L’abattement pour frais professionnels des retraités ciblé par le Medef
latribune.fr
Le patron du Medef appelle à supprimer l'abattement pour frais professionnels dont jouissent les retraités dans leur déclaration de revenus.
Abdullah Firas/ABACA via Reuters Connect
Le patron du Medef, Patrick Martin, a appelé ce jeudi à la suppression de l'abattement pour frais professionnels dont bénéficient les retraités dans leur déclaration de revenus, qu'il juge « aberrant ».
Alors que le gouvernement de François Bayrou est à la recherche de 50 milliards d'euros d'économies en 2025 et que Bercy consulte les forces politiques cette semaine, le patron du Medef ne manque pas d'idées pour couper dans les dépenses. Interrogé par BFMTV ce jeudi 9 janvier, Patrick Martin s'en est pris à l'abattement pour frais professionnels dont jouissent les retraités sur leurs pensions. Et ce, alors qu'ils sont... inactifs.
« Qu'un retraité bénéficie d'une exonération fiscale pour des frais professionnels », « pour 4 milliards et demi d'euros par an », c'est « contre-nature » et « aberrant », a estimé Patrick Martin. Pour rappel, cet abattement fiscal au titre des frais professionnels, dont bénéficient tous les actifs, permet de diminuer de 10% les revenus déclarés, jusqu'à 4.000 euros. Le supprimer entraînerait l'augmentation de l'impôt sur le revenu de certains, et ferait que d'autres, qui sont non-imposables aujourd'hui, le deviennent.
Une proposition choc également défendue par le président du Conseil d'orientation des retraites (COR), Gilbert Cette, qui s'est aussi dit favorable, lundi, à « la suppression de l'abattement fiscal de 10% sur les retraites ».
La CSG aussi dans le viseur
Autre piste d'économies évoquée par Patrick Martin : revenir sur le taux réduit de contribution sociale généralisée (CSG) qui s'applique sur les pensions de retraite par rapport à celui sur les salaires et les revenus du patrimoine. « Il faut remettre en cause un certain nombre de dispositifs : (...) les retraités ont un taux de CSG abattu, Pourquoi ? », s'est-il interrogé.
La CSG est un des principaux impôts des particuliers en France. Il a rapporté, avec la CRDS (contribution pour le remboursement de la dette sociale), 156 milliards d'euros en 2023, bien davantage que l'impôt sur le revenu (97,1 milliards), selon l'Insee. Et il s'avère que le taux de CSG sur les pensions de retraite et d'invalidité est au maximum de 8,3% - avec deux taux réduits pour les faibles pensions -, contre 9,2% pour les salaires ou les revenus du patrimoine. Un différentiel qui ne se justifie pas, selon le Medef.
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« J'ai le plus grand respect pour les retraités, (...) mais on ne peut pas continuer à faire supporter l'effort sur des agents économiques, les entreprises au premier chef, qui sont déjà les plus taxés au monde », a estimé Patrick Martin.
Préserver la réforme des retraites
Concernant la réforme des retraites, qui fait l'objet de discussions entre la gauche et le gouvernement cette semaine, la position du Medef reste ferme : le syndicat patronal refuse tout changement profond, notamment sur la question de l'âge légal de départ. Ce dernier étant passé de 62 ans à 64 ans dans la réforme de 2023. « Il ne faut pas toucher au rendement de la réforme » qui « tient essentiellement à l'âge légal de départ en retraite à 64 ans », a martelé ce jeudi Patrick Martin.
Une position très éloignée de celle défendue par la gauche. A l'inverse, les écologistes et les communistes, tout comme la CGT de Sophie Binet, ont fait de l'abrogation de la réforme un objectif central. Ce jeudi, sur TF1, le Premier secrétaire du Parti socialiste (PS), Olivier Faure, s'est lui félicité de constater que le gouvernement Bayrou ne met pas de « veto » pour apporter des changements à la réforme. Un constat réalisé après une réunion à Bercy mercredi soir avec l'exécutif.
Du côté du gouvernement, la question de la réforme des retraites apparaît de plus en plus cruciale pour la suite des événements. C'est sur ce point que pourrait se jouer un accord de non-censure sur le budget avec le Parti socialiste. Mais le temps presse avant le discours de politique générale que doit prononcer François Bayrou le 14 janvier.