REPORTAGE - Rungis, lieu unique au monde, pesant plus de 10 milliards d’euros de chiffre d’affaires annuel, une période cruciale s'ouvre pour les grossistes qui vendent leurs produits auprès des professionnels - commerçants et restaurateurs. Jusqu’à présent, les premiers signes s’avèrent encourageants en vue de Noël et du jour de l’An. Mais, qu’il s’agisse des fruits, légumes ou de la viande, si les professionnels peuvent tirer leur épingle du jeu, il leur faut sans cesse s'adapter face aux aléas qui ont marqué ces dernières années.Au petit matin, le Marché International de Rungis donne l'impression - au premier abord - d'un village endormi, où défilent les rues et les avenues aux noms sans équivoque. Très vite, néanmoins, les doutes sont dissipés devant le ballet incessant des transpalettes manuels et le chargement des poids lourds frigorifiques de denrées alimentaires, d'un pavillon à l'autre.
À
l'heure où l'inflation est encore sur toutes les lèvres - en hausse de 3,4% en novembre sur un an, selon les derniers chiffres de l'Insee -, les salariés sont à pied d'œuvre, depuis minuit pour certains.
Outre les affaires courantes, les grossistes et l'entreprise chargée d'administrer le Marché International de Rungis - 13.000 salariés et 10,2 milliards d'euros de chiffres d'affaires -, et d'organiser ses activités commerciales (Semmaris), s'activent déjà en vue des fêtes de fin d'année. Objectif, séduire les professionnels (restaurateurs et commerçants). Les guirlandes lumineuses et les quelques sapins dans les enclos, à l'extérieur des pavillons horticoles, donnent déjà le ton.
«Bientôt, les parkings seront remplis de sapins : un sapin sur trois en France vient de Rungis, s'enthousiasme Stéphane Layani, PDG du Marché International de Rungis, non sans fierté, à l'occasion d'une visite de presse.J'ai l'impression que les opérateurs sont prêts. Nous attendons jusqu'à 50.000 visiteurs par nuit, contre 25.000 à 30.000 en temps normal.»
Une inflation en pleine «décélération»
De fait, les fêtes de fin d'année constituent un enjeu de taille. « Certains grossistes réalisent parfois jusqu'à deux mois de chiffre d'affaires en un mois », fait remarquer le patron du gigantesque marché de gros. « Noël représente 25 à 30% de notre chiffre d'affaires annuel », illustre Frédéric Masse, grossiste spécialisé dans le foie gras, dont le chiffre d'affaires dépasse le million d'euros. Or, ces dernières années, les opérateurs ont dû serrer les dents, compte tenu de la flambée des prix à la consommation, accélérée par la hausse des prix de l'énergie. « Je pense être au clair sur l'inflation : elle est continue depuis deux ans, mais depuis quelques mois, nous observons une décélération. Il faut avoir à l'esprit que cela n'a pas beaucoup de sens d'en parler de manière globale », nuance-t-il, insistant sur les répercussions de la hausse des prix et les problématiques propres à chaque filière.