Comment et pourquoi enferme-t-on des femmes ? Le romancier nous entraîne dans un voyage au plus profond de la noirceur de l’âme humaine.Le 22 mai 1901, le procureur général de Poitiers reçoit une lettre anonyme. La voici :
« Monsieur le procureur général, J'ai l'honneur de vous dénoncer un fait d'une exceptionnelle gravité. Il s'agit d'une demoiselle qui est enfermée chez madame Monnier, privée d'une partie de nourriture, vivant sur un grabat infect, depuis vingt-cinq ans, en un mot dans sa pourriture. »
Le lendemain, au creux de l'après-midi, une équipée de gendarmes se rend au 21, rue de la Visitation, à Poitiers. Le commissaire central se voit ouvrir la porte de la maison par une des deux domestiques au service de la famille Monnier. Mais on l'éconduit : « Madame ne reçoit pas, elle est alitée. » Le commissaire insiste. On lui propose de s'adresser au fils de Madame, qui habite la maison d'en face.
Le fils, Marcel Monnier, alité lui aussi, se fait légèrement prier mais il finit par ouvrir aux gendarmes qui, entre-temps, ont pu apercevoir une fenêtre aux persiennes closes au deuxième étage du 21, rue de la Visitation. Quand on lui apprend la raison de cette visite, l'ancien sous-préfet Marcel Monnier explique qu'il s'agit d'une calomnie. Et puis, enfin, sa sœur ne vit pas avec lui mais avec sa mère. C'est à elle qu'il faut s'adresser.
Accompagnés de Marcel, les gendarmes frappent à nouveau à la porte de la maison de Louise Monnier, la mère. On finit par leur ouvrir. Quand ils pénètrent dans la chambre du deuxième étage, la stupéfaction se mêle au dégoût. L'air est si vicié qu'ils doivent sortir avant d'entrer à nouveau, ayant simplement constaté, dans l'obscurité, que la fenêtre était cadenassée et garnie de bourrelets à tous les joints, comme pour empêcher la moindre circulation.