Confidences de Hollande : un Ovni politique très risqué

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Le livre Un président ne devrait pas dire ça révèle les confidences du président dela République depuis le début de son quinquennat. Et ce n'est pas forcément à son honneur. Pourtant François Hollande n'a pas voulu relire - et corriger - ses citations...Insolite.
Le livre "Un président ne devrait pas dire ça" révèle les confidences du président dela République depuis le début de son quinquennat. Et ce n'est pas forcément à son honneur. Pourtant François Hollande n'a pas voulu relire - et corriger - ses citations...Insolite. (Crédits : © Philippe Wojazer / Reuters)
"Un président ne devrait pas dire ça", le livre des deux grands reporters du Monde qui ont recueilli les confidences de François Hollande est totalement insolite. Crise grecque, "affaire Cahuzac", attentats... Tout y passe sans que le président n'ait exercé de censure.

C'est un livre vraiment étonnant. Pour plusieurs raisons. D'abord il est quand même rare que des « confidences » d'un Président de la République paraissent avant même la fin de son quinquennat. Ou alors, on a connu ça, il s'agit d'un exercice d'auto justification destiné à embellir un bilan. Ensuite, et c'est le plus curieux avec le livre de Gérard Davet et Fabrice Lhomme*, tous deux grands reporters au journal Le Monde, livrant le contenu de leurs très nombreuses rencontres avec François Hollande, les propos rapportés sont très loin de servir les intérêts du Président de la République en place.

On est à l'opposé du traditionnel exercice de communication. Comment François Hollande a pu ainsi se laisser aller à dire ce qu'il pensait de sa vie privée, de la justice française, de Cécile Duflot, de son opposition à la construction de l'aéroport de Notre-Dame-des Landes, de l'affaire Jouyet/Fillon etc. ? Au risque de se mettre encore plus dans l'embarras, lui qui est déjà au plus bas dans les sondages et qui envisage pourtant de se représenter pour un second mandat.

Quand Hollande renonce à relire ses citations

D'ailleurs, les réactions n'ont pas tardé. Ayant traité la justice « d'institution de lâcheté », les deux plus hauts magistrats du pays, Bertrand Louvel premier président de la Cour de cassation et Jean-Claude Marin, procureur général, ont immédiatement demandé audience à l'Elysée. Dans ses relations avec les magistrats, François Hollande, à la différence de Nicolas Sarkozy, avait traversé a peu près sans encombre son quinquennat. Et, patatras dans la dernière ligne droite il se les met à dos... Incompréhensible.

Mais il faut reconnaître au chef de l'Etat une certaine forme d'honnêteté que les deux auteurs soulignent dès le début de leur livre. Annonçant à François Hollande un soir de mai 2016 que leur projet éditorial débuté près de cinq ans plus tôt touche à son terme, le Président leur a alors dit : « je crois qu'il faut se mettre d'accord sur les citations, dans le livre ». Comprendre : François Hollande voulait exercer son droit de relecture avant publication. Lhomme et Davet protestent : « on ne fait jamais relire ». Ils précisent que leurs entretiens ayant été enregistrés, les propos présidentiels ne risquent pas d'être déformés... Le président n'a pas insisté. C'est juste incroyable et incompréhensible compte tenu de la position de François Hollande. On n'imagine pas François Mitterrand ou Nicolas Sarkozy réagir ainsi !

C'est donc tout l'intérêt de cet ouvrage, où figurent de très détonants propos de François Hollande sur des sujets très divers.

« Les affaires »

François Hollande le reconnaît explicitement dans le livre, c'est lui qui a décidé que la Commission des infractions fiscales (CIF) devait être saisie pour que l'éphémère secrétaire d'Etat au Commerce extérieur, Thomas Thévenoud qui a "oublié de payer ses impôts" puisse être traduit en justice. François Hollande explique : « On pouvait ne pas saisir la CIF, mais ne pas le faire aurait été quand même d'une certaine façon une protection ». Décodage des auteurs : « de peur d'être accusé de protéger ses troupes, Hollande en viendrait presque à faire du zèle en sens inverse ». Gageons que Thomas Thévenoud évoquera ce passage du livre lors de son procès en correctionnelle qui s'ouvre le 16 novembre.

Quant à « l'affaire » Jérôme Cahuzac, le ministre du Budget qui a quitté le gouvernement à la suite de la découverte de con compte caché en Suisse, Davet et Lhomme racontent un fait inédit relaté par Julien Dray, ami et conseiller de François Hollande : « Hollande n'est pas assez protégé, pas assez renseigné, il lui manque des gens(...). En mars 2012 Squarcini [ex- « grand flic » sous Nicolas Sarkozy « débarqué » après l'arrivée de François Hollande à l'Elysée] m'avait dit que Cahuzac était lié à des circuits financiers. J'en avais averti Hollande ».... Traduction des auteurs : Obnubilé par le « côté obscur » de Squarcini, jugé trop proche de Sarkozy, François Hollande n'a pas voulu entendre l'avertissement de son ami Julien Dray...

