Le gouvernement veut mettre le paquet sur les (re) localisations, un effort suffisant ?

Une trentaine de projets d'installation de lignes de production en France ont été choisis pour bénéficier d'un soutien public, a annoncé jeudi le ministère de l'Economie, première étape du déploiement d'un dispositif d'aide à la relocalisation de sites industriels.
Grégoire Normand
(Crédits : Charles Platiau)

La pandémie a mis au grand jour les failles du système productif français. Les pénuries de masques et de gel hydroalcoolique au printemps ont affolé la population quand les professionnels de santé ont tiré la sonnette d'alarme sur l'effondrement des réserves de médicaments et de traitements. En outre, l'extrême dépendance de l'économie française aux pays étrangers et la fragmentation à outrance des chaînes de production ont révélé les limites d'une hypermondialisation dans le contexte d'une crise sanitaire planétaire.

> Lire aussi : La mondialisation économique, malade du Covid-19

Face à cette avalanche de déconvenues et de risques, le pouvoir exécutif avait dû passer en urgence des commandes de masques de protection par millions. Quelques mois après ces déboires, le gouvernement de Jean Castex a décidé de muscler ses dispositifs pour favoriser la (re)localisation d'activités industrielles. Lors d'un déplacement en Essonne ce jeudi après-midi pour inaugurer le nouveau site de production de l'entreprise Senior Aerospace Calorstat, le ministre de l'Economie et de la Relance, Bruno Le Maire et la secrétaire d'Etat Agnès Pannier-Runacher ont annoncé un bilan des dispositifs mis en oeuvre pour soutenir et moderniser l'appareil industriel et un prolongement de certaines aides.

31 projets financés

Depuis le mois de septembre, 31 projets ont été retenus par l'exécutif pour bénéficier du soutien public. Ils représentent d'après un communiqué de Bercy environ 680 millions d'euros d'investissements productifs, dont environ 140 millions d'euros de l'Etat. Le ministère de l'Economie estime qu'environ 4.000 emplois industriels sont préservés et environ 1.800 emplois devraient être crées avec ces investissements. Ces dispositifs visent en particulier les secteurs jugés critiques comme celui du médicament, en première ligne dans cette crise sanitaire mondiale. En parallèle, Bruno Le Maire veut mettre l'accent sur quelques secteurs stratégiques importants pour l'avenir. Il s'agit de "la santé, l'agroalimentaire, l'électronique, les intrants essentiels de l'industrie (chimie, matériaux, matières premières, etc.) et les applications industrielles de la 5G".

Parmi ces premiers lauréats, figure par exemple la société Seqens, spécialiste de la chimie pharmaceutique, qui prévoit d'installer un atelier de production de principes hautement actifs sur son site d'Aramon en Occitanie, et de relocaliser la production d'intermédiaires de synthèse et de principes actifs clés pour 12 médicaments sous tension durant la crise sanitaire. Le groupe Lesaffre (agro-alimentaire), basé à Denain dans les Hauts-de-France, va lui notamment installer une unité de production d'un supplément nutritionnel aux effets bénéfiques sur les articulations.

Des aides suffisantes après une désindustrialisation massive ?

Ces mesures annoncées en grande pompe par les ministres de Bercy sont-elles suffisantes pour répondre à la crise et la désindustrialisation tricolore entamée depuis des décennies ? A ce stade, il est compliqué de répondre par l'affirmative. Dans un épais rapport de près de 600 pages présenté devant l'Assemblée nationale ce jeudi matin, France Stratégie, le centre d'évaluation des politiques publiques rattaché à Matignon, a brossé le portrait d'une industrie tricolore en pleine déroute. "La France connaît une désindustrialisation particulièrement marquée. Il n'y a que le Royaume-Uni qui ait connu un phénomène aussi profond. La France est devenue remarquablement désindustrialisée [...] Les décennies 90 et 2000 ont été marquées par un accroissement des échanges et un libéralisme triomphant, les tensions entre les grands blocs commerciaux n'étaient pas aussi fortes que maintenant. La politique industrielle était un peu tabou" a expliqué le commissaire général, Gilles de Margerie, lors d'une réunion téléphonique avec des journalistes.

Et la pandémie actuelle ne risque pas d'arranger la situation. Depuis le printemps, des grands groupes industriels ont annoncé des fermetures de sites de production et la liste des plans sociaux ne cesse de s'allonger. Les saignées dans l'industrie automobile ou l'aéronautique sont particulièrement vives dans des régions très spécialisées comme l'Occitanie par exemple.

> Lire aussi : Aéronautique : la carte des plans sociaux autour de Toulouse

(Re)localisations ou réindustrialisation ?

L'onde de choc provoquée par la pandémie a ravivé le débat entre les partisans de la relocalisation et ceux qui prônent une réindustrialisation. "L'idée des relocalisations est réapparue au moment de la crise sanitaire. La France a réussi en assez peu de temps à produire des masques. Le concept de réindustrialisation est très différent. Dans les années 2018-2019, on a assisté à un frémissement des emplois industriels encore difficile à interpréter. La crise bouleverse et gèle beaucoup de projets. Il est difficile à ce stade de dire si cette crise va accentuer la désindustrialisation " explique le commissaire de Margerie.

