Le vendredi est le jour le plus télétravaillé, pas de « perte de productivité pour les entreprises »

Les salariés qui peuvent télétravailler optent souvent pour le vendredi ainsi que le lundi, ce qui entraîne, en région parisienne des perturbations en raison des écarts de fréquentation selon les jours de la semaine. En revanche, pour l'association des DRH, « on n'observe pas de perte de productivité » .
Vendredi et lundi sont les jours les demandés par les salariés qui ont la possibilité de télétravailler.
Vendredi et lundi sont les jours les demandés par les salariés qui ont la possibilité de télétravailler. (Crédits : Photo by Yasmina H on Unsplash)

Vendredi et lundi sont les jours les plus demandés par les salariés qui ont la possibilité de télétravailler. Ce n'est évidemment pas une surprise, mais bel et bien une tendance lourde qui entraîne des bouleversements tant pour les transports que les entreprises. Sylvie Charles, la directrice du Transilien SNCF (trains de banlieue) a ainsi appelé le 20 octobre à « mieux lisser » les trajets domicile-travail. Elle a pointé dans les trains, RER, métros, tramways un écart de fréquentation « 18% entre le mardi - jour le plus fréquenté - et le vendredi » où près de la moitié (49%) des télétravailleurs qui utilisent ces transports restent chez eux. Un écart qui s'observe aussi pour la voiture (16% d'écart) et le vélo (30% d'écart). « Un tel différentiel n'est bon pour personne et l'intérêt est de mieux lisser car dès qu'il y a surcharge, il y a des risques de bousculade, les conducteurs ne peuvent pas respecter le temps de stationnement et par effet boule de neige, le système de transport est moins efficace », a-t-elle insisté. Pour Sylvie Charles et Nicolas Bauquet, directeur général de l'Institut Paris Région, il faut inciter les salariés à venir au bureau le vendredi « pour éviter la sur-occupation » des transports certains jours.

De jeunes travailleurs fêtards que ça « arrange pas mal » mais « pas de baisse de productivité dans les entreprises »

Ainsi, à la Société générale, l'accord de télétravail « lisse la présence dans les locaux sur l'ensemble de la semaine ». Au siège, le restaurant d'entreprise ou la cafétéria ne sont donc « pas désertés » le vendredi.

Ilyes, 25 ans, consultant en data qui « sort beaucoup », ne cache pas à l'AFP que ça « l'arrange pas mal » de rester à distance le vendredi pour ne pas avoir à rentrer se préparer pour sortir et le lundi « pour bien commencer la semaine », car ça lui « laisse une matinée en plus pour récupérer »... Même en télétravaillant, ça fait « une coupure », dit aussi Anissa Sabeur, 24 ans, en alternance dans un grand groupe financier à La Défense.

Benoit Serre, vice-président de l'association des directeurs des ressources humaines (ANDRH), confirme que le travail hybride qui s'est installé depuis la pandémie « s'est concentré sur le lundi et le vendredi, avec une légère préférence pour le vendredi ». En conséquence, note le DRH de L'Oréal, « il y a une forme d'organisation qui se met en place de manière empirique » avec une concentration des réunions le reste de la semaine. Il précise que « paradoxalement ça ne désorganise pas vraiment les entreprises, on n'observe pas de baisse de productivité ». « En revanche, ça trouble certains managers » qui ont l'impression -à tort- que « les gens partent en week-end le jeudi soir ». Hubert Mongon (Medef), estime pour sa part que c'est « un peu tôt pour essayer de dégager des tendances » même si les salariés, lorsqu'il y a des négociations sur le télétravail, « cherchent plutôt à le programmer sur ces deux journées-là », le lundi et le vendredi.

Vers des gains de productivité dans les prochaines années ?

Trop tôt, sans doute, mais il semblerait bien que le télétravail ait des effets positifs. Ainsi, selon un rapport du Conseil national de la productivité publié en mai dernier « si l'effet net sur la productivité globale du recours au télétravail dans l'après crise Covid reste incertain, on peut s'attendre à un accroissement potentiel des gains de productivité par un recours plus important au télétravail ». S'appuyant sur une étude de la Banque de France, l'institut estime qu'une « progression d'un point du pourcentage de salariés en télétravail améliorerait en moyenne la productivité globale des facteurs d'environ 0,45% ». Ainsi, « au niveau global de l'économie française, la proportion de télétravailleurs d'environ 5% dans la période pré-Covid passera à 25% à plus long terme, d'ici à 20 ans », ce qui engendrerait un gain moyen de productivité de 5 à 9%.

