Philippe a souhaité lundi que les agresseurs de policiers à moto lors de la sixième journée de mobilisation des "Gilets jaunes", samedi 22 décembre à Paris, soient punis avec sévérité et a appelé à la fin des violences.

Le Premier ministre a rencontré ces motocyclistes, pris à partie par des manifestants à l'angle des Champs-Élysées et de l'avenue Georges V. L'un d'eux avait sorti son arme pour tenir la foule à distance avant de partir sous des jets de projectile, suivi par ses deux collègues, poursuivis par la foule.

"Je voulais les remercier pour la maîtrise dont ils avaient fait preuve et leur dire qu'évidemment tout était mis en oeuvre pour identifier les auteurs de ces violences, les traduire devant la justice et, je l'espère, faire en sorte qu'ils puissent être punis sévèrement", a dit le chef du gouvernement à l'issue de la rencontre, à la préfecture de police de Paris.

Castaner et Nunez appelle à un retour au calme

Le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner et son secrétaire d'Etat Laurent Nunez ont appelé samedi soir à un retour au calme, à l'issue d'une sixième journée de manifestations des "Gilets jaunes" marquée par un nouveau repli de la mobilisation."A l'heure des fêtes de fin d'année notre pays a besoin d'ordre de calme et de paix", a déclaré samedi le ministre de l'Intérieur dans une courte allocution dont la vidéo a été diffusée vers 23 heures sur Twitter.

"J'en appelle à la responsabilité de chacun", a-t-il dit en dressant le constat d'un "tassement de la mobilisation".

Selon un décompte transmis en fin de journée par le ministère de l'Intérieur, à 18 heures, les manifestations rassemblaient 38.600 "Gilets jaunes" à travers la France, dont 2.000 personnes à Paris. A titre de comparaison, les autorités avaient recensé 66.000 participants à l'échelle nationale à la même heure samedi dernier.

"C'est dix fois moins (de manifestants) aujourd'hui qu'au début de la manifestation, le 17 novembre", a souligné Christophe Castaner.

Son secrétaire d'Etat Laurent Nunez, qui avait évoqué plus tôt dans la soirée un total de "220 interpellations, 81 gardes à vue" à l'échelle nationale, a déclaré sur BFMTV que désormais le mouvement "ne réunit plus que les personnes qui sont les plus violentes".

"On a affaire à des séditieux, des factieux, qui sont des casseurs extrêmement violents", a-t-il poursuivi.

Même si les événements n'ont pas dégénéré et que la situation a été maîtrisée, Christophe Castaner et Laurent Nunez ont évoqué des attaques contre des préfectures et des mairies, comme par exemple à Nantes et Carcassonne, et dénoncé les attaques contre les forces de l'ordre, dont ils ont salué le professionnalisme et le sang-froid.

"Maintenant il faut que ça s'arrête" et "il faut que la raison l'emporte", a plaidé Laurent Nunez en précisant que "la parole revendicative" pourrait s'exprimer dans le cadre "du grand débat national qui va s'ouvrir".

Le porte-parole du gouvernement, Benjamin Griveaux, a quant à lui jugé dans un tweet que les violences et débordements survenus en marge des manifestations samedi reflétaient "un seul visage, lâche, raciste, antisémite, putschiste". Il a notamment dénoncé qu'"on lynche des policiers", en référence au fait qu'un motard de la police a été pris a partie et jeté à terre avec sa moto en fin de journée sur les Champs-Elysées.

Il a également réagi à une scène relayée sur les réseaux sociaux, montrant des "Gilets jaunes" entonnant "La Quenelle", un texte du polémiste Dieudonné sur l'air du "Chant des partisans", devant la basilique du Sacré Coeur de Montmartre, d'où est partie la manifestation parisienne en milieu de matinée.

Le porte-parole du gouvernement écrit sur Twitter :

Enquête ouverte pour violences sur des policiers à Paris

Une enquête a été ouverte après les violences qui ont visé samedi trois policiers à moto près des Champs-Elysées, lors de la sixième journée de mobilisation nationale des "Gilets jaunes", a-t-on appris auprès du parquet de Paris.