La crise grecque... et Poutine

 Les auteurs consacrent un long chapitre à la crise grecque de l'été 2015, quand le pays dirigé par Alexis Tsipras est à deux doigts de sortir de l'Europe, le fameux « Grexit ». Or, Hollande ne veut pas en entendre parler. Il joue alors un rôle de "conseiller" auprès d'Alexis Tsipras qu'il considère comme « un petit frère turbulent ». Davet et Lhomme ne cachent pas qu'il y a avait un côté tactique dans cette défense de la Grèce par le président : montrer à Mélenchon et les tenants de « l'autre gauche » que la France de Hollande est le meilleur allié de Tsipras et de son parti Syriza tant adulé, alors, par les Mélenchonistes. Certes, on sait comment l'histoire s'est terminée pour Tsipras qui a dû capituler. Mais c'était après l'épisode suivant raconté par les auteurs ou le ministre des Finances Michel Sapin téléphone à son ami et président François Hollande pour évoquer, en termes crus, le désir des Allemands de débarquer la Grèce de l'Europe... et le rôle de Christine Lagarde, directrice générale du FMI .

Sapin dit : « Les chieurs, l'Allemagne, vont se raccrocher à cette question de l'insoutenabilité de la dette ». Réponse de Hollande : "Ils en sont capables(...) Il y a une déclaration de Merkel qui dit que la réduction de la dette est hors de question".

Et un peu plus loin, François Hollande explique : « Lagarde, elle est pour la sortie. Elle me l'avait dit. Avec des arguments que l'on peut entendre : elle pense que la Grèce ne peut pas se relever avec ce qu'on lui fait subir, avec la dette qui est la sienne, que la meilleure façon, ce serait de la "suspendre" de la zone euro. Elle est courtoise, mais soumise à une pression américaine, et à des pressions au sein de son administration, sur le thème : vous êtes durs avec les Africains, pourquoi avec la Grèce, vous ne seriez pas durs ».

Enfin, un autre épisode insolite est narré par Davet et Lhomme : le coup de téléphone de Poutine à Hollande, très vite compris par le président français comme un avertissement sur le fait que la Russie pourrait être là pour soutenir la Grèce en cas de Grexit. Poutine : « Je dois te donner une information (...). La Grèce nous a fait une demande d'imprimer les drachmes en Russie, car ils n'ont plus d'imprimerie pour le faire »... Preuve pour les auteurs que les dirigeants grecs à ce moment envisageaient bien de sortir de l'Europe.

Poutine poursuit : « je voulais te donner cette information, que tu comprennes bien que ce n'est pas du tout notre volonté ».

Analyse de Hollande : « Je me suis demandé pourquoi il me disait ça. Peut-être pour ne pas être jugé responsable d'avoir poussé la Grèce à sortir et, deuxièmement, pour me dire - ce n'était pas une mauvaise idée - que, de son point de vue, c'était un risque et que l'on devait tout faire pour l'éviter »...

Et tout est à l'avenant dans le livre... décidément très insolite. Les chapitres consacrés aux attentats de janvier et novembre 2015 sont notamment très « forts ». On suit François Hollande dans toutes les réunions secrètes avec les hautes autorités politiques et policières ; les décisions prises pour neutraliser les frères Kouachi, auteurs de la tuerie de Charlie ; les difficiles heures qui suivent le carnage du Bataclan et dans les bars des Xe et XIe arrondissements. On apprend, d'ailleurs que François Hollande avait un fils au Stade de France le soir du 13 novembre et un autre, qu'il a fait « évacuer »... dans un bistrot du XIe.

De l'insolite donc. Mais, cela rassurera les inconditionnels anti-Hollande, on est vraiment loin de l'ouvrage hagiographique... Ce livre est un véritable Ovni qui fera s'arracher les cheveux à n'importe quel spécialiste de la communication politique.

 *Un président ne devrait pas dire ça... », par Gérard Davet et Fabrice Lhomme, éditions Stock ; 659 pages, 24,50 euros

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Commentaires
a écrit le 14/10/2016 à 19:06 :
Tout de même curieux pour un président qui nous assurait devoir être 'normal'!
a écrit le 14/10/2016 à 17:22 :
C'est vraiment rassurant de voir que Julien Dray se préoccupe des élus qui détournent de l'argent!
a écrit le 14/10/2016 à 13:39 :
C'est probablement la biographie d'un quinquennat présidentiel la plus honnête et la plus documentée qu'il nous sera donnée de lire. C'est le seul mérite de ce livre, mais il est énorme si l'on compare avec toutes les autres (auto)biographies hagiographiques sur le marché.

Pour autant la démarche interpelle. Un président en exercice peut t'il laisser fuiter autant de choses sans mettre en péril, outre sa crédibilité personnelle (ce qui n'est qu'un moindre mal) , la conduite normale des affaires du pays?

