Mesures du chômage, de l'inflation : les statisticiens règlent leurs comptes

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(Crédits : Stephane Mahe)
Face aux critiques, l'autorité de la statistique publique a récemment publié un avis sévère. Ces membres regrettent "ces polémiques [qui] ont en commun de sortir de la critique argumentée des méthodologies ou des résultats statistiques, pour instiller, à partir de jugements à l’emporte-pièce, une suspicion générale sans fondement quant à l’objectivité, la qualité et l’indépendance des statistiques publiques".

Les statisticiens ont décidé de contre-attaquer. Dans un document publié le 19 février dernier, l'autorité de la statistique publique a rendu un avis très sévère sur les nombreuses polémiques et critiques entachant la mesure de l'inflation et du chômage. "Quoique ayant chacune ses auteurs, son contexte et ses particularités, ces polémiques ont en commun de sortir de la critique argumentée des méthodologies ou des résultats statistiques, pour instiller, à partir de jugements à l'emporte-pièce, une suspicion générale sans fondement quant à l'objectivité, la qualité et l'indépendance des statistiques publiques" soulignent les auteurs de l'avis adopté à l'unanimité. La publication de plusieurs livres ces deniers mois ont alimenté la défiance à commencer par celui de Philippe Herlin intitulé "Pouvoir d'achat : le grand mensonge". Plus récemment, la publication de l'essai d'Emmanuel Todd "Les luttes de classes en France au XXIe siècle" a relancé les doutes à l'égard de l'indépendance des organismes producteurs de statistiques.

> Lire aussi : Le pouvoir d'achat en France et en Europe

Lutte contre les fake news et pédagogie

Accusés parfois de diffuser des "mensonges", les experts de l'institut national de la statistique ont mis en ligne un blog au mois de janvier visant notamment "à lutter contre la propagation d'informations fausses ou détournées." "Les contenus du blog auront l'ambition de contribuer à alimenter le débat public. Ils se voudront pédagogiques, d'un accès facile pour toutes celles et tous ceux qui ne sont pas forcément à l'aise avec les concepts de l'économie et de la statistique" explique le directeur général de l'Insee, Jean-Luc Tavernier.

L'inflation au centre des débats

Les débats autour de la mesure de l'inflation sont particulièrement vifs. Le démographe Emmanuel Todd dénonce une baisse du niveau de vie, un thème particulièrement débattu au moment de la crise des "gilets jaunes" et du grand débat au printemps 2019

"Le problème auquel la France doit actuellement faire face n'est pas la montée des inégalités. C'est la baisse du niveau de vie. Une baisse sans équivalent depuis l'après-guerre et peut être même depuis le début de l'ère industrielle. Et ce, alors même que l'Insee nous dit le contraire"écrit l'essayiste. [L'institut] a certes une mission d'information statistique objective mais, de fait, il est aussi sous le contrôle de ce pouvoir politique".

L'Insee est accusé de sous-estimer le poids du logement dans le calcul de l'indice des prix à la consommation. Face à ces critiques, l'économiste Benoît Ourliac a récemment publié un post de blog pour apporter plusieurs précisions.

"les critiques relatives à la prise en compte du logement dans l'indice des prix à la consommation (IPC) s'appuient sur la part des dépenses de logement dans l'IPC, qui s'élèverait à 6 %. Ce niveau peut légitimement susciter de l'incompréhension. Il faut tout d'abord rappeler que le poids des dépenses de consommation en logement au sein de l'indice des prix n'est pas de 6 % mais de 14 %, en tenant compte des loyers et des charges (eau, gaz, électricité, petits travaux d'entretien, etc.). 6 %, c'est ce que représente uniquement la part moyenne des loyers dans les dépenses de consommation de l'ensemble des ménages français".

Chômage et demandeurs d'emploi : des critères différents

Les débats autour de la mesure du chômage sont un vieux serpent de mer. Dans un article publié en 2019, plusieurs économistes de l'organisme public rappelaient que la France comptait 2,6 millions de chômeurs au sens du bureau international du travail alors que 3,4 millions de personnes étaient inscrites à Pôle emploi en catégorie A. "Deux situations peuvent expliquer ce phénomène : certaines personnes inscrites en catégorie A ne sont pas au chômage au sens du BIT et certains chômeurs au sens du BIT ne sont pas inscrits en catégorie A" indiquent les auteurs. En outre, la définition retenue par le bureau international du travail pour qualifier un chômeur n'est pas la même qu'une personne inscrite à Pôle emploi.

