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La dissonance cognitive de François Hollande

Photo de Robert Jules

Robert Jules

Publié le 02 décembre 2016 à 14:12 - Mis à jour le 03 décembre 2016 à 14:14

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François Hollande fait un bilan positif de son action mais décide de ne pas se présenter à sa propre succession. Laissant aux prétendants le soin de prouver qu'ils sont capables de rassembler la gauche, il reprend sa liberté.

On savait que la politique est plus un art qu'une science. On en aura eu une bonne illustration jeudi soir, avec l'annonce de François Hollande de ne pas se représenter à l'élection présidentielle. Pourtant, la logique de son discours énoncé d'une voix blanche relevait de ce que les psychologues appellent une « dissonance cognitive » qui caractérise l'état inconfortable d'un individu qui agit en désaccord avec ses croyances.

Car après avoir consacré une large part de son discours à dresser un bilan extrêmement positif - hormis le regret sur le projet de déchéance nationale - de son action depuis quatre ans et demi, il en a conclu paradoxalement qu'il lui fallait renoncer à se représenter.

Desserrer l'étau

Cet exercice d'auto-satisfaction - à rebours de l'avis d'une écrasante majorité de Françaises et de Français qui dans les sondages rejettent son action - a donc un autre rôle : commencer à façonner durant les six prochains mois l'image que laissera François Hollande dans l'histoire de la Ve république, en le faisant sans la pression exercée ces dernières semaines par son propre camp, notamment par le plus impatient, son premier ministre Manuel Valls.

« Je suis conscient des risques que ferait courir une démarche, la mienne, qui ne rassemblerait pas largement autour d'elle », s'est-il justifié, lucide. L'enseignement tiré de la primaire de la droite et du centre a confirmé qu'aujourd'hui les conditions d'une candidature n'étaient pas réunies, malgré l'envie d'y aller.

Priver la meute d'hallali

François Hollande a vu comment Nicolas Sarkozy a été critiqué systématiquement sur son bilan présidentiel malgré les presque cinq années écoulées, avant d'essuyer une cuisante défaite. L'obstacle de la primaire de la gauche s'annonçait pour le président sortant une véritable épreuve, avec comme probable conclusion humiliante d'être classé troisième, voire quatrième...

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Retrouver de la hauteur

Désormais délivré de ce futur cauchemar, reprenant de la hauteur, retrouvant sa liberté d'action et de parole, il va regarder la rude bataille qui s'annonce entre les prétendants, au premier rang Manuel Valls et Arnaud Montebourg, au sein d'un parti socialiste affaibli par ses derniers déboires électoraux, sans culture ni idées originales, miné par la guerre des egos, où le credo de la lutte de classes a été depuis longtemps remplacé par la féroce lutte des places.

Risquer - ou attendre - le chaos

La gauche, au grand désarroi de ses militants et de ses électeurs, est en danger sinon d'éclatement du moins d'émiettement, à cause de la multiplication des candidatures : en attendant le vainqueur de la primaire, qui va se tenir dans - à peine - un mois, le PS est d'ores et déjà coincé entre Emmanuel Macron et Jean-Luc Mélenchon, grignoté par le vert Yannick Jadot et la radicale Sylvie Pinel, en attendant peut-être l'arrivée de Christiane Taubira. Une logique qui va conduire inévitablement à l'absence de la gauche au deuxième tour, comme ce fut le cas en 2002 avec Lionel Jospin, Premier ministre sortant.

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Ce risque est précisément la raison avancée par François Hollande pour justifier sa décision. Si donc aucun leader ne faisait l'unanimité et si le PS sombrait dans le chaos, avec le risque d'éclipse comme le Pasok en Grèce, le président pourrait devenir le faiseur de roi, voire apparaître en recours. Ce n'est évidemment pas à l'ordre du jour, mais nul mieux que lui sait qu'en politique, tout dépend des circonstances.

Robert Jules

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