Par exemple, estimer que Poutine est en voie accélérée de stalinisation, est un sentiment partagé par beaucoup de monde. Le problème c'est que le proclamer publiquement bloque la marche normale de la diplomatie qui réclame une forme de neutralité de façade pour fonctionner.
De la même façon, on peut penser que les magistrats des parquets sont trop inféodés aux pouvoirs (et c'est une opinion qui peut se défendre car les exemples de compromissions abondent), mais en tant que garant de la séparation des pouvoirs, un président en exercice doit garder ça pour lui.

Hollande à pris un risque fou en ne contrôlant ni la date de sortie, ni la relecture et c'est bien ennuyeux, ce n'est pas ce qu'on attend d'un président de la république française.
a écrit le 14/10/2016 à 11:35 :
Avec HOLLANDE , on croyait avoir déjà touché le fonds, mais on découvre qu'il y a un double fonds !
a écrit le 14/10/2016 à 9:49 :
Ah enfin un produit multi feuilles, douces, parfumées, sans coussinet hyper absorbant. Je vais lui trouver sa place dans le logement.
a écrit le 14/10/2016 à 9:26 :
Où est le risque ? Il va partir en coûtant 2,5 millions par au contribuable (comme les autres), il va faire des conférences à 150 000 euros minimum la séance, il va bénéficier de pleins d'avantages et de privilèges. Alors, je ne vois vraiment pas où est le risque :-)
a écrit le 14/10/2016 à 8:38 :
si les paroles sont reel
ceci explique bien la fourberie du personnage
et surtout son inconsideration des salaries Français
et surtout son fayotage chronique envers la finance
tout le personnage est faut de sa carriere politique chez les socialistes
a son election car installe par défauts
et le voici dire tout le contraire de l'action de son mandat
comme en 2012 il continue de se moquer de tous
et avec la complicite de nombre de media avide de subvention
a écrit le 14/10/2016 à 8:03 :
Nous aurons avec le quinquennat de Hollande touché le fond de la décrépitude qui a progressivement atteint la fonction présidentielle. Un président ne peut pas être "normal". Cela doit être un visionnaire, il doit porter un projet clair et ambitieux, être au dessus de la mêlée.
D'autant plus dans une période comme la nôtre, où les changements de toute nature (démographiques, économiques, techniques, sociétaux etc.) nécessitent de repenser un nouveau contrat social, pour une société qui se délite peu à peu.
Hollande a atteint le niveau du zéro absolu, malheureux ces concurrents ne brillent pas par leur vision novatrice.
Il serait essentiel de mettre fin à la politique conduite depuis 40 ans qui fragmente la société française pour construire un nouveau projet de société, qui intègrera les défis gigantesques qui sont déjà là.

"http://philippeleroymondr.wixsite.com/letempsdelanalyse/single-post/2016/09/23/L%C3%A9tat-dimpuissance"
Réponse de le 14/10/2016 à 9:43 :
"Il serait essentiel de mettre fin à la politique conduite depuis 40 ans qui fragmente la société française"

Et tu penses que cette fragmentation va se résorber avec les propositions des candidats de droite hier, cela m'étonnerait beaucoup.
a écrit le 14/10/2016 à 8:01 :
Finalement, il n'y a que la vérité qui blesse.
a écrit le 14/10/2016 à 6:16 :
Ce pays n'est plus. Dommage pour ceux qui appreciaient jadis ses particularites, sa cuisine, ses regions. Son avenir est plus qu'incertain, avec des politiques de cet acabit.
Aucun regrets d'en avoir fichu le camp.
a écrit le 13/10/2016 à 19:15 :
Je ne vois pas très bien où est le problème.
Peut-être un peu brutal pour la justice mais sinon?
Que les grecs aient envisagés de sortir de l'euro non ce n'était pas notre intérêts, mais la suite prouve qu'ils auraient du le faire et laisser nos politiques expliquer pourquoi ils avaient racheté la mauvaise dette des banques.
a écrit le 13/10/2016 à 18:28 :
Pour les magistrats quelques promotions dans l'ordre de la légion d'honneur ou du mérite ( l'eau chaude et l'eau froide ) et quelques exemples de certains comportements feront oublier l'outrage...
a écrit le 13/10/2016 à 18:15 :
Après tous ce qu'il a subi depuis le début de son quinquennat, un Hollande bashing permanent, des attaques ignobles sur sa vie privée, sur son physique, et s'être tu pendant plus de 4 ans, je pense que ce brûlot était nécessaire pour remettre les choses (et certains...) à leur place. Perso, je pense que j'en aurait dit encore plus. Vivement le prochain opuscule.
a écrit le 13/10/2016 à 18:13 :
Le premier article intelligent écrit depuis l'apparition de l'ovni... et le premier journaliste qui ne laisse pas transparaître une sorte d'amertume de ne pas en avoir été.

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