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ÉconomieFrance

Réforme des retraites : la bataille de l'Assemblée nationale commence, les syndicats maintiennent la pression

Photo de Laurent Guena

latribune.fr

Publié le 06 février 2023 à 10:40 - Mis à jour le 18 décembre 2024 à 20:08

Assemblée nationale

Si les dernières dissensions sont surmontées, le texte de la CMP reviendra ce mardi devant chaque chambre, Sénat et Assemblée nationale.

Reuters

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Photo d'illustration de l'article
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Si le gouvernement a fait un pas vers les Républicains en étendant le dispositif des carrières longues à ceux qui ont commencé à travailler entre 20 et 21 ans, l'interrogation demeure sur la possibilité d'un vote de la réforme avant le 18 février, la date limite avant sa transmission au Sénat. En cause, les quelque 20.000 amendements à examiner, dont 13.000 déposés par LFI. Pendant ce temps, la détermination des syndicats ne faiblit pas avec deux journées de mobilisation prévues les mardi 7 et samedi 11...

Avant même le coup d'envoi de l'examen de la loi sur la réforme des retraites, ce lundi après-midi, en séance plénière à l'Assemblée nationale, on s'est beaucoup agité en coulisses ce weekend, à coup de déclarations médiatiques. Ainsi la Première ministre, Elisabeth Borne, sans remettre en cause la mesure cardinale de la réforme, le recul de l'âge de départ à la retraite de 62 à 64 ans, a fait un pas dimanche en direction du groupe LR, dont les voix sont indispensables pour voter la réforme.

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« Nous allons bouger en étendant le dispositif des carrières longues à ceux qui ont commencé à travailler entre 20 et 21 ans », ce qui leur permettra de « partir à 63 ans », a-t-elle annoncé dans le Journal du dimanche. « C'est une mesure qui coûtera entre 600 millions et un milliard d'euros par an, et qui concernera jusqu'à 30.000 personnes par an ». Et « comme nous conduisons cette réforme pour assurer l'équilibre du système à horizon 2030, nous devrons trouver des voies de financement ».

Une mesure qui ne concerne pas ceux qui ont commencé à travailler plus jeunes, qui devront avoir travaillé 44 ans avant de pouvoir faire valoir leurs droits à la retraite, ce qui irrite l'U2P, la trosième organisation patronale française : « après avoir interpellé le gouvernement et les parlementaires sur cette injustice, nous espèreonsque les débats parlementaires permettront de revenir à une réforme équitable », souligne-t-elle dans un comminiqué.

Le président de LR Eric Ciotti satisfait des propositions d'Elisabeth Borne

Le président de LR Eric Ciotti a répété au Parisien samedi souhaiter « voter une réforme des retraites », se félicitant des « avancées » obtenues et pointant le sujet des carrières longues. Les Républicains restent néanmoins divisés, certains estimant que « le recul de l'âge légal », prévu par l'article 7 est injuste.

Rien ne dit que les débats puissent donc aller jusqu'au bout du chemin législatif. Les députés devront, en effet, s'atteler aux quelque 20.000 amendements déposés sur le projet de loi, dont 13.000 par LFI. Le porte-parole du gouvernement Olivier Véran a critiqué dimanche « l'obstruction bête et méchante » de la Nupes. Si l'Assemblée ne vient pas à bout des amendements d'ici le 17 février minuit, le texte pourra tout de même passer au Sénat, du fait du choix de l'exécutif de recourir à un budget rectificatif de la Sécurité sociale. « On sera encore ouvert dans les jours prochains et nous accepterons des amendements », a promis le ministre. La présidente de l'Assemblée Yaël Braun-Pivet a, elle, estimé que déposer « 18.000 amendements sur un texte de loi, c'est comme quand vous jetez de la soupe à la tomate sur un tableau : ça sert à rien et ça ridiculise ceux qui le font ».

