Comment est partagée la valeur de l'alimentation entre producteurs, transformateurs et distributeurs ? A l'heure où
l'inflation met de plus en plus de Français en situation de précarité alimentaire, et où
le débat sur les marges des industriels de l'agroalimentaire et des enseignes de la grande distribution fait rage, une étude publiée le 27 novembre par la
Fondation pour la Nature et l'Homme (FNH) tente de répondre à la question pour la filière laitière.
Réalisée avec le
Bureau d'analyse sociétale d'intérêt collectif (le Basic), elle analyse, sur une période de 20 ans, d'une part l'évolution de la situation économique et sociale des éleveurs, d'autre part celle des bénéfices dégagés en aval. Elle se concentre sur le lait issu de l'agriculture conventionnelle, qui représente 80% du marché des produits laitiers, et exploite des données de l'Insee, de l'Observatoire de la formation des prix et des marges (OFPM) et du Réseau d'information comptable agricole (RICA), ainsi qu'une revue bibliographique et des entretiens avec des acteurs de la filière. Et son constat est sans appel : la répartition de la valeur à l'intérieur de la filière laitière est de plus inégalitaire, comme le résume Thomas Uthayakumar, directeur du plaidoyer de la FNH.
L'étude montre, en effet, que l
es éleveurs n'ont pas profité de l'explosion de la consommation de produits laitiers, qui a été multipliée par 2,4 en volume entre 1960 et 2021, et qui occupe désormais 11% du budget des ménages, pour un chiffre d'affaires global de 17 milliards d'euros.
Ainsi, entre 2018 et 2021, les bénéfices nets issus de la vente de produits laitiers des principaux industriels laitiers français ont augmenté de 55%, en passant de 449 à 697 millions d'euros. Ceux des huit principales enseignes de la grande distribution ont même été multipliés par deux, en passant de 74 millions à 145 millions d'euros.