Présidentielle : le programme budgétaire du candidat Macron vire au casse-tête

Le candidat Macron a promis 30 milliards d'euros de nouvelles dépenses et quinze milliards d'euros de baisse d'impôts chaque année s'il est réélu à la prochaine élection présidentielle. En annonçant le retour du "sérieux budgétaire" avec un déficit inférieur à 3% en 2027, le chef de l'Etat prend un risque de ne pas tenir sa promesse en multipliant les chèques tous azimuts dans le contexte d'une inflation amenée à durer et d'une croissance moins forte qu'espéré. A la fin de l'année 2021, le solde budgétaire était de 7% du PIB.
Grégoire Normand
Le candidat Emmanuel Macron lors de la présentation de son programme à Aubervilliers la semaine dernière.
Le candidat Emmanuel Macron lors de la présentation de son programme à Aubervilliers la semaine dernière. (Crédits : Reuters)

À peine dévoilé, le programme budgétaire du candidat Macron serait-il déjà caduc ? Lors de la présentation de son programme la semaine dernière à Aubervilliers, le prétendant à son propre siège a dessiné les grandes lignes de la trajectoire budgétaire du prochain quinquennat s'il est réélu. Emmanuel Macron a annoncé qu'il voulait  commencer à rembourser la dette publique en 2026 et repasser sous la barre des 3% en 2027. Dans le même temps, il a estimé le coût de son programme à 50 milliards d'euros par an et a affirmé qu'il voulait faire 15 milliards d'euros de baisses d'impôts chaque année réparties équitablement entre les ménages et les entreprises.

Du côté des dépenses nouvelles, il a promis douze milliards d'euros supplémentaires pour l'éducation, 10 milliards pour la transition écologique et 8 milliards d'euros pour la santé. Il a également promis le plein emploi (chômage à 5%) à l'horizon 2027 qui permettrait un gain pour les finances publiques de 15 milliards d'euros.

Sauf que la guerre en Ukraine pourrait bien changer la donne. En effet, les prévisions du budget 2022 sont largement dépassées. Au moment du vote du budget en fin d'année 2021, les comptables de Bercy tablaient sur une croissance du PIB de 4% en 2022. En outre, la pandémie, les mesures du "quoi qu'il en coûte" et le plan de résilience présenté la semaine dernière ont fait exploser les chiffres de la dette publique estimée dorénavant à plus de 115% du PIB et ceux du déficit à 7% du PIB.

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Macron veut poursuivre la politique du "sérieux budgétaire"

Après deux longues années de pandémie, le candidat à l'Elysée veut faire preuve de "sérieux budgétaire" assure un pilier de la campagne du candidat. Lors de sa présentation à la presse, le chef de l'Etat a affirmé qu'il voulait faire passer sa réforme des retraites en priorité dès le début du quinquennat avec un texte présenté au Parlement avant la fin de l'été. Parmi les autres grands chantiers fiscaux avancés figurent la baisse des impôts de production (suppression de la cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises/7 milliards d'euros), déjà amorcée depuis la pandémie (10 milliards d'euros par  an), des économies sur les dépenses de fonctionnement des collectivités (10 milliards d'euros) avec "des mutualisations" et des contractualisations entre l'Etat et les collectivités.

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Des prévisions de croissance en baisse pour 2022

Même s'il est encore tôt de mesurer l'ensemble des répercussions de la guerre en Ukraine sur l'économie française, la dégradation de la conjoncture va forcément peser sur la croissance de 2022. La plupart des économistes et instituts de conjoncture ont récemment abaissé leurs prévisions de croissance du produit intérieur brut (PIB) en 2021. Après seulement un mois de conflit, les économistes tablent entre 0,5 et 1 point de moins de croissance. La perspective d'un conflit à rallonge pourrait empirer ces pertes. Dans ce contexte, l'objectif du plein emploi pourrait également devenir plus compliqué à atteindre. Après avoir embauché à tour de bras en 2021, les entreprises risquent de freiner leurs perspectives d'embauches dans ce contexte économique troublé. Enfin, le resserrement des politiques monétaires et la perspective d'une remontée des taux pourrait grandement compliquer la tâche de l'Agence France Trésor (AFT), le service en charge de la gestion de la dette de l'Etat, à Bercy habituée aux mesures expansionnistes de la BCE.

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Une inflation plus élevée dans les mois à venir

En outre, une inflation plus élevée pourrait avoir des conséquences importantes sur les finances publiques. En effet, la hausse des prix serait amenée à durer pendant encore un long moment. Emmanuel Macron a encore annoncé un chèque alimentaire face à la montée des prix des produits dans les grandes surfaces. Lundi soir, le Premier ministre Jean Castex a évoqué sur l'antenne de TF1 un dispositif "plus intensif pour deux catégories de nos concitoyens: ceux qui roulent beaucoup pour travailler où là, il faudrait aller sans doute au-delà des 15 centimes" et une "deuxième clé d'entrée" pour "ceux de nos concitoyens dont le pouvoir d'achat, dont les revenus sont bas, autrement dit un dispositif plus ciblé pour ceux qui gagnent pas beaucoup et pour ceux qui roulent beaucoup".

