Julia Faure, haro sur la fast fashion
Fanny Arlandis

Julia Faure, entrepreneuse et fondatrice de l'association En mode climat qui vise à freiner la fast fashion.
LTD
Fanny Arlandis

Julia Faure, entrepreneuse et fondatrice de l'association En mode climat qui vise à freiner la fast fashion.
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Ses premiers questionnements germent au printemps 2013. Le 24 avril exactement. Julia Faure travaille pour Amazon, à Madrid, le jour où le Rana Plaza s'effondre près de Dacca, au Bangladesh. L'accident cause la mort de 1 138 ouvriers produisant des vêtements pour des marques occidentales dans des conditions de travail déplorables, payés une misère.
« Je découvrais que si l'industrie pouvait proposer des produits à prix cassés, c'était grâce à ça, raconte-t-elle. J'ai alors compris que la réalité du Rana Plaza et celle de l'entreprise pour qui je travaillais n'étaient pas si éloignées. » De cette prise de conscience découlent des choix de vie qui mènent cette brillante entrepreneuse de 36 ans là où elle est aujourd'hui : à la tête d'une entreprise, d'une association et d'un puissant syndicat qui se battent pour des pratiques plus responsables.
Lorsqu'en 2017 Guillaume Declair, fondateur de la marque de vêtement éthique et écologique Loom, cherche quelqu'un pour développer sa structure, le recrutement de Julia Faure s'impose dès la première rencontre. « Elle débordait d'énergie, témoignait d'un engagement à toute épreuve, d'un humour débordant et d'un sens aigu de la formule », se souvient celui qui est depuis devenu son associé.
Loom correspond en tout point aux idéaux de la jeune femme : la marque crée des vêtements en coton et laine biologiques, fabriqués localement au Portugal, dont le but premier est de durer longtemps. Elle ne propose pas de collections qui incitent à la consommation, mais des produits améliorés génération après génération en fonction des commentaires des clients. Une vision gagnante car l'entreprise, devenue rentable, devrait dégager 4,5 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2024, et emploie huit salariés.
« Contrairement à la plupart des entrepreneurs issus d'écoles de commerce, Julia n'a pas envie de conquérir le monde, témoigne son associé Guillaume Declair. Peut-être est-ce grâce à ses études d'ingénieure agronome, mais sa pensée première va à l'environnement, et au vivant. » C'est d'ailleurs cette conscience qui la pousse à tenter d'amener les entreprises à faire mieux en matière écologique et sociale. « J'ai assez vite compris que la seule façon d'y arriver, c'était d'instaurer des lois », confie-t-elle. Avec une poignée d'autres marques, Loom fonde l'association En mode climat - dont Julia Faure est présidente. C'est grâce à ce collectif, rejoint par 600 entreprises, qu'un projet de loi destiné à freiner la fast fashion a été adopté à l'unanimité par l'Assemblée nationale le 14 mars. « Mais il ne s'agit que d'une victoire en demi-teinte, souligne Julia Faure, car le texte peut encore être bloqué au Sénat. »
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Le combat est loin d'être terminé et, pour cette hyperactive, il se poursuit au sein d'une structure, transsectorielle cette fois : Mouvement Impact France, un syndicat regroupant des dizaines d'entreprises issues de l'économie sociale et solidaire. Elle en assure la coprésidence au côté de Pascal Demurger, le patron de la Maif. « J'y ai appris à quel point il est essentiel que les entrepreneurs prennent position pour l'intérêt général. Notre responsabilité s'étend au-delà de nos salariés. Encore plus dans un monde où, face à nous, une armée puissante de lobbys s'évertue à faire en sorte que cette urgence ne devienne pas une priorité. » Guillaume Declair avait insisté sur ce point : « Julia ne lâche jamais rien. »
Fanny Arlandis