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Par ailleurs, la nouvelle proposition d'Elisabeth Borne ne calme pas la détermination des syndicats. « Clairement, ce n'est pas la réponse à la mobilisation massive, diverse géographiquement et professionnellement, qui s'est opérée » les 19 et 31 janvier, a souligné Laurent Berger, secrétaire général de la CFDT, sur France Inter.

En effet, du côté des syndicats, la détermination ne faiblit pas. Deux nouvelles journées d'action sont prévues, les mardi 7 et samedi 11 février, après deux journées de grève et de manifestations, les 19 et 31 janvier, dont la dernière (avec 1,27 million de manifestants selon la police et plus de 2,5 millions selon l'intersyndicale) a dépassé le record de participation de 2010.

Pour les syndicats, « l'heure n'est pas au blocage de l'économie »

C'est une semaine de mobilisation, « avec deux dates et un point d'orgue », les défilés du samedi 11, auxquels « il faut venir massivement », martèle Laurent Berger dimanche. « On a conjugué un jour en semaine et un samedi, on verra sur l'ensemble des deux jours, malgré cette période de vacances scolaires » (les congés de février), a dit, vendredi, le secrétaire général de la CGT, Philippe Martinez.

De source sécuritaire, les autorités attendent mardi entre 900.000 et 1,1 million de personnes dont 70.000 maximum à Paris, où le cortège défilera de la place de l'Opéra à Bastille. Une intersyndicale se tiendra à la Bourse du travail à Paris dans la soirée.

Les grèves devraient une nouvelle fois concerner particulièrement les secteurs de l'énergie, des raffineries et des transports ferroviaires, qui ont prévu de cesser le travail les 7 et 8 février. La circulation sera « fortement perturbée » mardi pour les trains, TGV comme TER, dans les métros et les RER, ont indiqué RATP et SNCF. À Orly, un vol sur cinq sera annulé.

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Mais l'heure n'est pas encore au blocage de l'économie, une stratégie décriée par les syndicats réformistes, qui entendent conserver l'opinion de leur côté avec des manifestations « conviviales, respectueuses ». Laurent Berger dit avoir « des échanges très constructifs avec des députés de la majorité ». « Bien sûr, ce sera à eux de se décider. Il faut qu'ils regardent dans toutes les villes et circonscriptions où ils sont élus. Quand par exemple vous êtes député de l'Ain et qu'il y a 10.000 manifestants à Bourg-en-Bresse, cela doit-il vous laisser totalement indifférent », a-t-il questionné.

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L'obstruction parlementaire, un classique de la Ve République

L'obstruction, aussi appelée « flibuste » parlementaire, vise à ralentir les débats avec une série d'amendements parfois absurdes, des répétitions, du tumulte, voire un débit de voix volontairement lent. C'est une pratique ancienne, attestée dès la IIe République en France, selon la juriste Chloë Geynet-Dussauze, autrice d'une thèse sur le sujet.

Moins présent au début de la Ve République, le phénomène repart de plus belle en 1980. Dans l'opposition, « la gauche s'en empare pour gagner en visibilité alors qu'elle sent qu'un résultat est possible en 1981 », dit cette spécialiste. Puis la droite lui rend la pareille, après l'élection de François Mitterrand, afin de combattre certains projets de loi considérés comme des marqueurs politiques.

Un amendement d'obstruction de Jacques Toubon (RPR) contre les ordonnances sociales (retraite à 60 ans...) provoque un tollé. Il propose de « planter dans chaque commune des cocotiers en nombre proportionnel à la population âgée de 60 ans et plus et rendre obligatoire, une fois par an au moins, l'escalade de ces arbres par l'ensemble de la population majeure ». On se souvient aussi d'une intervention de Christine Boutin, en 1998, (UDF à l'époque) qui s'opposant au Pacs, prendra la parole durant 5h25 en lisant 58 pages dactylographiées. En septembre 2006, la gauche ferraille contre la privatisation de Gaz de France. Le projet de loi dédié à l'énergie nécessitera 121h36 de débat avec plus de 137.000 amendements, record absolu sous la Ve République.

(Avec AFP)

latribune.fr

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