Retraites : un indicateur qui n'existe pas

La réforme des retraites qui devrait être votée avant l'été a également provoqué des remous dans les cercles de statisticiens. Récemment, le comité de mobilisation de la direction générale de l'Insee composé de syndiqués et non syndiqués a publié un hors-série sur l'indicateur évoqué par le gouvernement pour calculer l'indexation des points de retraites. Contactés par La Tribune, plusieurs membres du collectif ont exprimé leur surprise et leurs craintes à l'égard de cet outil. "Généralement, ce type d'indicateur est issu d'une demande sociale ou d'un groupe de réflexion"expliquent-ils. "La question est de savoir quels sont les revenus à prendre en compte dans cet indicateur". Plus récemment, un collectif de statisticiens de la Drees, un service du ministère de la Santé a également fait part de ses doutes sur la prise en compte de la pénibilité et les inégalités d'espérance de vie dans la réforme du gouvernement. Dans une note, les auteurs soulignent que "le prolongement de la durée du travail sera plus difficile pour les travailleurs des catégories sociales les moins aisées".

> Lire aussi : Retraites : le gouvernement face au casse-tête des inégalités

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Commentaires
a écrit le 05/03/2020 à 21:49 :
Ça fait penser aux chiffres de l'OMS sur les effets (malades, morts) de covid-19 : Trump dit "les chiffres sont faux, c'est mon intuition." Le ressenti des chiffres statistiques fait dire qu'ils sont faux vu qu'on ne le sent pas comme ça semble annoncé (j'ai deux voisins au chômage, ça donc être plus que l'INSEE dit, extrapolation très hasardeuse !). L'ennui est que quand on raisonne en statistiques, moyenne, c'est un élément mathématique, le salaire moyen, personne ne l'a, certains pouvant avoir 1 centime de plus, un autre de moins mais personne n'aura la vraie valeur officielle.
Ça me fait sourire quand il y a une baisse de chômage, nombreux disent que les chiffres sont faux, peu importe que moins de gens soient chômeurs [c'est positif, non ??], les chiffres sont erronés, le reste c'est pas le problème (si le chômage augmente, les chiffres seront faux aussi, tant pis pour les gens, des "détails" de la polémique).
Les indices sont globaux, les ordinateurs sont de moins en moins chers, ça joue un peu mais on n'en achète pas tous les ans, si les tomates augmentent, ça ne se verra qu'au millième (vu la quantité de prix qui sont intégrés dans la formule).
a écrit le 05/03/2020 à 14:07 :
Tout le problème de notre époque : des ploucs qui savent même pas calculer une variance ou un écart type qui racontent n'importe quoi, et sont largement relayés par certains médias ...tout devient un sujet politique avec des discussions de bistot...
Même chose pour la santé et l'économie...Heureusement qu'il y a des journaux comme La Tribune pour relayer des infos sérieuses !
a écrit le 05/03/2020 à 13:57 :
La part du logement a augmenter de 6%. Historiquement, c'est 25% des revenus du ménages (rapport Friggit : http://www.cgedd.developpement-durable.gouv.fr/prix-immobilier-evolution-a-long-terme-a1048.html). Cela le passe donc à 31% officiellement, nous sommes proches de 1/3 des revenus.
En moyenne, c'est probablement vrai, sauf que la la pression sur les faibles revenus reste plus importante que sur les haut revenus/propriétaires ayant éclusés leur crédit.
De plus, le fossé métropole/zone rurale est lissé, par cette moyenne :
* à Montdidier (Somme), je louer pour 600€ une maison récente en "centre ville"
* à Saint-Denis(93), je peux avoir 30 m2 ,
* à Paris, une piaule d'étudiant de 15 m2,
Nous le vivons tous au quotidien : nous habitons dans les zones urbanisés pour bénéficier des services qui sont absents ailleurs : hôpitaux, maternité, crèches, bonnes écoles et universités, proximité des transports... Cela rendre en jeux dans la plupart des choix d'installation, lorsque le prix laisse une marge de manœuvre au ménage.
a écrit le 05/03/2020 à 13:55 :
Je n'ai pas de doute sur le sérieux des statisticiens. Mais beaucoup plus sur la méthodologie. Il est toujours intéressant de lire celle ci avant de lire les chiffres. Pour l'inflation par exemple, le tabac n'est pas pris en compte et la composition du "panier moyen" est plus que critiquable. Mais surtout celui-ci change au grès du temps (et des gouvernements). Hors un outils statistique n'est fiable que s'il est figé dans ses critères?

Autre exemple, la statistique concernant la corruption parue il y a peu. La méthodologie repose sur le sentiment que les habitants d'un pays ont de la corruption dans leur pays. C'est écrit en préambule.
Malheureusement les journalistes reprennent les chiffres sans lire la méthodologie. Cela conforte ce que pense les habitants. On appelle cela une prophétie auto réalisatrice.
Réponse de le 08/03/2020 à 10:32 :
L'inflation se mesure aussi avec le déflateur du PIB, il n'y a pas que le "panier moyen".
a écrit le 05/03/2020 à 11:38 :
Faisons une analyse des propos de l'article :

"a prise en compte du logement dans l'indice des prix à la consommation (IPC) s'appuient sur la part des dépenses de logement dans l'IPC, qui s'élèverait à 6 %. Ce niveau peut légitimement susciter de l'incompréhension. Il faut tout d'abord rappeler que le poids des dépenses de consommation en logement au sein de l'indice des prix n'est pas de 6 % mais de 14 %, en tenant compte des loyers et des charges (eau, gaz, électricité, petits travaux d'entretien, etc.)."

