Le 1er décembre, grande première dans l'histoire de la Veme République, François Hollande renonce à briguer un second mandat. Popularité en berne, asphyxié politiquement par Valls et Macron, le président s'incline. A moins que...
Jeudi 1er décembre, 20 heures, coup de tonnerre à l'Elysée : «Aujourd'hui, je suis conscient des risques que ferait courir une démarche - la mienne - qui ne rassemblerait pas largement. Aussi, j'ai décidé de ne pas être candidat à l'élection présidentielle, au renouvellement de mon mandat».
C'est avec ces mots que François Hollande annonce qu'il ne briguera pas un second mandat de président de la République... Une première sous la cinquième République. Malmené dans les sondages, étouffé politiquement par son Premier ministre Manuel Valls et son ancien ministre de l'Economie Emmanuel Macron, pris au piège de la primaire socialiste et de ses alliés... François Hollande se trouve empêché.
Que s'est-il donc passé dans la tête d'un homme rompu à l'adversité ? Lui, le redoutable animal politique, qui a déjà connu une terrible traversée du désert après sa sortie par la petite porte du congrès socialiste de Reims en 2008. Lui qui a déclaré lors de son intervention avoir une "capacité inépuisable face à l'adversité", force est de constater qu'il a préféré jeter l'éponge. Pourquoi? Les sondages, bien sûr, très faibles pour lui. Enquête après enquête, il était crédité à ce stade d'à peine plus de 10% des voix. Mais là n'est pas le principal. François Hollande en a vu d'autres... Il était à peine à 3% au début du processus de la primaire socialiste en 2011, certes avant la chute de DSK.
Il a surtout vu Nicolas Sarkozy se faire balayer lors de la primaire de la droite. Lui qui rêvait de retrouver son meilleur ennemi en 2017 a compris qu'il pourrait lui arriver exactement la même chose lors de cette primaire de la gauche à laquelle il avait accepté de participer tout président qu'il est. Or, certains sondages plaçaient Arnaud Montebourg devant lui. Le risque était donc grand de se retrouver en effet dans la même situation que Nicolas Sarkozy, alors que ce scrutin avait été imaginé par le Premier secrétaire du PS, Jean-Christophe Cambadélis, pour lui servir de rampe de lancement et pour le (re)légitimer le président.
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François Hollande semble avoir compris que les Français ne voulaient pas revivre le match de 2012.
Le piège Macron
Et, surtout, il y a eu la candidature d'Emmanuel Macron, son ancien ministre de l'Economie. C'est peu dire que l'émancipation de son ex-jeune ministre et collaborateur à l'Elysée l'a affectée. Surtout, la candidature de Macron, doublée d'une primaire à disputer à gauche, ont privé François Hollande d'espace politique. Il a été asphyxié. S'il avait abordé cette épreuve avec une cote de popularité favorable et un bilan facilement défendable, c'était jouable. Mais en l'occurrence, ce n'est pas le cas. François Hollande semblait totalement discrédité auprès des Français qui ont eu l'impression que, depuis son élection, il a fait exactement l'inverse de ce qu'il avait promis durant sa campagne de 2012, notamment les augmentations d'impôts en début de quinquennat et la politique de l'offre. Même si les choses sont plus compliquées que cela.
Toutes les opérations de François Hollande pour se relancer ont tourné court. Ainsi, le fameux « ça va mieux » sur le front économique a fait un bide, malgré la reprise, réelle, des créations d'emplois, la baisse - réelle aussi mais trop tardive - du nombre des demandeurs d'emplois depuis le début de l'année et le frémissement sur la croissance. Et que dire de cet appel de parlementaires en faveur de François Hollande qui devait être lancé fin octobre.... Et qui n'a finalement jamais vu le jour.
François Hollande s'est englué. Les gros bataillons de gauche n'ont jamais accepté son ralliement à l'idée de déchéance de la nationalité. Ils n'ont pas non plus admis les principes posés par la loi Travail portée par Myriam El Khomri, faisant prédominer les accords d'entreprise sur les accords de branche en matière de durée du travail. Surtout quand une loi de cette importance est imposée aux forceps, via l'article « 49-3 » de la Constitution. Résultat, de plus en plus désabusé, l'électorat potentiel de François Hollande s'est détourné de lui et s'est trouvé d'autres candidats de substitution, allant de Mélenchon à Macron en passant par Montebourg et Hamon...
C'est le président de l'Assemblée nationale, Claude Bartolone, vexé des propos relatés sur lui par François Hollande dans l'ouvrage, qui ouvre le bal le 26 novembre en déclarant que Valls et Hollande devraient s'affronter lors de la primaire socialiste. Le lendemain, le 27 novembre, Manuel Valls en rajoute une couche dans un entretien au Journal du Dimanche en déclarant :
«Face au désarroi, au doute, à la déception, à l'idée que la gauche n'a aucune chance, je veux casser cette mécanique qui nous conduirait à la défaite(...). La question n'est pas seulement celle de l'envie, mais bien celle de la responsabilité historique qui doit prendre en compte l'intérêt de la France et de la gauche».
Le massage est à peine voilé : Manuel Valls doute de la capacité de rassemblement de François Hollande et se verrait bien reprendre l'étendard.
Le lundi 28 novembre, Manuel Valls et François Hollande se retrouvent pour leur traditionnel déjeuner de début de semaine à l'Elysée. Démission de Valls ? Pas du tout, à sa sortie, le Premier ministre déclare « Il ne peut y avoir de confrontation dans le cadre d'une primaire entre un président et un premier ministre »... Manuel Valls semble donc reculer. Mais, a posteriori, on peut avoir une autre lecture : peut-être, lors de ce déjeuner, François Hollande a-t-il annoncé à son Premier ministre son intention de ne pas se représenter. Ce qui pourrait expliquer la relative sérénité e Manuel Valls.
Quant à François Hollande, il nomme alors Bernard Cazeneuve à Matignon et entend rester président de la République jusqu'à la dernière minute de son quinquennat. Il aura alors tout le temps de ruminer son échec à se représenter. Mais, avec un tel animal politique, une petite lumière continue certainement de scintiller en son for intérieur... Une petite voix doit lui dire qu'il existe encore un trou de souris où il pourrait se glisser pour renverser le cours de l'histoire. Le scénario serait le suivant : à l'issue de la primaire du PS, quel que soit le vainqueur, la réconciliation serait impossible entre l'aile droite du parti emmenée par Manuel Valls et l'aile gauche. Alors, avec son art consommé de la synthèse, François Hollande reviendrait au centre du jeu pour jouer les grands réconciliateurs et... se présenter in fine à la présidentielle.
Un scénario plausible mais improbable, tant François Hollande souffre et souffrira sans doute encore d'un déficit record de popularité. Certes, il peut réussir à s'imposer à gauche. Mais il continuera toujours d'être gêné par Jean-Luc Mélenchon et Emmanuel Macron que l'on ne voit plus renoncer à une candidature au nom de l'unité. Dans ces conditions, il y a toujours peu de chances que la gauche soit présente au second tour face à un François Fillon qui prendra soin de ne plus affoler l'électorat, comme il a pu le faire avec ses projets sur l'assurance maladie. Ou alors, il faut imaginer que Marine Le Pen, elle aussi bien partie pour arriver au second tour, dévisse finalement...
Tout cela fait beaucoup de conditions. Mais, psychologiquement, on peut comprendre l'état d'esprit de François Hollande. Il admet mal d'avoir dû renoncer. Alors, il s'accroche à un dernier espoir. Lui qui dit toujours « rien ne se passe jamais comme prévu ».