Le gouvernement encourage la pratique dans son « plan de sobriété »

Du côté d'Oracle France, après deux ans en distanciel pour cause de Covid, une expérimentation a été menée pour étudier l'organisation du travail pour « faire en sorte que les collaborateurs puissent se rencontrer et travailler ensemble » lorsqu'ils viennent sur site, indique à l'AFP la DRH du spécialiste des logiciels, Caroline Elbaz. Le vendredi - jour sans réunion sur site -, les locaux sont ouverts, mais le service cantine de l'immeuble, où cohabitent plusieurs entreprises, s'adapte avec « un service minimum », dit la DRH.

Dans le cadre de son plan de sobriété énergétique dévoilé le 7 octobre dernier, le gouvernement indique que "le recours au télétravail fait partie des mesures encouragées par le gouvernement cet hiver, notamment dans la fonction publique". Au sein de cette dernière, l'indemnité forfaitaire de télétravail va, en effet, être augmentée de 15% à 2,88 euros par jour avec pour objectif de réduire les déplacements et donc la consommation de carburant.

Zoom - Le « think tank »Terra Nova veut lutter contre la culture du présentéisme

Le « think tank » Terra Nova, partant du constat que le télétravail est là pour durer, a publié début octobre un rapport de 86 propositions pour encadrer la pratique. L'une suggère notamment la mise en place par un accord national interprofessionnel d'un socle annuel minimum de télétravail fixé « à 24 jours (comme en Allemagne) », si les tâches des salariés et les activités de l'entreprise le permettent. Le rapport évoque aussi la création d'un « titre télétravail » pour « inciter les entreprises à faciliter l'accès de leurs collaborateurs à des espaces de travail partagés et leur donner ainsi le choix du lieu de travail (sur site, dans un tiers-lieu ou à domicile) ». Il suggère aussi de lutter contre la culture du présentéisme « encore trop profondément ancrée dans notre pays » ou recommande aux employeurs qui peinent à recruter ou à garder leurs salariés de s'interroger sur la place donnée au travail à domicile, « souvent peu développée ». Parmi leurs nombreuses propositions, le think tank suggère encore d'annexer aux accords télétravail un droit à la déconnexion ou d'établir la possibilité pour tout salarié de faire connaître son souhait non satisfait de télétravailler - au sein d'une commission de suivi dans les entreprises de plus de 50 salariés.

(Avec AFP)

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Commentaires 8
à écrit le 28/11/2022 à 10:55
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les entreprises ne veulent plus de télétravail, elle refusent les demandes ou passent de 5j par semaine à 3 2 1 0

à écrit le 04/11/2022 à 16:52
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+de 10 ans de Téléchômage (avant il fallait poster la carte, puis l'audiotel enfin le Web). Pôle Emploi deuxième structure de France (5 153 000 individus) après la la fonction publique.

à écrit le 04/11/2022 à 14:54
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"pour « faire en sorte que les collaborateurs puissent se rencontrer et travailler ensemble » " Tout salarié est « subordonné ». On ne peut donc pas être à la fois « collaborateur » et « subordonné ». Le mot « collaborateur » n'existe pas une seul...

à écrit le 04/11/2022 à 12:05
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Et les racistes aussi chez eux, en Allemagne.

à écrit le 04/11/2022 à 10:29
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Les petits chefs qui adorent la hiérarchie et l'autorité et abhorrent la capacité d'autonomie de leurs salariés vont se révéler inutiles et parasites. Moins de petits chefs, ce sera moins d'arrêt de travail, moins de dépressions, moins de cancers, mo...

le 04/11/2022 à 10:53
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Il y a longtemps que les petits chefs restent collés derrière leurs écrans à regarder les tableaux excel et à envoyer des sms comminatoires à leurs collab pour les pousser à faire toujours mieux ou à organiser des réunions sur zoom , trop peur d'aff...

à écrit le 04/11/2022 à 10:09
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4 jours chez soi et 3 au boulot semble un bel équilibre homogène mais comment vont faire tout ces petits chefaillons névrosés qui ont besoin d'humilier leurs subordonnées pour exister ? Bien souvent fils de et autres impotents.

le 04/11/2022 à 13:28
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Ils harcèlent et inondent leurs collab de sms et autres messages pour tout et n'importe quoi et ils ont ainsi l'impression d'être importants !!!

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