MAIS ALORS que l'on nous explique

* pourquoi les Loueurs particuliers et les régies de location exigent elles que le loyer [hors edf gaz eau] ne dépasse pas 1/3 du salaire ?

* pourquoi les Banques utilisent-elles aussi ce ratio de remboursement de 1/3 du salaire ?

l'évidence
c'est que l'INSEE raconte et publie des balivernes

s'agissant de Pole Emploi [dépendance du Medef CAC 40]

a) les fameux emplois non pourvus n'EXISTENT PAS dans la vrai vie

ce qui existe c'est la "multi-publication" d'offres d'emplois, une offre peut avoir jusqu'à 4 ou 5 publications sous diverses "pseudos-offres"

b) les baisses de chômeurs annoncées ne sont que des bidouilleries carambouilleries de faux emplois, de radiations arbitraires, et de new-esclavage pour vidanger les statistiques ...

bref le l'Elysée Matignon Place Beauvau Bercy sont les véritables organisateurs des fakenews réelles

Pour le reste : PLEIN ACCORD avec VOUS CI-DESSOUS :

lachose a écrit le 05/03/2020 à 10:23 :
"explique le directeur général de l'Insee, Jean-Luc Tavernier".

On peut rappeler qu'il a contribué à la préparation du programme économique du candidat Sarkozy en 2007. Et de 2007 à 2009, il est directeur du cabinet d'Éric Woerth au ministère du Budget.
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Réponse de gonzague le 05/03/2020 à 11:03 :
vla les références! l'école de la magouille !

Du coup difficile de ne pas y voir l'amitié qui existe actuellement entre sarkozy et macron.....

Si sarkozy représente la France, cela dit aussi que le festival des mis en examens est quand même parlant !
a écrit le 05/03/2020 à 11:00 :
Pour moi les fakes news si l'ensemble des médias de l'utilisaient pas, nous en parlerions moins!

J'ai quand même tout un tas de problème avec l'entropie croisée que l'on fait des statistiques.
Sachant que l'impératif politique prime souvent sur la ventilation des dites statistiques.
Celles ci sont souvent dépendant des modèles données en terme d'incrémentation a travers des éléments qui peuvent être discutables!

Mais dans ce cas, je crois surtout que le média a sa responsabilité.

Les chiffres peuvent se croiser lorsque l'on peut avoir plusieurs sources pour corréler une information.

Lorsque l'on ferme les observatoires, que le change le système de réprésentation médiatique et qu'en plus ce sont des mêmes individus qui en tiennent les clefs, disons qu'en suite il ne faut pas se plaindre de la critique !
a écrit le 05/03/2020 à 10:49 :
"Quand on veut abattre son chien, on l'accuse de la rage"! C'est cette même méthode que l'on utilise pour casser tout ce qui est français!
a écrit le 05/03/2020 à 10:23 :
"explique le directeur général de l'Insee, Jean-Luc Tavernier".

On peut rappeler qu'il a contribué à la préparation du programme économique du candidat Sarkozy en 2007. Et de 2007 à 2009, il est directeur du cabinet d'Éric Woerth au ministère du Budget.
Réponse de le 05/03/2020 à 11:03 :
vla les références! l'école de la magouille !

Du coup difficile de ne pas y voir l'amitié qui existe actuellement entre sarkozy et macron.....

Si sarkozy représente la France, cela dit aussi que le festival des mis en examens est quand même parlant !
a écrit le 05/03/2020 à 9:24 :
franchement ce communiqué n'apporte aucun éclairage, a-part dire "on fait bien notre boulot sans ingérence extérieur" ils n'expliquent rien qu'on ne sache déjà notamment sur les différences des chiffres du chômage entre INSEE et Pôle Emploi (en omettant de dire que les chiffres de l'INSEE sont basés sur une enquête téléphonique)
par ailleurs vous devriez mettre un lien vers le site de l'INSEE pour que les gens prennent connaissance du billet de l'économiste Benoît Ourliac, il rappelle qu'il ne s'agit que d'une MOYENNE, et qu'il faut donc comme pour le chômage ne pas regarder seulement un chiffre ,8.1%, mais aussi le "halo autour du chômage" (ce que rappellent de leur coté les statisticiens)
ce que je trouve dommage c'est que seuls Herlin et Todd (qui posent d'ailleurs de bonnes questions) soient mis en cause alors que sans arrêt les pouvoirs publics tentent d'embellir les résultats économiques en affichant des chiffres MOYENS ponctuels (quand ils sont bons, quand ils ne sont pas bons c'est la faute des autres, grèves, coronavirus, etc..)
Réponse de le 05/03/2020 à 11:05 :
La moyenne permet sans ventilation de pouvoir expliquer les choses a l'inverse de ce qu'elle sont.
Cela permet aussi de déshumaniser les chiffres.

Encore une fois, du coup la moyenne est importante pour ceux qui tiennent le micro, cela permet tout!

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