> Lire aussi : "Plutôt que la relocalisation, l'enjeu est sûrement plus celui de la réindustrialisation"

Dans son plan de relance, le gouvernement a mis l'accent notamment sur la politique de l'offre en baissant les impôts de production et en poursuivant la baisse de l'impôt sur les sociétés entamée depuis le début du quinquennat d'Emmanuel Macron. Si la plupart des mesures d'urgence mises en oeuvre depuis le printemps sont plutôt jugées positivement par la plupart des économistes, certains choix interrogent de nombreux chercheurs. Dans de récents travaux de recherches, les économistes de l'institut des politiques publiques (IPP) et du Cepremap ont montré que la baisse des impôts de production allait principalement bénéficier aux entreprises dont l'activité avait été relativement peu affectée par l'épidémie. "Il n'y a pas de lien entre la baisse du chiffre d'affaires et le ciblage du plan de relance. Les mesures d'urgence sont très ciblées vers les entreprises qui ont le plus subi. Le plan de relance cible d'abord les grandes entreprises à forte intensité capitalistique, dans le secteur manufacturier, qui ne sont pas les plus touchées" expliquait récemment l'économiste de l'IPP Clément Malgouyres lors d'un point presse.

> Lire aussi : Le plan de relance de Macron pourrait manquer sa cible

En outre, cette baisse des coûts ne signifie pas que les industriels vont pouvoir faire face à la baisse de la demande ou monter en gamme dans leurs produits. Dans une étude éclairante de la Banque de France publiée en 2017, les auteurs montraient que la consommation des biens manufacturés chez les Français avait considérablement diminué ces dernières décennies au profit des services. Cette baisse s'explique en partie par le progrès technique et les gains de productivité dans l'industrie qui ont également contribué à faire baisser les prix de certains produits. A cela s'ajoutent les répercussions de la récession sur la consommation. Même si les annonces concernant les vaccins peuvent contribuer à redonner de la confiance aux consommateurs, la montée du chômage et de la pauvreté risquent de plomber les espoirs d'une reprise rapide et durable de la demande, moteur de la croissance et de l'investissement en France. Cette crise provoque "un choc sur l'offre de travail qui touche une grande partie de la population active. Il y a un effet de diffusion qui aboutit à une chute de la consommation des ménages, des pertes de débouchés qui ont des conséquences sur les décisions d'investissement des entreprises" rappelait récemment l'économiste du Cepremap Thomas Brand.

Grégoire Normand

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Commentaires 28
à écrit le 22/11/2020 à 9:34
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Un jour on fait des annonces et le lendemain on vend des pépites. Ayons d'abord une politique claire et réduisons nos dettes ça sera un bon commencement. J'observe que la dirigeante Allemande possède une solide culture scientifique et une rigueur tou...

à écrit le 21/11/2020 à 22:13
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Macron et son gouvernement de courtisans veuls et serviles, avec les inénarrables Le Maire et PanierRunacher en première ligne, passe leur temps à découper la France pour mieux céder le maximum de bijoux de famille. C'est comme cela que doit se com...

à écrit le 21/11/2020 à 12:17
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Le PIB s'est effondré de -11%, des dizaines de milliers de PME, TPE et commerces sont en quasi-faillite et les pauvres vont franchir la barre des 10 millions. Réaction de la ministre de la ..transition écologique, Barbara Pompili !? Vous pensez q...

à écrit le 21/11/2020 à 10:16
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Étrange comme sujet, "le gouvernement veut relocaliser les entreprises" et en même temps décide de délocaliser nos petits commerces via des faillites... Le gouvernement pourrait peut être préciser ce qu'il appel entreprise...

à écrit le 21/11/2020 à 7:18
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Les mêmes qui nous ont fait signer des accords de libre échange et favorisé les délocalisations veulent maintenant donner de l'argent des contribuables aux entreprises qui ont délocalisé pour qu'elles reviennent ??? La fermeture de Bridgestone -qui a...

à écrit le 21/11/2020 à 0:52
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Ils ont moqué l'allemagne par dessous leurs perruques pendant 20 ans, ouinnnn les vilains Merkantilistes. Oui par ce que pour eux un succès à l'export ça doit être au raccroc, à la dernière minute, c'est comme en foot, il faut ménager le suspens... ...

le 22/11/2020 à 13:51
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@leroicrapaud. Ne vous y trompez pas, cet avion us va se faire.

à écrit le 20/11/2020 à 20:48
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On n'est pas des mauvais à tout, en médecine humaine on est un peu à la ramasse, mais en technique vétérinaire on tient le pavé et le no 1 mondial des vaccins pour volailles et animaux d'élevage vient d'ouvrir ce 19 novembre une très grande usine dan...

à écrit le 20/11/2020 à 20:42
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Bruno n'a rien compris : il croit (rêve) que les pays qui ont accueillit les usines occidentales vont se laisser faire et même mettre à disposition du personnel pour démonter les installations placer le tout sur dans des camions, les amener à quai et...

