Hausses d'impôts : « Les classes moyennes, qui travaillent, ne seront pas touchées »
latribune.fr
Laurent Saint-Martin a expliqué que « notre priorité c'est la baisse de la dépense publique. Les deux tiers des 60 milliards d'économies passeront par des baisses de la dépense publique. »
Invité de France info ce mardi matin, à deux jours de la présentation du projet de loi de finances, le ministre du Budget a rappelé l'importance de réduire le déficit public dès l'année prochaine. Il a, une nouvelle fois, assuré qu'il n'augmentera pas les impôts sur les PME et la classe moyenne. Cet après-midi, le ministre a averti au Sénat : « Les marchés ne nous feront pas de cadeau si nous ne redressons pas rapidement la barre. »
[Article publié le mardi 8 octobre 2024 à 11h31, mis à jour à 15h27] « Notre pays est dans une situation grave et nous avons besoin de redresser nos comptes publics », a martelé Laurent Saint-Martin, au début de son entretien au micro de France info, ce mardi matin. Au Sénat, ce mardi après-midi à l'occasion d'un débat sur la croissance et la dette, le ministre a reconnu que la dette avait bien augmenté de 1.000 milliards d'euros entre 2017 et 2023.
« Notre pays a accumulé une dette qui s'élève désormais à 3.220 milliards d'euros, soit 112% de notre PIB au deuxième trimestre 2024, a-t-il énuméré. La charge de la dette atteindrait 54 milliards d'euros, l'année prochaine, dépassant ainsi le budget des Armées. »
Face aux sénateurs, le ministre Laurent Saint-Martin a averti : « Les marchés ne nous feront pas de cadeau si nous ne redressons pas rapidement la barre. Imaginons qu'il y ait un choc de taux de l'ordre de 1. Combien cela coûterait-il à nos finances publiques ? C'est simple, la charge de la dette augmenterait de 3,2 milliards d'euros la première année, de 20 milliards d'euros à l'horizon 5 ans et de 33 milliards d'euros à l'horizon 9 ans. Nous ne pouvons pas nous le permettre. »
Pour ce faire, le locataire de Bercy a expliqué, devant les élus, que le gouvernement proposera que « cet effort de 60 milliards d'euros, soit porté aux deux-tiers par une réduction de la dépense publique, soit 40 milliards d'euros, et pour un tiers par des contributions temporaires, ciblées et exceptionnelles, soit 20 milliards d'euros ».
Pour cela, « il faudra que les ministères contribuent » en allégeant leurs effectifs, notamment par le non-remplacement de fonctionnaires partant à la retraite, sans préciser quels ministères il visait.
«Il est hors de question de faire un rabot généralisé sur tous les agents publics dans tous les ministères de façon équivalente», a souligné le ministre plus tôt dans la journée au micro de France info, sans chiffrer le nombre d'emplois concernés.
«Nous avons (...) besoin de réfléchir où cela se fait. Ce n'est pas la même chose de le faire dans les armées, police, gendarmerie, éducation nationale que dans d'autres ministères. Nous avons besoin de regarder ça avec soin», avait-il complété.
Dans ses lettres plafonds, le précédent gouvernement avait fait le choix d'opérer des coupes budgétaires dans les aides au développement (-1,3 milliard d'euros), le Travail et l'emploi (-2,3 milliards d'euros), l'agriculture (-300 millions) ou encore l'enseignement supérieur et la recherche (-1,6 milliard d'euros). À l'opposé, les fonctions régaliennes avaient été privilégiées. C'est par exemple le cas de la mission Sécurités (+500 millions d'euros) ou encore la Défense (+3,3 milliards d'euros).
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Hausse de la fiscalité sur les plus hauts revenus
Sur les 20 milliards restants, qui proviendront de hausses d'impôts, Laurent Saint-Martin a insisté : la revalorisation de la fiscalité sera « temporaire ».
Surtout, elle sera concentrée sur « les très grandes entreprises qui font des profits et les très hauts revenus », qu'il définit comme les 3% des ménages les plus riches.
« Les classes moyennes, qui travaillent, ne seront pas touchées », a encore martelé le ministre du Budget.
Les aides aux entreprises dans le viseur
Interrogé sur la possibilité d'un alourdissement des charges pesant sur les petites et moyennes entreprises, Laurent Saint-Martin est resté évasif. « Les allégements de charges ont été bons pour l'emploi, mais ont aussi été négatives » pointant « la trappe à bas salaire », soit la baisse progressive des salaires dans les entreprises. Ainsi, il a reconnu que« [le gouvernement va] redessiner l'allègement des charges pour qu'il y ait une contribution », de la part des entreprises aux 60 milliards d'euros d'économies.
Cette déclaration intervient alors que le président de l'U2P, Michel Picon, a déclaré, lundi dans Les Echos, qu'il « faut faire des réformes de fond, pas faire les poches des petites entreprises en récupérant quelques milliards sur les exonérations de cotisations sociales. » Le représentant des artisans, commerçants et professions libérales affirme qu'il « ne croit pas une minute » que la réforme des allègements de cotisations du gouvernement va pousser les entreprises à augmenter les salaires des smicards.
«Redessiner le modèle de l'apprentissage»
Concernant l'apprentissage, le ministre a aussi reconnu que « [le gouvernement va] dessiner le modèle », restant flou sur les mesures concrètes qu'il envisage dans le budget. Dans une note consultée par La Tribune en septembre, l'économiste rattaché à l'OFCE, Bruno Coquet, a calculé que le coût pour les finances publiques a été multiplié par 3,5, entre 2018 et 2024. Il pourrait avoisiner les 25 milliards d'euros cette année. Face a cette dépense importante, le précédent ministre de l'Economie Bruno Le Maire, avait déjà plaidé pour réformer les aides à l'apprentissage dans son ultime audition à l'Assemblée nationale, le 9 septembre.
Enfin, alors que Bercy envisage une hausse de la Taxe Intérieure sur la Consommation Finale d'Électricité (TICFE), qui pourrait dépasser son niveau de 2021 - avant la crise inflationniste - de 32,44 euros le Mégawattheure, selon des informations du Parisien, Laurent Saint-Martin a voulu rassurer. « Je veux que tous nos concitoyens au tarif réglementé connaissent une baisse de leur facture d'électricité », a-t-il affirmé.
Le groupe d'Éric Ciotti lance une enquête sur les finances publiques
Le groupe parlementaire de l'Union des droites pour la République (UDR), associé au Rassemblement national, va lancer une commission d'enquête sur la « dérive des finances publiques », afin de savoir si des « dissimulations » pourraient être imputables aux gouvernements macronistes précédents, a annoncé ce mardi son président Éric Ciotti.
« Nous déposons aujourd'hui (mardi) cette résolution visant à la création d'une commission d'enquête parlementaire », a précisé Éric Ciotti lors d'une conférence de presse au Palais Bourbon. « En plein accord et en pleine concertation » avec le RN, le groupe UDR a décidé d'utiliser pour ce faire son « droit de tirage », une procédure qui lui permettra de facto d'obtenir cette commission, a-t-il ajouté. Alors que la loi de finance initiale prévoyait un déficit public de 4,9% du PIB, « nous serons vraisemblablement à 6,2% » en 2024, a pointé Éric Ciotti.
« Seule la France, en Europe, connaît cette dérive des finances publiques. Nous voulons savoir pourquoi. Nous voulons savoir si les gouvernements précédents (...) sous l'autorité d'Emmanuel Macron, ont procédé à des dissimulations et ont présenté un budget totalement insincère, ce qui constituerait naturellement une faute très grave », a insisté l'ancien président des Républicains.