Passer du temps sur son téléphone pendant ses heures de travail engendrerait une perte de 0,4 point de PIB, selon une étude, soit 10 milliards d'euros. Ce niveau pourrait même atteindre 2,9 points de PIB à horizon 2060.
Consulter son téléphone sur son temps de travail pour des raisons extraprofessionnelles, comme scroller sur les réseaux sociaux, n'est pas si anodin économiquement parlant. Ce type d'interruption aurait des conséquences négatives sur le temps productif des salariés, selon une étude de l'économiste Solal Chardon-Boucaud, mise en ligne cette semaine sur le site internet du ministère de l'Économie.
Être sur son téléphone réduit ainsi le temps de travail effectif. « Certaines études suggèrent que les salariés pourraient passer entre 20 minutes et 2 heures et demie de leur journée de travail à consulter leur smartphone pour des raisons non liées à leur activité professionnelle », relève l'étude. À cela s'ajoute une autre perte de temps, cette fois nécessaire pour se reconcentrer sur ses tâches après ces moments de distraction.
Concrètement, cela se caractériserait par une perte de produit intérieur brut (PIB), indicateur économique permettant de mesurer la production de richesse d'un pays, estimée à « environ 0,4 % du PIB ». Soit, en valeur, 10 milliards d'euros par an, selon les chiffres de l'économie française de 2023.
L'étude se penche plus globalement sur le coût socio-économique des effets négatifs de l'« économie de l'attention ». Cette expression désigne le modèle des réseaux sociaux et de certaines plateformes numériques, conçu pour maximiser le temps passé en ligne par leurs utilisateurs. Autrement dit : les rendre accros pour qu'ils y restent le plus longtemps possible.
En plus de baisser le temps productif au travail, ce mécanisme a un impact sur la santé mentale des salariés. « Une surexposition aux écrans et l'utilisation de médias sociaux peuvent être associées à une détérioration de la qualité du sommeil et à une plus forte prévalence de troubles psychologiques », rappelle l'étude. Tels que la dépression, l'anxiété ou encore le stress chronique. Des troubles qui génèrent des coûts sanitaires, aussi bien directs (soins médicaux, entre autres) qu'indirects (absentéisme au travail, retraite précoce...), chiffrés dans l'étude à 0,2 point de PIB, soit environ 5 milliards d'euros en 2023.
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Au total, les deux causes confondues, 0,6 point de PIB sont ainsi déjà perdus. Soit 15 milliards d'euros en moins pour l'économie française.
D'ici à 2060, la perte de PIB pourrait même coûter encore plus : entre 2 et 2,9 points, présage l'étude. Ce, en raison d'une « détérioration des capacités cognitives humaines », notamment de l'attention et de la mémoire, qui pourrait représenter une perte de 1,4 à 2,3 points de PIB.
« Cet ordre de grandeur - qui doit être considéré avec prudence en raison des hypothèses sur lesquelles il repose - dépend avant tout de la détérioration des capacités cognitives des enfants » d'aujourd'hui, souligne l'étude. Car ce sont en effet eux qui seront sur le marché du travail dans les prochaines décennies. Or, de nombreuses études montrent qu'ils sont déjà surexposés aux écrans - 30 % des 12-17 ans passent plus de 35 heures par semaine devant un écran, selon le Crédoc.
Mesures à prendre
Rien n'est toutefois gravé dans le marbre. « Différentes mesures de politique publique permettent de réduire les effets néfastes générés par l'économie de l'attention », relève l'étude.
À ce sujet, un rapport parlementaire dévoilé ce jeudi préconise l'interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans et la mise en place d'un « couvre-feu numérique » pour les 15-18 ans. Une telle interdiction, déjà souhaitée par l'Élysée, permettrait « de donner un signal à la fois aux enfants et aux parents qu'avant 15 ans », les réseaux sociaux, « ce n'est pas anodin », comme l'a expliqué la députée Laure Miller (EPR), rapporteure de cette commission d'enquête parlementaire, auprès de l'AFP.
Reste que de telles mesures butent pour le moment sur les réticences des plateformes, sans grande surprise. Mais aussi sur des limites techniques et un risque d'atteinte aux libertés individuelles.