Retraites : le gouvernement face au casse-tête des inégalités

Une enquête du Centre d'études de l'emploi et du travail (CEET) rattaché au CNAM montre que l'individualisation des parcours promue par la réforme des retraites risque de renforcer les inégalités au moment de la retraite.
Grégoire Normand

5 mn

(Crédits : GONZALO FUENTES)

Alors que les débats parlementaires s'enlisent à l'Assemblée nationale, un collectif d'économistes rattaché au Centre d'études de l'emploi et du travail (CEET) vient de rendre publique une étude éclairante sur les possibles répercussions de la réforme des retraites. Le gouvernement a promis un système universel par points destiné à remplacer le système actuel jugé "peu lisible, inégalitaire et dont l'avenir pose question" d'après l'étude d'impact qui accompagne le projet de loi. "Chaque euro cotisé [ouvre] les mêmes droits, quel que soit le statut du travailleur et dès la première heure travaillée"a promis l'exécutif.

En outre, cette universalité reposerait sur le calcul du montant de la pension étendu à l'ensemble de la vie active et non plus sur les 25 dernières années pour les carrières du privé. Pour l'équipe de chercheurs, ce principe d'équité est loin d'être assuré. Si de nombreuses incertitudes persistent notamment sur le calcul du point et le coût de la réforme, les éléments présentés dans l'épaisse étude d'impact et le projet de loi laissent les économistes perplexes.

"Loin de se caractériser par un principe d'"universalité", le nouveau mode de calcul alimente in fine une logique d'individualisation des politiques sociales : en effet, il repose sur l'idée que la pension doit refléter au plus près les contributions individuelles tout au long de la carrière, au risque de reproduire de fait les inégalités socioprofessionnelles qui structurent le marché du travail".

Un risque de reproduction des inégalités

Dans leurs travaux, les économistes expliquent que les travailleurs précaires devraient être particulièrement touchés par la réforme. Les chômeurs, les personnes en reconversion ou sur des périodes de transition, pourraient être confrontés à une diminution de leurs pensions. "Certaines dispositions qui permettaient de valider des trimestres pendant les périodes d'inscription comme demandeur.ses d'emploi sont supprimées et le revenu sur lequel sont assises les cotisations retraite n'est plus l'ancien salaire - qui servait de base au calcul de l'allocation chômage - mais le montant de l'indemnisation ou de l'allocation perçue pendant les périodes de chômage (réduite à zéro pour les chômeur.ses de longue durée)" soulignent les auteurs. Le futur système actuellement débattu à l'assemblée pourrait donc pénaliser les profils les plus fragiles, or une récente enquête de l'Insee montre que le système actuel des retraites limite la pauvreté des nouveaux retraités et tend à réduire les écarts de niveau de vie.

> Lire aussi : Les retraités moins touchés par la pauvreté que le reste de la population

Un risque de fracture entre les générations

Les jeunes actifs ont été en première ligne lors de la grande crise de 2008 et la crise des dettes souveraines de la zone euro. Selon de récents chiffres de l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), le taux de chômage des jeunes de moins de 25 ans au sens du BIT s'élevait à 20,8% en 2018 contre 9,1% pour toutes les autres catégories. Les jeunes les moins qualifiés ou déscolarisés très tôt sont particulièrement concernés par ce phénomène de chômage de masse. Chez les plus diplômés, l'insertion professionnelle s'est également durcie avec un accès à un emploi stable qui prend plus de temps.

Selon une bulletin de recherche du Cereq publié à l'automne 2019, 87% des titulaires d'un master 2 obtenu en 2010 étaient en emploi stable 7 ans après la fin de leurs études contre 93% de la génération 98. En moyenne, "7 ans après la sortie du système scolaire, seule la moitié de la génération 2010 occupe une situation professionnelle stable, contre deux tiers de la génération 1998, rendant le cumul des points incertain de plus en plus longtemps"expliquent les économistes du CEET. La multiplication des contrats courts lors des premières embauches ces dernières années risque de pénaliser les générations les plus récentes dans le contexte de la nouvelle réforme.

