Nouvelle-Calédonie : cinq chiffres à savoir sur une économie fragile

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Vaste de 1,4 million de kilomètres carrés, la Zone économique exclusive (ZEE) du Caillou, deux fois et demi la superficie de l'Hexagone, recèle en outre d'immenses potentiels économiques: pêche, énergies marines renouvelables, réserves minière, micro-algues.
Vaste de 1,4 million de kilomètres carrés, la Zone économique exclusive (ZEE) du Caillou, deux fois et demi la superficie de l'Hexagone, recèle en outre d'immenses potentiels économiques: pêche, énergies marines renouvelables, réserves minière, micro-algues. (Crédits : Reuters)
La Nouvelle-Calédonie doit décider ce dimanche lors d'un référendum d'autodétermination si elle reste française ou elle devient indépendante. Au-delà du scrutin, l'économie de l'archipel reste très dépendante des cours mondiaux du nickel et souffre d'un coût de la vie prohibitif.

Plus de 20 ans après la signature de l'accord de Nouméa, les 175.000 électeurs inscrits sur les listes sont appelés dimanche à se prononcer par un référendum  à la question : "Voulez-vous que la Nouvelle-Calédonie accède à la pleine souveraineté et devienne indépendante? " À quelques heures du scrutin, les derniers sondages indiquent une large victoire pour le camp du "non", crédité de plus de 60% des voix. Mais les indépendantistes et non-indépendantistes restent prudents sur l'issue du vote. Au-delà de la question de l'indépendance, l'économie calédonienne demeure très fragile. Si l'archipel a bénéficié d'une prospérité dans les années 2000, les fluctuations des cours mondiaux du nickel ont eu des répercussions sur la situation économique du territoire et ses finances publiques, contribuant ainsi à creuser les inégalités.

1- 8% des réserves de nickel de la planète

D'un point de vue économique, le nickel produit en Nouvelle-Calédonie représente environ 8% des réserves mondiales selon un rapport de l'institut d'émission d'outre-mer (IEOM). Ce qui la place en quatrième position derrière l'Australie (24%), le Brésil (15%) et la Russie (9%). Malgré un poids considérable dans les exportations, l'économie du nickel reste très fébrile. Les prix demeurent très volatils. En 2007, le poids de la tonne de nickel avait atteint un niveau exceptionnel de 54.000 dollars US. À l'époque, cette industrie représentait 20% du PIB calédonien. Depuis, cette part diminue régulièrement au profit des services. Entre 2011 et 2015, le prix de la tonne n'a pas dépassé les 22.000 dollars et l'activité du nickel ne représenterait plus que 5% du PIB et 6% des effectifs salariés.

Pour sortir de cette impasse, le Medef Nouvelle-Calédonie préconise de sortir du "tout nickel" et favoriser le développement de filières nouvelles autour de la biodiversité, du développement durable, du tourisme et du numérique. Cette diversification permettrait à l'économie calédonienne d'être moins dépendante de cette ressource. Dans un rapport sur la situation économique de la Nouvelle-Calédonie, plusieurs économistes de Sciences Po expliquaient en 2012 que "la Nouvelle-Calédonie dépend trop de ressources extérieures. Qui plus est, ces ressources sont cycliques, car elles évoluent au grès des cours mondiaux du nickel dont les variations ont été très importantes sur la décennie. Les prix élevés sont un symptôme de dysfonctionnements importants d'une économie qui doit se moderniser."

> Lire aussi : Nouvelle-Calédonie : la chute du prix du nickel exacerbe les enjeux politiques et économiques

2- L'administration représente 18% du PIB

Le secteur public représente un poids non négligeable dans l'économie locale. Selon un rapport de l'institut d'émission d'outre-mer, le secteur des administrations publiques représente 18,6% du produit intérieur brut de l'archipel. "Sa contribution a reculé de 5 points en 10 ans, mais reste toujours supérieure à celle enregistrée en France métropolitaine (16,9 % en 2014)."

