La politique budgétaire de François Hollande est-elle efficace ?

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Les ajustements budgétaires en France ont été plus marqués depuis la fin 2013 que dans le reste de la zone euro.
Les ajustements budgétaires en France ont été plus marqués depuis la fin 2013 que dans le reste de la zone euro. (Crédits : © Philippe Wojazer / Reuters)
Les ajustements budgétaires lors du quinquennat de François Hollande ont eu des effets néfastes sur la croissance. En revanche sur plus long terme, ils pourraient peut-être porter leurs fruits...

A quelques mois de l'élection présidentielle, un candidat qui souhaiterait défendre le bilan du quinquennat Hollande pourra toujours mettre en avant la réduction du déficit public : de 5,2 % du PIB en 2011 et 4,8 % en 2012, il s'est établi à 3,5 % du PIB en 2015, et devrait atteindre 3,3 % en 2016. Il pourrait même passer en 2017 sous la sacro-sainte barre des 3 % du traité de Maastricht qui régit les critères budgétaires européens.

Mais bien évidemment, de tels efforts ne se font pas sans conséquences. Surtout que la France a, depuis la fin 2013, réalisé des ajustements budgétaires supérieurs d'un point de PIB à la moyenne de zone euro, d'1,2 point de PIB à l'Italie, d'1,6 point à l'Allemagne et de 2,2 points à l'Espagne, selon les chiffres de l'observatoire français des conjonctures économiques (OFCE).

Croissance faible

Ces ajustements budgétaires ont notamment été très marqués dans le secteur public local, et se sont concrètement matérialisés par la chute de l'investissement des collectivités locales en 2014 et en 2015. Et ce ne fut pas sans conséquence sur la croissance française : depuis la fin 2013, elle est en effet inférieure à celle de la zone euro, et n'a atteint en volume que 0,6 % en 2013, 0,6 % en 2014, et 1,3 % en 2015 selon l'Insee. Pour 2016, l'OFCE prévoit de son côté une croissance d'1,4 %.

Mais au-delà des restrictions budgétaires, la moins bonne croissance française est aussi due « à la maigre contribution des exportations, alors même que les orientations fiscales de la politique de l'offre visent à redresser la compétitivité des entreprises françaises », note l'OFCE. Un constat qui interroge la politique économique menée par le gouvernement ces trois dernières années. En effet, budgétairement, le gouvernement n'a lâché du lest que pour réduire les charges pesant sur les entreprises : leurs prélèvements obligatoires sont réduits de 31 milliards d'euros sur la période 2014-2017, alors que ceux pesant sur les ménages augmentent de 13 milliards d'euros sur la même période !

Restitution des marges des entreprises

Cap a donc été mis sur les gains de compétitivité des entreprises françaises. Pourtant cela ne se fait pas encore ressentir sur la croissance. Pire, la contribution des exportations à la croissance française, entre fin 2013 et mi 2016, a été deux fois inférieure à la moyenne de la zone euro, note l'OFCE...

La politique de l'offre à la sauce François Hollande serait-elle si inefficace que cela ? La réponse est plus complexe. Car d'une part, l'effet mécanique des baisses de charges s'est déjà fait ressentir sur les marges des entreprises : les taux de marges des sociétés tournées vers l'export ont augmenté de près de 4 points de pourcentage entre le quatrième trimestre 2013 et le deuxième trimestre 2016, selon l'OFCE. Ces taux sont ainsi revenus à leur niveau du début années 2000.

Mais en parallèle, la compétitivité prix de ces mêmes entreprises se dégrade fortement... Preuve, en fait, que « les entreprises exportatrices ont fait le choix de l'amélioration de leurs marges plutôt que de la compétitivité prix », note Mathieu Plane, économiste à l'OFCE.

Effets positifs à long terme ?

Certes, « ce comportement se traduit par des pertes de parts de marché depuis plusieurs trimestres », note l'OFCE. Dont acte. Mais d'un point de vue plus optimiste, on pourrait aussi considérer que « le rétablissement des situations financières des exportateurs hexagonaux devienne un atout à plus long terme », surtout s'ils investissent en ce moment sur une montée en gamme de leurs produits et sur de l'innovation.

Peut-être, donc, que le virage de la politique de l'offre de François Hollande effectué après seulement quelques mois à l'Elysée portera ses fruits sur plus long terme. D'autant qu'en 2017, l'impact négatif des politiques budgétaires en France devrait, enfin, ne plus affecter sa croissance. « Une première depuis sept ans ! », note Mathieu Plane. Il restera alors à entretenir la dynamique du pouvoir d'achat des ménages afin de soutenir la consommation.