> Lire aussi : Emploi : une insertion plus chaotique pour des jeunes plus diplômés

La pénibilité, grande source d'inquiétude

Le sujet de la pénibilité est au centre des inquiétudes. Outre les écarts d'espérance de vie entre les différentes professions, les chercheurs indiquent que la réforme devrait prolonger les effets de la loi travail de 2016, qui a exclu quatre des dix critères de pénibilité fixés par une loi de 2010. Il s'agit de l'exposition aux agents chimiques dangereux, aux postures pénibles, aux manutentions de charges lourdes et aux vibrations mécaniques. L'exposition aux risques est loin de concerner toutes les catégories socioprofessionnelles. Ces risques se concentrent avant tout sur les ouvriers. "[Ils] représentent environ 20% de la population active On peut considérer que le futur système de retraite ne prendra que très partiellement en compte la pénibilité, et donc les enjeux de santé publique et d'égalité sociale qui lui sont liées : les ouvrier.e.s ont une espérance de vie en bonne santé inférieure de 10 ans à celle des cadres supérieurs. Ainsi, l'argument de l'« universalité » s'en trouve affaibli" résument les auteurs.  De son côté, l'étude d'impact du gouvernement prévoit une extension du compte professionnel de prévention aux fonctionnaires et aux salariés des régimes spéciaux. "Ce sont 200.000 personnes supplémentaires qui pourront bénéficier de points dans le C2P" soulignent les auteurs de l'étude. Si la CFDT a souligné que c'était "une avancée", le recul de l'âge de départ à la retraite pour certaines professions pourrait accroître certaines disparités.

Grégoire Normand

5 mn

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Commentaires 32
à écrit le 29/02/2020 à 12:19
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Cet anéantissement des retraites, signé Macron, Blackrock, cfdt est mortifère pour tous les Français qui doivent travailler pour vivre .

à écrit le 29/02/2020 à 0:37
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Le casse tête vient du fait que le problème est mal posé : on veut résoudre avec le même outil deux problèmes dont les logiques sont très différentes : 1/ assurer à tout contribuable un même socle minimum de revenu (qui appelle une solidarité instan...

à écrit le 27/02/2020 à 20:50
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Le gouvernement est aussi en face du casse tête .. qu est son arrogance qui agace les Francais au plus haut point .. et de ce fait rends plus trop crédible toute ses initiatives..

le 29/02/2020 à 13:19
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Macron ministre avait déjà perdu toute crédibilité avec la loi travail... C'est juste les français qui ont voté pour lui qui devraient se remettre en cause !!!

à écrit le 27/02/2020 à 18:53
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Bon, sachant qu'il ne maîtrise pas la méta structure, qu'il fonctionne exactement comme le produit finalement de ce que nous avons financé, ancien du parti socialiste, après la dérive identitaire, voici la dérive absolutiste. Ce qui pose problème ...

à écrit le 27/02/2020 à 17:44
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Ce n' est pas Jupiter mais Napoléon...Il avance à marche forcée , 22 ans d'inaction de ses prédécesseurs pas de temps à perdre , d' ailleurs pourquoi le 49.3 n' a toujours pas été utilisé . Pour son deuxième mandat , il ne restera plus que le mammout...

le 28/02/2020 à 12:51
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Napoléon a fini ses jours sur une île lugubre et glaciale... seule consolation. La France a pleuré plus de 500 000 morts, dont la plupart des jeunes hommes en bonne santé. Sans compter les autres pays (environ 2 millions morts ). Napoléon a re...

à écrit le 27/02/2020 à 17:44
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pour qu'elle raison la macronie refuse la création d'entreprise exp Soissons ou la députe la rem et les élus du même bord fond des pétitions pour refuser la création d'une entreprise et surtout des emplois

à écrit le 27/02/2020 à 17:22
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C'est une loi mal ficelé a souhait, pour que chacun trouve ses avantages immédiats sans approfondir "quoi que ce soit" et que tous y perdent au final en pensant que c'est la faute des autres! Toujours ce principe de diviser pour mieux manipuler en ne...

à écrit le 27/02/2020 à 16:31
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Et comment concilier retraites et voeux des français quand deux Français sur trois pour l’organisation d’un référendum ? Deux Français sur trois (67 %) sont favorables à l’organisation d’un référendum sur la réforme des retraites, et une major...

le 27/02/2020 à 20:21
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La pratique référendaire me parait détestable car elle vise à donner une réponse binaire à des questions complexes, si bien que les électeurs répondent souvent à côté de la réponse posée... si ce n'est pour sanctionner l'exécutif en place. Les frança...

à écrit le 27/02/2020 à 13:06
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Evidemment, tout dépend de la définition que l'on donne à égalité. Dans notre devise, rappelons que cela signifie simplement (et rien de plus) égalité devant la Loi. Et devant la bronca de certains de nos compatriotes, on se prend à rêver que l'Etat ...

à écrit le 27/02/2020 à 13:01
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FINI LA PROMOTION : -En commençant bas et en finissant haut, les 25 meilleures années étant abolies, les méritants, sont ainsi pénalisés : les 1000 à 1500 eur des premières années feront dégringoler la retraite. -Pour une " bonne retraite "...

