RENCONTRES ECONOMIQUES D'AIX - Interrogé par La Tribune, Olivier Sichel, directeur général adjoint de la Caisse des Dépôts et Consignations et directeur de la Banque des Territoires, présente les enjeux des villes et zones rurales en termes de projets d'investissements, de réindustrialisation et d'attractivité.
LA TRIBUNE - Relier les mondes est le thème des rencontres économiques d'Aix. Qu'est-ce que cela veut dire lorsqu'on est la Banque des territoires ?
OLIVIER SICHEL - L'argent de la banque des territoires est celui des Français au travers du livret A. Nous utilisons cet argent pour faire tous les projets de développement dans les territoires. Nous relions ainsi les Français et leur argent aux projets d'investissement dans leur pays.
Quel est le bilan de la Banque des territoires sur l'année 2023 ?
La Banque des territoires a fait une bonne année. Nous avons prêté 16 milliards d'euros aux collectivités locales et aux bailleurs sociaux. Pour les territoires, nous avons également investi 2,3 milliards d'euros.
C'est une année record pour soutenir la transformation écologique de nos territoires et la cohésion sociale.
Vous êtes une banque, mais vous intervenez également en ingénierie en amont de projets. Comment accompagnez-vous les entreprises sur ce volet ?
Les élus que nous accompagnons ont envie d'avoir des mobilités décarbonées, d'avoir une eau plus propre, de revitaliser leurs centres-villes. Ce sont des projets globaux dans lesquels nous prenons tout en compte : la mobilité, l'habitat, le commerce, le stationnement, les services publics... C'est de l'ingénierie de haut niveau pour accompagner les élus même si c'est toujours le maire qui prend la décision finale.
Nous sommes un partenaire apprécié, car on ne veut pas se substituer aux maires, aux citoyens, ni aux acteurs privés et publics. Nous travaillons avec l'ensemble de l'écosystème pour faire émerger des solutions.
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Vous avez deux programmes « Action cœur de ville » et les « Les petites villes de demain ». Ce regard presque chirurgical sur certaines zones est-il venu du besoin de redonner de la vie dans les centres-villes et de ne pas penser uniquement aux métropoles ?
Quand la Banque des territoires a été créée, les métropoles avaient le vent en poupe. Nantes, Montpellier, Rennes ou encore Bordeaux allaient très bien. Mais les villes moyennes étaient en difficulté : vacance commerciale, baisse de l'immobilier, enfants qui partent, baisse de richesses... C'est aussi de là qu'est venu le mouvement des gilets jaune.
Nous avons donc lancé un premier programme avec 234 villes moyennes, qui représentent un Français sur cinq, et qui a très bien marché. Le Covid nous a également un peu aidé, car les gens ont commencé à aller travailler dans ces villes plus vertes et où ils ont les moyens d'acheter de plus grandes surfaces.
L'attractivité des plus petites villes s'est, en effet, accrue pendant la période récente. Les gens ont besoin de qualité de vie, d'un retour à la nature, et ils ont également le goût de la beauté. Ils redécouvrent des villes moyennes tournées vers la nature et leur patrimoine, et l'augmentation du télétravail rend tout cela possible.
Le programme « Les petites villes de demain » regroupe, lui, 1.600 villes de 2.000 à 2.500 habitants. Mais la problématique est encore différente, car nous sommes encore plus dans l'hyper-territoriale. Nous mettons ainsi beaucoup d'ingénierie pour accompagner les maires dans leurs projets.
En outre, la Banque des territoires a aussi financé l'équipement du territoire en très haut débit. Quand la banque a été créée en 2018, la France comptait 500.000 lignes de fibre optique dans les zones rurales, aujourd'hui elle en compte 10 millions. Des territoires entiers ont été couverts à 99,5% !
A travers l'écosystème, vous avez une série de structures intercommunales. Il faut sortir de la perception qu'il y a 36.000 communes avec un maire isolé. Vous avez des agglomérations, des communautés de communes... Ces ensembles favorisent ce difficile équilibre entre rural et urbain. Du côté de la Banque des territoires, nous essayons d'objectiver ces problématiques avec des données factuelles, pour sortir d'un débat passionné.
Il est souvent dit qu'il faut choisir entre la fin du mois et la fin du monde. Vous n'opposez pas les deux ?
Nous ne pouvons pas dire aux gens : « Vous avez le choix entre vivre sur une planète habitable ou avoir un reste à vivre à la fin du mois ». Ce sont les deux phases d'un même problème. Quand nous construisons un logement, il faut qu'il soit de haute qualité environnementale, mais qu'il soit également abordable.
Nous avons mis 56 milliards d'euros dans les logements, la première préoccupation des Français. L'an dernier nous avons financé 80.000 logements sociaux.
Nous avons également mis quatre milliards sur le Plan eau, pour financer des stations d'épuration. Nous sommes là pour apporter des solutions concrètes pour la transformation écologique tout en prenant en compte les problématiques de fin de mois. C'est l'aspect de cohésion sociale.
Concernant la réindustrialisation, beaucoup de projets d'industrie décarbonée sont prévus. Est-ce qu'on peut atteindre une certaine souveraineté industrielle ?
Nous sommes très engagés sur la réindustrialisation. Nous avons par exemple financé l'usine Verkor à Dunkerque, la seule startup française qui créer des batteries électriques pour Renault. Il va falloir produire Français, ce qui implique d'avoir des usines sur notre territoire. La question est : « Où les installe-t-on ? »
Nous avons créé un portail où nous recensons 850 sites dans toutes les régions, ce qui représente 6.000 hectares pour accueillir les industriels. Ces sites ont déjà été artificialisés, car ce sont des anciennes friches, des zones commerciales désaffectées ou des parkings.