En termes d'emploi, le secteur public était le seul l'année dernière qui continuait de créer des emplois "grâce à l'ouverture du Médipôle, la création de nouvelles filières d'enseignement supérieur et l'accroissement des forces de sécurité (policiers, gendarmes)." Ce dynamisme permet de compenser les destructions d'emplois dans le secteur privé en 2017, notamment dans la construction et l'industrie manufacturière. L'administration arrive ainsi en seconde position derrière les services marchands (40%), puis arrivent le commerce (11%) et enfin le BTP (11%).

3- 28.571 euros

C'est le Produit intérieur brut par habitant enregistré en 2016. Les habitants de Nouvelle -Calédonie ont un niveau de vie relativement élevé. "En 15 ans, il a été multiplié par 1,7, et dépasse depuis 2007 la moyenne de la France de province, à un niveau équivalent au PIB par habitant des Pays de la Loire, quatrième au classement des régions françaises (hors Ile-de-France)" souligne le rapport précité . Surtout, la richesse produite par habitant est bien supérieure à celle produite dans les autres territoires de la région. Selon une étude de la Maison de Nouvelle-Calédonie, "le PIB par habitant de la Nouvelle-Calédonie est huit fois supérieur à celui des îles Fidji, 17 fois celui de son plus proche voisin le Vanuatu et 30 fois plus élevés qu'en Papouasie Nouvelle-Guinée." Cependant, cet avantage peut également avoir des contreparties. En effet, le coût de la vie est bien supérieur à celui métropole. Selon des estimations issues du précédent document, les prix seraient de 30% à 70% plus élevés qu'en Ile-de-France. Ce différentiel a des conséquences désastreuses sur le pouvoir d'achat des ménages modestes.

4- 36% de chômage chez les jeunes

Sur ce territoire qui compte 278.000 habitants, le taux de chômage au sens du bureau international du travail (BIT) s'est élevé à 11,6% en 2017, ce qui représente 14.900 personnes. Ce qui restait plus élevé que la France pour la même période (8,6% de la population active) mais largement inférieur à celui des autres territoires d'outre-mer rappelle l'IEOM.

En revanche, la situation des jeunes sur le marché du travail demeure préoccupante. En effet, le chômage des jeunes (15-25 ans) s'élève à 36% contre 22% dans la France entière. Du côté des femmes, le niveau de chômage s'élève à 15,7% contre 13,9% pour celui des hommes. La principale difficulté évoquée par les entreprises lors des enquêtes reste le manque de qualification de la main-d'oeuvre.

5- 17% de pauvreté

Malgré un PIB/habitant relativement élevé, la pauvreté persiste sur ce territoire. Selon les derniers chiffres disponibles, 17% des foyers calédoniens vivraient sous le seuil de pauvreté relatif, soit 53.000 personnes, dont un tiers d'enfants de moins de 14 ans. Dans cette moyenne, il existe de fortes disparités. Le taux de pauvreté dans la province Sud est d'environ 9% quand celui de la province Nord s'élève à 35% et celui aux Iles Loyauté à 52%.

Par ailleurs, les inégalités sont bien plus marquées qu'en métropole. Les écarts de revenus sont environ deux fois plus élevés qu'en métropole. "Le rapport inter-décile, qui mesure l'écart entre les revenus des 10 % les plus riches et les revenus des 10 % les plus modestes, est estimé à 7,9 contre 3,6 en Métropole et 5,8 pour l'ensemble des DOM" informe le rapport. Enfin, le coefficient de Gini (*) qui s'élève à 0,42 (contre 0,29 en métropole) témoigne d'une situation critique. Ces résultats rapprocheraient la Nouvelle-Calédonie des pays émergents, voire des pays pauvres expliquent les auteurs du rapport.

> Lire aussi : "La Nouvelle-Calédonie reste une économie de comptoir "

L'indice (ou coefficient) de Gini est un indicateur synthétique d'inégalités de salaires (de revenus, de niveaux de vie...). Il varie entre 0 et 1. Il est égal à 0 dans une situation d'égalité parfaite où tous les salaires, les revenus, les niveaux de vie... seraient égaux. À l'autre extrême, il est égal à 1 dans une situation la plus inégalitaire possible.