à écrit le 27/02/2020 à 12:54
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Nous sommes un pays bien curieux. Nous sommes capables de lister comme dans cet article toutes les inégalités de la vie, mais au lieu de les régler à la source, nous demandons au seul système de retraite de réduire ces inégalités qui ont été accumulé...

le 27/02/2020 à 13:31
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Bonjour, d'accord avec vous pour lutter contre les mécanismes qui créent l'inégalité (il faut commencer avant même la première scolarisation). Mais cela ne se fera pas en jouant sur un seul levier, ni en 1 an.... donc en attendant, NE DETRUISONS PA...

le 27/02/2020 à 14:17
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c 'est le prix de la flexibilité selon les progressiste.....prime d activité pour les bas salaires.... je ne parle même pas des temps partiels.....demain on en sera au revenu universel......pour que les salaires soient encore plus... "compétitifs"......

à écrit le 27/02/2020 à 12:00
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Les LREM s'en tapent de ces rapports successifs défavorables à leur réforme ,ils doivent appliquer la directive européenne ,point.Le but est juste de liquider le système actuel pour mettre en place des fonds de pension.N'oublions qu'il s'agit d'une b...

à écrit le 27/02/2020 à 11:40
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Il est bien évident que montant total des pensions de retraite versées à un moment donné ne peut être supérieur aux cotisations collectées au même moment. C'est le principe de la retraite par répartition. Il y a en premier lieu un minimum vieillesse ...

à écrit le 27/02/2020 à 10:18
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Comme notre Président le veut, j'ai investi en bourse pour ma retraite. Quelle chance que j'ai aujourd’hui de partir à la retraite avec ce placement fétiche. Le coronavirus 19 ne m'a jamais autant rapporté. Depuis le 21/02/2020 le CAC 40 a chuté de 5...

le 27/02/2020 à 11:01
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La bourse est un investissement de long terme. Sur un an il a pris près de 1000 points... avant de connaitre la petite rechute connue. Sur le long terme on est toujours gagnant. Un € investi en épargne retraite basée sur la bourse en 1982 permet de s...

le 27/02/2020 à 20:44
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A Bruno Oui sur le tres tres long terme Quand tu a pris le 11/09 tu viens juste de t en remettre .. et tu prends un coup de Sras puis de subprime etc etc.. le long terme .. bof

à écrit le 27/02/2020 à 10:05
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il faut reduire les inegalites en obligeant les agents de la sncf a partir a 65 ans a la retraite comme tout le monde ( et pas a 30 ans comme c'est souhaite) il faut reduire les inegalites en proposant une retraite des fonctionnaires bases sur les 3...

le 27/02/2020 à 11:37
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le moins que l'on puisse dire c'est que vous ne maitrisez pas le sujet !!!

à écrit le 27/02/2020 à 10:03
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Puisqu'on vous dit sur c'est une mauvaise réforme ! Il faut avoir un égo surdimensionné pour penser qu'au bout de 3 ans d'un mandat où on a été élu par défaut avec moins de 25% de "croyants" on a acquis l'expérience pour repenser un système de retra...

à écrit le 27/02/2020 à 9:35
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Quand on va enfin voir le gain d'environ 30% pour les hauts fonctionnaires et certains catégories A, les français comprendront la perversité de l'intégration des primes pour la retraite des fonctionnaires.

le 27/02/2020 à 11:09
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L'anomalie était que la rémunération des hauts fonctionnaires est excessivement constituée de primes et non de salaire de base.

à écrit le 27/02/2020 à 9:22
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Encore et toujours, cette obsession des inégalités en France. Rappelons que les inégalités ont toujours existé, et ne choquaient personne quand le niveau de vie général était bon. La pauvreté s'installe ? C'est la faute aux inégalités ! On n'ira pas ...

le 27/02/2020 à 11:11
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La seule égalité légitime est l'égalité des chances. Les inégalités économiques sont parfaitement légitimes et indispensables à l'efficacité économique.

à écrit le 27/02/2020 à 8:56
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Il me semble nécessaire de se remettre à l'ouvrage pour une affaire qui touche tant de personnes de toutes conditions.. Une idée (et je sors) plafonner les retraites par répartition à 4000 euros par foyer fiscal. En outre, l'absence de perspectives d...

à écrit le 27/02/2020 à 8:27
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"les ouvrier.e.s ont une espérance de vie en bonne santé inférieure de 10 ans à celle des cadres supérieurs" Et ce n'est pas parce qu'ils ne font que boire et fumer comme l'a dit un énième inculte des LREM hein... Mais je vous dis la grande q...

le 27/02/2020 à 11:33
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Quel mépris !!.....

le 27/02/2020 à 18:22
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@ Multipseudos: Quel mépris envers qui ??? Envers la classe politique dans son ensemble ? Plus du dégoût que du mépris...

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