Martinique : accord signé avec les distributeurs pour baisser les prix de l'alimentaire
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L'Etat a annoncé ce mercredi soir avoir signé un accord, notamment avec les distributeurs, pour baisser de « 20% en moyenne » les prix de l'alimentaire en Martinique, plus précisément sur une cinquantaine de familles de produits.
« L'accumulation des efforts collectifs prévus dans le protocole permettra aux hypermarchés de procéder à une réduction de 20% en moyenne des prix de vente actuellement pratiqués sur une liste de 54 familles de produits correspondant aux produits alimentaires les plus consommés en Martinique », a écrit le préfet dans un communiqué.
Le « protocole d'objectifs et de moyens de lutte contre la vie chère », sur ce territoire, où les prix de l'alimentaire sont actuellement 40% plus élevés que dans l'Hexagone, a été signé entre la préfecture locale, la Collectivité territoriale de la Martinique, et une batterie d'acteurs locaux, allant des distributeurs (hypermarchés et supermarchés notamment) aux parlementaires, en passant par le Grand Port maritime et le transporteur CMA-CGM (propriétaire de La Tribune).
« La baisse durable des prix de l'alimentaire résultera notamment, parmi d'autres, de l'entrée en vigueur de cinq grandes mesures de baisses structurelles des coûts d'achat et d'acheminement des 6.000 produits alimentaires importés (...), ainsi que d'un engagement ferme et obligatoire des grands distributeurs de réduire significativement leurs marges sur la vente de ces produits », a ajouté le préfet.
Mais la mobilisation devrait se poursuivre. Depuis début septembre, l'île antillaise de quelque 350.000 habitants est en proie à une mobilisation sociale qui a dégénéré en violences urbaines contre le prix des produits alimentaires, 40% plus chers que dans l'Hexagone.
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Ces dernières semaines, l'île a connu des pillages, des incendies, des blocages de routes; ainsi que l'envahissement de l'aéroport du chef-lieu Fort-de-France. Après un premier couvre-feu partiel du 18 au 26 septembre pour contenir les violences, le préfet a décrété une nouvelle interdiction de déplacement jusqu'au 21 octobre. « Il y a urgence à signer pour l'économie martiniquaise », avait déclaré le préfet en marge de la septième table-ronde mercredi. Il a également appelé à la « désescalade de la violence ».
Cet accord, arraché mercredi soir à Fort-de-France au terme d'un septième volet de négociations n'a toutefois pas été signé par le collectif Rassemblement pour la protection des peuples et des ressources afro-caribéens (RPPRAC), à l'origine de la mobilisation depuis le 1er septembre, qui a claqué la porte et appelé à « poursuivre le mouvement ».
« Le peuple en total désaccord (avec le protocole) a décidé de poursuivre le mouvement », a réagi immédiatement après l'annonce le RPPRAC. « On demande que le ministre (des Outre-mer) se déplace en Martinique. Tant que le ministre ne se déplace pas, personne ne pourra circuler » sur l'île, où se multiplient depuis plus d'un mois les barrages filtrants tenus par des militants, a déclaré devant ses partisans à la sortie des négociations le leader du mouvement, Rodrigue Petitot.
Si son collectif n'a pas signé l'accord, c'est parce qu'il souhaitait que la baisse des prix consentie par l'Etat et les divers acteurs locaux concerne « tout l'alimentaire » et pas seulement une cinquantaine de familles de produits. « On parle de 6.000 produits sur 40.000. (...) Tout le monde est d'accord sauf le RPPRAC », a lancé « le R » à ses militants rassemblés sous le bâtiment de la Collectivité territoriale de Martinique.
« On est ultra-déterminés. On maintient les blocages, on maintient tout. Le combat, c'est jusqu'à obtenir gain de cause », a-t-il martelé. Alors que ces derniers jours une nette accalmie s'était installée sur l'île, Rodrigue Petitot a prévenu : « On va faire tout ce qu'il faut faire pour que ce problème-là (de la vie chère) puisse être réglé ».
D'autant que la mobilisation fragilise le tissu économique de la Martinique. « J'espère qu'il n'y aura pas de débordements et de dérapages, parce que les entreprises martiniquaises, singulièrement les petites, ont payé un lourd tribut », s'est inquiété à l'issue de la signature Marcellin Nadeau, député du Nord de l'île, autour de la table mercredi.
Dans un communiqué, le Medef local a alerté sur les destructions d'emplois entraînées par les émeutes. Un total de « 171 bâtiments ont été impactées » et plus de 1.000 emplois sont d'ores et déjà directement menacés par les destructions et les pillages, selon ce communiqué. « Détruire les entreprises est contreproductif à tous points de vue », a ajouté le Medef, qui estime que « l'important différentiel de prix avec la France hexagonale est lié à l'éloignement géographique », alors que les acteurs de la distribution sont ciblés par les militants.
Par ailleurs, les entreprises d'outre-mer, au travers de la Fédération des entreprises d'outre-mer (Fedom), montent au front contre le projet de budget de la Sécurité sociale, qui prévoit la réforme de leur régime spécifique d'exonérations de charges patronales. En effet, le projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) prévoit une réforme profonde du régime des allègements de cotisations sociales patronales. En l'état, le texte s'applique également aux entreprises de six territoires d'outre-mer (Guadeloupe, Guyane, Martinique, La Réunion, Saint-Barthélemy et Saint-Martin), bénéficiant depuis 2009 d'un dispositif spécifique baptisé LODEOM.
Cette suppression du dispositif interviendrait dans un contexte économique difficile. Selon l'Iédom, l'organe de la Banque de France dans les outre-mer, les défaillances d'entreprises ultramarines ont augmenté de 19,1% sur un an entre juin 2023 et juin 2024. L'augmentation est particulièrement marquée à La Réunion, avec une hausse de 51,4% des défaillances.
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Comme les autres collectivités d'Outre-mer, la Guyane est confrontée à des prix plus élevés qu'en métropole. Mais le département français d'Amérique du Sud affronte aussi une pauvreté endémique, rendant la situation locale particulièrement critique. En Guyane, les écarts de prix moyens avec la France hexagonale sont de 13,7%, selon l'Insee, une proportion qui monte à 39,4% pour les produits alimentaires.
Mais dans le département français d'Amérique du Sud, la misère est bien plus ancrée. Plus de la moitié de la population (53%) vit sous le seuil de pauvreté, selon l'Insee, qui l'attribue à l'absence d'emploi - seuls 41% des 15-64 ans en ont un - et à l'importante immigration venue du Brésil, du Suriname ou de Haïti.
Côté grande distribution, seuls quelques acteurs se partagent le marché en Guyane. L'homme d'affaires Jan Du, PDG du groupe U en Guyane, et le groupe martiniquais Bernard Hayot, via les magasins Carrefour, dominent. Côté discount, l'enseigne Leader Price complète l'offre.
(Avec AFP)
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