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Commentaires
a écrit le 05/11/2018 à 14:55 :
Quand on parle d'économie fragile c'est aussi le cas de la France, sous la tutelle de cet administration qu'est l'UE de Bruxelles, qui se répercute sur les Don-Tom!
a écrit le 05/11/2018 à 9:19 :
Le risque majeur en Nouvelle Calédonie n'est pas économique, mais politique. Je crains qu'émerge une dictature comme cela existe dans de nombreux petits pays. Les électeurs devraient penser à ça quand ils voteront. Chaque région du monde vois ses cultures autochtones évoluer. C'est dans l'ordre normal des choses que les cultures s'adaptent, ce n'est pas pour autant qu'on perd son identité. La culture Kanak ne disparaîtra pas en restant Française - les bretons existent toujours, les corses, les occitans, les auvergnats, les savoyards, les alsaciens, les basques, les chtis... L'intégrisme culturel des "guides" autoproclamés des communauté et le replis sur soit sont bien plus dangereux que l'appartenance à une communauté franco-européenne.
Réponse de le 05/11/2018 à 13:28 :
Même si les identités régionales ont parfois été malmenées pendant la "francisation" au XIXeme siècle , les bretons, les corses, les occitans, les auvergnats, les savoyards, les alsaciens, les basques, les chtis n'ont jamais subi le statut de l'indigénat. Les kanaks, si, et ce jusque 1945.

Rappelons que les "indigènes" étaient interdits de déplacement et de droit de propriétés et ne bénéficiaient de quasiment aucune protection légale.
En conséquence de quoi ils ont été soumis à des déportations, des spoliations foncières, des travaux forcés, des punitions collectives et des taxations aléatoires.

En 1945 mon grand-père avait 42 ans, mon père 12, c'était hier ! Les souvenirs remontant à cette époque ne sont pas cicatrisés dans la population.

De 1945 à 1988 , même si le statut juridique a été formellement abrogé, l'état français n'a pas fait grand chose pour faire du rattrapage social et économique, et à partir des années 70 ça a bouillonné et en 84 ça a pété.

La culture kanak est très éloignée celle des métropolitains. La néo-calédonie est à l'autre bout de la planète, son histoire n'est pas européenne, ni sa langue, ni son climat, ni ses racines.

Pour faire court, les kanaks ne sont pas des européens. Mais ils sont tout a fait capable d'apprécier et d'appliquer les notions de liberté, égalité, fraternité. Ils comprennent tout l'intérêt du progrès mais refusent de couper le lien entre l'homme et la nature. Ce que les européens ont fait depuis longtemps.

Les kanaks ne seront jamais des français comme les autres mais ils ont leur place en France. Ils bénéficient d'une marge autonomie juridique basée sur les structures ancestrales et se débrouillent entre eux plutôt bien.

Ce qui reste à réussir c'est l'intégration économique et politique en ce qui concerne le territoire néocalédonien et la France métropolitaine.
Réponse de le 05/11/2018 à 16:10 :
Relis l'histoire de France. Mes ancêtres ont été esclave, il y a de cela plusieurs siècles je te l'accorde. La révolution Française ne c'est pas produite pour rien. L'esclavagisme a existé sur tous les continents et à toutes les époques. Ce n'est pas une exception européenne. Les bretons par exemple se sont battu contre le roi de France qui venait les conquérir, et le massacre a été tel que les belligérants ont se sont vu obligés de négocier un traité qui accordait des droits particuliers aux bretons en échange de leur adhésion au royaume de France. Les kanaks sont loin d'être un peuple particulier. Leur histoire ressemble à celle des autres pays, avec seulement un décalage dans l'histoire. Tu dis que les Calédoniens savent se débrouiller, mais tu exige que la France développe ta région. Contradiction. Sache que les régions de la métropole doivent se débrouiller toutes seules pour se développer du fait de la décentralisation, entre autres. A l'époque des colonisations, les anglais et les hollandais étaient bien pire que les français. Au point que des iles et des pays se sont volontairement mis sous protectorat de la France. Qu'est-ce qui te permet de croire que les métropolitain sont loin de la nature. Il y a encore chez nous des pécheurs, des chasseurs, des fermiers, de magnifiques paysages, des montagnes et un littoral que le monde entier vient visiter. Tu critique la france car en fait tu ne la connais pas.
Réponse de le 05/11/2018 à 17:04 :
Pov' chou de breton ...
La Bretagne outragée ! , la Bretagne brisée !, la Bretagne Martyrisée , mais la Bretagne Libérée !

