ENTRETIEN EXCLUSIF – Le directeur de la banque publique d’investissement, Nicolas Dufourcq, explique son soutien aux propositions économiques du gouvernement Barnier.LA TRIBUNE DIMANCHE - Vous avez échangé cette semaine avec Clayton, Dubilier and Rice (CD&R), le fonds en passe de racheter Opella, la filiale de Sanofi qui produit du Doliprane. Quid du rôle de Bpifrance ? Sera-t-elle finalement présente au capital ?
NICOLAS DUFOURCQ - Nous instruisons le dossier depuis juillet. Nous sommes d'accord pour aller avec le vainqueur de l'enchère, avec, comme dans tous nos investissements, une présence au conseil. Nous sommes par ailleurs déjà actionnaires de Seqens (qui fabrique le principe actif du Doliprane), et très présents dans les biotechnologies, les fabricants de médicaments, les pharmacies : le secteur ne nous est pas étranger. Dans les années à venir, nous avons prévu d'allouer plus de 10 milliards d'euros à la santé.
Vous comprenez l'émoi suscité par cette vente ?
Bien sûr, mais les usines concernées n'ont pas de raison de fermer, le président de Sanofi l'a clairement dit. Depuis 2020, l'État a mis en place une politique de développement capacitaire dont la BPI est l'instrument, avec plusieurs centaines de millions d'euros de subventions et du capital sur une quinzaine d'acteurs. La cession d'Opella ne remet pas ce mouvement en question.
Il n'y a donc pas de risque que l'emploi parte aux États-Unis ?
Bercy a mis des garde-fous. En France, le mouvement de réindustrialisation est lancé. Il est normal que parfois des usines ferment. Seul compte le solde positif des ouvertures : 57 en 2023. Les opportunités de réindustrialisation sont multiples, nous finançons des sites de polymères sans plastique, de dispositifs médicaux, de batteries, de béton bas carbone, etc. La France reste très avancée dans le nucléaire, l'aéronautique, les semi-conducteurs, où -STMicro est fournisseur par exemple d'entreprises américaines comme Tesla et SpaceX.
Propos recueillis par Fanny Guinochet