Dans le contexte de hausse durable des prix, le prochain gouvernement sera sans doute amené à prévoir encore des mesures pour amortir le choc sur les ménages et les entreprises. A quelques semaines du premier tour du scrutin présidentiel, le gouvernement est sous pression dans une campagne chamboulée par les crises sanitaire et géopolitique.

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Grégoire Normand

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Commentaires 19
à écrit le 01/04/2022 à 3:53
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Si une synthèse de la présente campagne électorale était possible, qu'y lirions nous ? Quels candidats y seraient le plus crédibles ? Quel programme nous paraîtrait il le plus en phase avec les attentes des français. Ce n'est en tous cas pas celui ...

à écrit le 24/03/2022 à 10:34
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Il faudrait mettre en garde le candidat Macron, qu'un sondage a 30% n'est pas un blanc seing pour tricher lors de l'élection!

à écrit le 23/03/2022 à 15:47
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Aucun des candidats n'a eu l'intelligence de reconnaitre que c'est avec la richesse produite "qu'ON" paye ses engagements et "qu'ON" rembourse ses dettes. La richesse est le produit des entreprises et on ne parle que d'impôt et taxe. Si on parle enco...

le 23/03/2022 à 16:44
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C'est bien le problème. Les autres candidats, qui n'ont pas à s'en faire car ils n'auront pas de budgets à respecter, font dans la surenchére et oblige le gvt à suivre. C'est très inquiétant pour nos finances!

à écrit le 23/03/2022 à 15:35
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En parlant de pognon : C’est une subvention qui interroge. Le Canard enchaîné révèle, mercredi 23 mars, que l’État va octroyer 800.000 euros d’aide à Servier, qui a réalisé un chiffre d’affaires de 4,7 milliards d’euros en 2021. Cette opération au...

à écrit le 23/03/2022 à 14:35
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comme le relate le quotidien le MONDE ,, ( derrière ces milliards d euros d argent public se pérennise le détournement sans condition des ressources de l Etat au profit des intérêts privés ) un scandale

à écrit le 23/03/2022 à 14:21
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Il a fait 'n'importe quoi (enfin pour les français) pendant 5 ans et maintenant il aurait la solution ? il a menti , il a emmerdé les français et maintenant il veut notre bien. Les gens qui votent encore pour macron sont soit des malades d'Alzheim...

à écrit le 23/03/2022 à 11:32
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Je crains que quel que soit le programme, la fin du quantitative easing, le retour de l’inflation, sans doute à deux chiffres, la remontée des taux d’intérêts entrainant une bonne crise des dettes souveraines, nous allons assister à la mort de l’euro...

à écrit le 23/03/2022 à 11:10
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En parlant de présidentielle : Tiens ,une première sur TF1, pas de soirée présidentielle qui mettra le film "les visiteurs" à la place.

le 23/03/2022 à 23:14
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@lachose: tant mieux! On pourra rire alors que c'était à pleurer!

à écrit le 23/03/2022 à 9:33
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Retour au 3% de déficit en 2027, ça tombe bien il ne sera plus là, et après moi le déluge de la dette ! Comment peut on élire un tel irresponsable qui ne parle que de baisser les impôts et d'augmenter les dépenses dans un pays ou tout les comptes son...

le 23/03/2022 à 10:18
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Les programmes de Pécresse, de Mélenchon entre autres prévoient des dépenses aussi ou nettement plus importantes.

à écrit le 23/03/2022 à 9:04
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c est sur qu on se fait pas elire en annoncant des economies ou des hausses d impots... mais macron va vite taper dans le mur : s il veut depenser plus, le deficit etant ce qu il est, il devra economiser plus. et ca va raler (je suis donc pret a pari...

à écrit le 23/03/2022 à 8:29
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Le moment est venu de serrer les boulons tout programme de gonflement des dépenses publiques est succidaire, mais personne ne veut le dire

à écrit le 23/03/2022 à 7:58
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Solde budgétaire ? Parlons français : le déficit budgétaire. Qu'en a t il à faire d'ailleurs ? Le tout c'est d'être élu , la France peut bien attendre.

à écrit le 23/03/2022 à 7:54
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Étant le favori des banquiers il a une capacité plus grande à emprunter et précipiter donc notre pays toujours plus dans la misère autant intellectuelle que financière d'ailleurs. Le candidat du "réel" n'est que le candidat du consortium financier. U...

le 23/03/2022 à 10:20
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A part critiquer Macron que serait la situation du pays avec MLP ou Mélenchon ?

le 23/03/2022 à 10:55
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réponse à marc469; ça serai pire que votre maitre ? c'est humainement possible ?

le 23/03/2022 à 12:17
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@ Maurice:"A part critiquer Macron que serait la situation du pays avec MLP ou Mélenchon ? " On sait pas on ne les a pas eu même si le pen a le même programme économique ce qui donne quand même une bonne idée tandis que Macron on sait que c'est le pi...

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