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a écrit le 20/10/2016 à 17:28 :
Le problème est que Hollande n'a fait qu'une seule politique, celle de l'offre, nécessaire aux investissements, et il l'a fait par des réductions de charges, mais sans toucher au service public sur le long terme, tout en comblant le déficit court terme par l'emprunt. Les conséquences ont été doubles : D'une part Les entreprises ont cherché à reconstituer leur situation financière préalablement dégradée par la brutale ponction fiscale du début de quinquennat, avant de pouvoir songer à l'investissement, cela ne se fait pas en un jour, mais en deux ou trois ans, donc sans effet direct sur l'offre pendant ce temps, et même au-delà puisque l'investissement a lui, un cycle nettement plus long. D'autre part, en ne réduisant pas la dépense publique de fonctionnement, la charge globale est resté la même, d'où un recours à la dette, relativement peu sensible dans ses conséquences immédiates sur le budget, en raison des taux bas, mais catastrophique dans l'hypothèse d'une remontée des taux. En résumé la politique de Hollande n'aura à court terme amélioré ni la compétitivité des entreprises, ni leur capacité d'investissement, et aura à long terme posé les bases d'un crise redoutable sur la dette, lors de la remontée des taux, qui obligera mécaniquement à une nouvelle et sévère ponction fiscale, annulant tous les effets de la politique de l'offre, et des réformes brutales d'ajustement de la dépense publique de fonctionnement, pour pouvoir honorer la signature de la France sur les marchés de capitaux sur lesquels elle emprunte. Par ailleurs les diminutions de dotations des collectivités locales n'auront servi qu'à masquer une fausse réduction des dépenses de l'Etat, pour pouvoir afficher un chiffre faussé de déficit pour plaire à l'Europe, avec un biais très négatif sur l'investissement de ces mêmes collectivités, et qui comporte donc la quasi-certitude de voir le déficit remonter lorsque les nécessités des investissement de renouvellement se feront sentir. En conclusion tout a été fait à l'envers, avec un timing stupide. C'était le fruit d’une politique d’un amateurisme total, et de calculs erronés de politiciens maladroits.
a écrit le 20/10/2016 à 11:28 :
Pas besoin de vous posez des questions , vous avez tout dans son sourire .
Réponse de le 21/10/2016 à 7:09 :
On aimerait bien voir ta tete, car on rigolerait peut etre encore plus ?
a écrit le 20/10/2016 à 11:02 :
LA BAISSE DES INPOTS SUR LES PETIT REVENU ET LES PETITES ENTREPRISE SONT UN BONNE POLITIQUE QUE HOLLANDE A COMMEMCE ET QU IL FAUT CONTINUER? QUITTE A MECONTANTE LES AUTRES INPOSABLESLES PLUS AISEES? MAIS SI L ECONOMIE REPART JE CROIE QU IL VERONT QUE TOUS CELA N AURAS PAS ETE INUTILLE? ET LE CHOMAGE DIMINURAS UN PEUT???
Réponse de le 20/10/2016 à 14:07 :
Vérité !!!!!
A la lecture de cet étonnant message, je ne perçois qu'une vérité : vous êtes fâché avec la sémantique et l'orthographe française.
a écrit le 20/10/2016 à 9:30 :
Le point essentiel est de raisonner "à niveau constant"; si on veut baisser les charges sociales, il faut augmenter un prélèvement sur un autre facteur, d'abord sur la consommation, sous forme de TVA sociale; ensuite sur la consommation d'énergie. Cette fiscalité sur l'énergie est nécessaire pour préserver le climat. Cela correspond à appliquer le pacte de responsabilité avec la fiscalité énergétique en contrepartie. Macron est sur la bonne voie.
Réponse de le 20/10/2016 à 13:04 :
Ce qui ne peut pas rester à niveau constant c'est celui des prélèvements qui font de ce Pays un champion toutes catégories (plus de 45 %) !!!! On peut faire alors une fiscalité sur l'énergie, quoiqu'il y en ait déjà une (voir sa facture d'électricité) mais elle doit venir remplacer un prélèvement actuel...
a écrit le 20/10/2016 à 1:21 :
Avec toutes ses dents.
Réponse de le 20/10/2016 à 13:42 :
Il est content, L'eau tiède : voyez son inventeur.
a écrit le 19/10/2016 à 21:19 :
Une politique de l'offre, même si celle qu'a lancé Hollande a été beaucoup trop timide, est toujours efficace sur le long terme (même s'il faudrait la simplifier en remplaçant les crédits d'impôts par des baisses de cotisations sociales patronales inconditionnelles financées par de la TVA sociale et au moins tripler la mise). Mais il ne saurait être question, tant que des capacité productives significatives n'ont pas été reconstituées (ça ne se fait pas instantanément, il faut de la R&D et des investissements) de soutenir la consommation, au risque, comme chaque fois que ça a été tenté notamment en 1981-82, de favoriser surtout... les importations.
Réponse de le 20/10/2016 à 9:24 :
Le problème, c'est que tous les pays européens font une politique de l'offre au même moment...
Réponse de le 20/10/2016 à 9:47 :
Le soutien de la consommation peut se faire avec une "allocation universelle" dont on parle en ce moment, à condition de la moduler en fonction du revenu. Merci.
Réponse de le 20/10/2016 à 10:08 :
Suite. Il s'agissait d'importation de magnétoscopes. Je ne me souviens pas de la mesure qui avait favorisé les importations; cela justifie d'agir progressivement comme le propose la note n°6 du CAE.
Réponse de le 20/10/2016 à 12:04 :
@Gépé : la hausse du SMIC de 10% le 1er juillet 1981, le minimum vieillesse, les allocations handicapés, familiales et logement augmentent à leur tour de 20 % à 25 %. Et l'embauche de 55000 fonctionnaires . Le tout a représenté 1% du PIB, 10 milliards de francs, une somme considérable pour l'époque.
http://www.lemonde.fr/talents-fr/article/2009/02/18/le-plan-mauroy-ou-la-relance-ratee-de-1981_1131179_3504.html
Réponse de le 20/10/2016 à 12:09 :
@gépé: et tu finances ton "allocation universelle" en augmentant les taxes et impôts de ceux qui sont déjà saigné ?
a écrit le 19/10/2016 à 19:30 :
EXAT???TRES BONNE ANALYSE??? LES ENTREPRENEURS DOIVENT AUSSI BAISE LEURS MARGES POUR CONCRENCE D AUTRES QUI VENDENT LES MEME PRODUITS ET LES COLLECTIVITES LOCAL DOIVENT ARRETTE LEURS DEPENSES INUTILE EN BATIMENT INUTILES ET EN DOUBLONS AVEC D AUTRE COLLECTIVTE PROCHE D EUX? C EST UN PEUX L HISTOIRE DES RONDS POINTS TOUS LE MONDE VEUT LE SIEN PLUS BEAU QUE LES AUTRES???

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