Trois policiers à moto ont été pris à partie samedi en début de soirée à l'angle des Champs-Élysées et de l'avenue Georges V. L'un deux a sorti son arme pour tenir la foule à distance avant de partir à moto sous des jets de projectile ; ses deux collègues sont partis quelques secondes plus tard sur une seule moto, poursuivis par la foule, selon un enregistrement vidéo de la scène diffusé en ligne et obtenu sur Twitter.

Le parquet de Paris annonce dimanche avoir saisi le premier district de police judiciaire (DPJ) d'une enquête en flagrance pour violences volontaires avec arme en réunion sur personnes dépositaires de l'autorité publique et dégradations de biens publics.

"Le comportement de ces trois motards est absolument remarquable, à aucun moment ils ne paniquent et si un fonctionnaire sort son arme administrative, c'est uniquement pour protéger, couvrir ses deux collègues qui sont devant lui et qui sont menacés par les assaillants", a déclaré samedi le secrétaire d'Etat à l'Intérieur, Laurent Nunez.

Dans un communiqué, l'Unsa Police "dénonce la violence de l'agression dont ont été victimes trois motocyclistes de la CSI 75, victimes d'une tentative de lynchage sur les Champs-Élysées" et souligne leur "maîtrise et (leur) sang‐froid" "alors qu'ils étaient en état de légitime défense".

Alternative Police CFDT appelle pour sa part à interdire "tout nouveau rassemblement ou manifestation".

"Nous ne sommes plus dans l'expression revendicative mais dans des assauts relevant de guérillas urbaines voire de mouvements insurrectionnels conduits par des extrémistes", estime le syndicat de policiers.

Eric Drouet jugé le 5 juin

Eric Drouet, l'un des leaders des "Gilets jaunes" interpellé samedi à Paris pour participation à un groupement violent, a été placé dimanche sous contrôle judiciaire dans l'attente de sa comparution devant le tribunal correctionnel fixée au 5 juin prochain, a-t-on appris de source judiciaire. Ce chauffeur routier devenu une figure du mouvement avait appelé les "Gilets jaunes" à se rassembler samedi matin dans le quartier touristique de Montmartre. Sur le parvis du Sacré-Coeur, des manifestants ont été filmés en train d'entonner une chanson de l'humoriste antisémite Dieudonné. Il a été interpellé samedi en début d'après-midi à Paris. Le secrétaire d'Etat à l'Intérieur, Laurent Nuñez, a précisé qu'il avait une matraque sur lui au moment de son arrestation.

Déféré dans la soirée au tribunal, il a été présenté dimanche matin au parquet de Paris, où un magistrat lui a notifié une convocation le 5 juin devant le tribunal correctionnel pour "port d'arme prohibé de catégorie D et participation à un groupement en vue de commettre des violences ou des dégradations". Eric Drouet a été placé contrôle judiciaire d'ici cette audience, avec interdiction de détenir une arme, ajoute-t-on de même source. L'enquête se poursuit pour un troisième chef, celui d'"organisation illicite d'une manifestation sur la voie publique".

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Il y a deux semaines, le parquet de Paris avait annoncé l'ouverture d'une enquête pour provocation à la commission d'un crime ou d'un délit et organisation d'une manifestation illicite contre cette figure du mouvement des "Gilets jaunes", qui s'était dit prêt sur BFM TV à envahir l'Elysée. Son avocat, Khéops Lara, s'est félicité dimanche sur la même chaîne que l'interdiction de séjour à Paris requise par le parquet à son encontre n'ait pas été suivie par les juges.

"Le juge des libertés et de la détention n'a pas suivi le procureur, et peut-être la préfecture de police, qui voulait par cette interdiction (de paraître à Paris) l'empêcher de manifester et de poursuivre le mouvement", a-t-il dit, qualifiant l'arme présumée de son client de "bout de bois".

(avec agences)

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