Allez tous avec Pluto!

Ils ont des chapeaux ronds, Vive la Bretagne !
Ils ont des chapeaux ronds, Vive les Bretons !

Mon grand-père et ma grand-mère.....

MDR !
Réponse de le 05/11/2018 à 18:21 :
Pluto tutoie quand il pense avoir affaire à un Kanak.

Pluto donne des leçons d'histoire quand il.....

Pluto justifie les statuts discriminatoires dans les colonies maintenus jusqu'en 1945, par l'esclavage en métropole (aboli en France depuis 1315 par Louis X).

Pluto considère les kanaks comme des arriérés (pourtant il ne manquent pas de cases... ok, je sors).

Pluto prend les bretons contemporains pour un peuple de chasseurs cueilleurs.

Et pour finir, Pluto fait des concours de carte postale pour prouver que la côte de granite c'est plus joli que les lagons, et les montagnes plus hautes que le massif de corail.

C'est à mourir de rire.
a écrit le 05/11/2018 à 8:54 :
les francais devraient pouvoir voter si eux aussi sont d'accord que la NC reste en france.......
Réponse de le 05/11/2018 à 11:50 :
C'est l'évidence même, car le coût de ces territoires est astronomique pour la métropole, comme l'était déjà celui des colonies (ce qui n'empêche pas un petit nombre d'en tirer de gros profits).
a écrit le 04/11/2018 à 8:36 :
La France a injecter beaucoups d'argents dans cette île , mais cela n'a pas beaucoups changer pour les kanak car cela n'a pas cree d'emploi.... Maintenant la question est de savoir s'il n'est pas plus simple de vivre des allocations que dè travailler ... Mais bon sa s'est une autre histoire ...
Le retour à l'indépendance s'est une promesse d'une vie mehieure, mais juste une promesse car souvent les 50 annees suivents sont bien plus difficile... Arret dè l'argent facile, et nouvelle répartition des richesses et des emplois.... Souvent seux qui n'avait rien se retrouve avec moins encore....
a écrit le 03/11/2018 à 17:30 :
Pourquoi les médias ne nous parlent-ils de ce referendum que depuis quelques jours ?
a écrit le 03/11/2018 à 16:19 :
En même temps, avec tout le pognon que l'exploitation du nickel a rapporté à l'État français et a certains français en 165 ans de colonisation, le bilan en faveur de l'État français me parait bien maigre: Manger a sa fin ne suffit pas, compte tenu du niveau de ressources du territoire, les kanaks devraient pouvoir vivre mieux: Éducation, emploi, logement,...
a écrit le 03/11/2018 à 8:06 :
17% de pauvreté, tres relative la pauvreté monetaire. Le kanak qui vit en tribu, il a sa maison son lopin, il peche, il chasse le serfeu (ou le veau, ça coure moins vite). Je suis ur qu'avec l'equivalent de 300 a 400 euros par mois il s'en sort tres bien même si le pays est cher.
Y a bien du monde qui aimerai etre pauvre comme ça.
Réponse de le 04/11/2018 à 9:02 :
A Jeannot le lapin.
C'est, j'en suis sur du 2nd degre ?
Le Kanak et sa tribu....
Réponse de le 04/11/2018 à 11:24 :
D'ailleurs c'est bien connu, ils vivent dans des terriers, sont vétus de pagnes en feuilles et ne savent pas se servir d'un téléphone...

Faut arréter le délire raciste.
Les kanaks roulent en voiture, cultivent avec des engins mécanisés, ont des frigos et des téléphones et ont des factures à payer.

Et comme presque tout est importé, c'est pas plus donné aux kanas qu'aux caldoches..
Réponse de le 04/11/2018 à 16:20 :
Vous avez bien raison, que ce soit eec ou enercal c'est pas donné

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