à écrit le 20/11/2020 à 15:11
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Il faudrait peut être instaurer des taxes à l'import en Europe, afin de rétablir l'équilibre entre les pays à très bas coût salarial, comme la Chine, et notre zone économique. De plus ces pays et la Chine surexploitent leurs ouvriers, mais nos indust...

le 20/11/2020 à 18:54
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Croyez vous pas qu'une baisse de tout les salaires et de ce qu'on paye en France serait pas mieux, les citoyens de France étaient bien plus riche et heureux quand la TV venue des pays étrangés était le cadeau de noël pour toute la famille mais qu'ils...

à écrit le 20/11/2020 à 15:05
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Nos usines sont parties ailleurs car les contraintes sont trop importantes. Trop de taxes de toutes sortes et surtout aucune stabilité fiscale permettant à l'industriel de se projeter dans le temps. Les contraintes environnementales imposées à l'indu...

le 20/11/2020 à 20:59
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Ben nos entreprises sont trop peu valorisées en bourse, donc facile d'achat par des sociétés étrangères, ne résistent que les entreprises familliales avec minorité de blocage. En Europe il n'y a que la Hollande qui a une loi de protection, en Allema...

à écrit le 20/11/2020 à 11:41
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Encore du vent mediatique. Ce type ignore tout de ce qu'est la structure meme d'une entreprise qu'elle soit grande ou petite. Comme d'habitude il essaie de gagner du temps. C'est trop tard lemaire. Tu vas te prendre le boomerang de la realite sous ...

à écrit le 20/11/2020 à 11:19
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Les chantres de la mondialisation deviennent subitement de fervents adeptes de la relocalisation. A mourir de rire, si ce n'était pas triste de voir le pays " dirigé " par ces memes individus

à écrit le 20/11/2020 à 10:58
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Les relocalisations ne pourront se faire, d'après leur politique, qu'a coup de subvention et ne promettent pas d'être perenne! Mais toujours pas d'une manière compétitive!

à écrit le 20/11/2020 à 10:42
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Sur l'autre article: La France, championne des délocalisations selon France Stratégie

le 20/11/2020 à 18:57
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Que voulez vous Macron promeut cela, faut bien qu'il finance sa future campagne, il donne un max des impôts des français aux plus grands groupes souvent étrangé ou multinationaux et en échange ceux ci donneront de l'argent a son partie donc indirecte...

à écrit le 20/11/2020 à 10:09
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Pour relocaliser , il faudrait que notre pays soit libre de tout, beaucoup moins d'administratif et une fiscalité non confiscatoire. Nos Ministres essentiels devraient y penser sérieusement. Comment libérer la France de la technostructure? vaste suje...

à écrit le 20/11/2020 à 10:03
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Les entreprises aiment savoir où elles mettent les pieds. Et cela demande donc de la part de l'état, et des collectivités locales, un minimum de stabilité, de cohérence. Or, très malheureusement, on dénote plutôt une agitation permanente qui risque d...

à écrit le 20/11/2020 à 10:02
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Comment s'assurer de l'impartialité du choix de ces aides ? Une baisse d'impôts, taxes ou charges, générale n'aurait-elle pas été plus simple et plus juste ? En tout cas la technocratie règne en France. Cela ne semble pas porter ses fruit, cf. les c...

à écrit le 20/11/2020 à 9:02
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Comment ce gouvernement ultralibéral peut il relocaliser? Cela passerait par l'entrée de l'Etat dans les conseils stratégiques des grands groupes. Et cela, le gouvernement se l'interdit. Merkel l'a fait avec Volkwagen et les lander avec les autres gr...

le 20/11/2020 à 10:11
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C'est marrant de constater que tous viennent de neuilly sur seine, tout sont passé par le lycée gonzague bidule, et tous sont de prêt ou de loin les saboteur de l'économie ! Alors vouloir relocaliser, j'ai le souvenir de ceux qui ont délocalisé u...

le 20/11/2020 à 10:19
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https://www.latribune.fr/economie/france/la-france-championne-des-delocalisations-selon-france-strategie-862819.html C'est pour dire ....... (je ne l'avais pas vu, mais bon comme j'ai été présent pendant l'une des délocalisations les plus stupéfia...

le 20/11/2020 à 14:04
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ultra liberal ?? Le gouvernement n est meme pas liberal (un gouvernement liberal n aurait pas decider de fermer les commerces ou de confisquer les masques au debut de l epidemie). Et je parle pas de l absence de reforme pour reduire le poids de l et...

à écrit le 20/11/2020 à 8:33
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erreur il faut reindustrialiser et surtout taxer les produits venants de chine expl les citroen produite en chine taxes 200 pour cent

à écrit le 20/11/2020 à 8:29
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Ca tombe bien puisque la Chine veut se débarrasser de ses usines les plus polluantes ! Beau timing les gars !

à écrit le 20/11/2020 à 7:56
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LOL !!! 🤣😂🤣 article le plus drôle de l'année, pour l'instant. Mérite d'être sur le podium du prix de l'humour politique !!

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