Astrid Panosyan-Bouvet, la ministre du Travail et de l’Emploi, a proposé de monétiser, sur la base du volontariat, la cinquième semaine de congés payés.
LTD/Eliot Blondet/ABACAPRESS
Heures supplémentaires et monétisation des congés payés : les Français qui travaillent déjà plus
Décryptage. Pour justifier sa proposition de monétiser une semaine de congés sur la base du volontariat, la ministre Astrid Panosyan-Bouvet met en avant le recours aux heures supplémentaires comme preuve de la volonté de travailler davantage – mais que disent vraiment les chiffres ?
La France « ne produit pas et ne travaille pas assez », a lancé François Bayrou mardi 15 juillet, en dévoilant son plan d'économies. Dans cette logique, le gouvernement envisage plusieurs pistes pour inciter les Français à travailler plus - parmi elles, la possibilité de monétiser leur cinquième semaine de congés payés.
« Nous voulons rechercher [...] un objectif d'incitation à augmenter le temps de travail, dans un contexte où déjà quatre salariés sur dix font des heures supplémentaires avec, par exemple, la possibilité de monétiser la cinquième semaine de congés payés », a déclaré Astrid Panosyan-Bouvet, la ministre du Travail et de l'Emploi, dans la foulée des annonces du Premier ministre.
Pour l'heure, la mise en œuvre du dispositif reste floue. Mais les syndicats s'y opposent déjà frontalement. Marylise Léon, secrétaire générale de la CFDT, dénonce une mesure « extrêmement injuste ». La CGT, elle aussi, rejette fermement l'idée. « C'est scandaleux, c'est l'inverse d'un progrès social », s'insurge Gérard Ré, dirigeant confédéral à la CGT. Et d'alerter : « Ce sont les plus précaires qui sont encore visés, car ce sont ceux qui doivent travailler un peu plus pour faire un peu plus d'argent. »
Mais dans les faits, qui sont vraiment les Français qui travaillent plus ? Ceux qui, selon la ministre du Travail, enchaînent les heures supplémentaires - signe, d'après elle, d'un souhait de vouloir davantage travailler ? Décryptage.
Les ouvriers en première ligne
Travailler au-delà de la durée légale de 35 heures est loin d'être marginal. D'après une étude publiée le 25 juin par la Dares (le service statistique du ministère du Travail), près de 8,8 millions de salariés ont effectué des heures supplémentaires en 2023 - soit 53 % des salariés du secteur privé. Un chiffre en forte hausse depuis la loi du 24 décembre 2018, qui a supprimé les cotisations salariales et l'impôt sur le revenu sur ces heures supplémentaires.
Newsletter
L’Alerte La Tribune
Alertes en temps réel sur les informations économiques majeures.
Mais malgré cette hausse générale, ce sont les ouvriers qui portent l'essentiel de l'effort. En 2023, près de 7 ouvriers sur 10 ont effectué au moins une heure supplémentaire. Ils sont, de loin, les plus concernés : 69 % réalisent des heures supplémentaires rémunérées, contre 50 % des employés, 46 % des professions intermédiaires et seulement 38 % des cadres.
Les femmes et les jeunes pénalisés
En moyenne, les hommes effectuent 117 heures supplémentaires par an, contre 79 pour les femmes. Néanmoins, la Dares souligne que les femmes, les employés et les moins de 30 ans perçoivent une rémunération moindre pour leurs heures supplémentaires (1 423 euros en moyenne). Cela s'explique à la fois par un moindre nombre d'heures supplémentaires effectuées et par un taux de rémunération horaire plus bas.
À l'inverse, les cadres et professions intellectuelles supérieures tirent le meilleur parti de ces heures, avec une rémunération moyenne brute de 3 151 euros, portée par un nombre d'heures plus élevé et un salaire horaire plus avantageux.
La construction, l'hébergement-restauration et les transports
Le recours aux heures supplémentaires varie selon les secteurs. La construction, l'hébergement-restauration et les transports sont les plus concernés, avec près de 65 % des salariés de l'hébergement-restauration qui font des heures supplémentaires. La Dares souligne que ces secteurs, « particulièrement sensibles aux fluctuations de l'activité », recourent davantage aux heures supplémentaires pour garantir la continuité de l'activité.
À l'inverse, dans les secteurs des activités immobilières ou des activités financières et d'assurance, les entreprises recourent moins aux heures supplémentaires rémunérées : respectivement 27 % et 32 % des salariés effectuent des heures supplémentaires.