Les salariés français évitent pour l'instant un reconfinement strict, mais le gouvernement va y mettre au moins une condition. Alors que la menace d'une recrudescence des cas de variants du coronavirus plane, les employeurs doivent imposer « la norme » du télétravail tous les jours, sous peine de sanctions. Or, plusieurs enquêtes montrent que l'entreprise n'est pas forcément armée ou prête à imposer de nouvelles règles, face à des employés fragilisés.Face à la progression des variants du Covid-19 sur le territoire, le gouvernement maintient son scénario : tout faire pour éviter un troisième confinement. Une promesse qui passe, selon lui, par un paramètre; celui de renforcer le télétravail dans les entreprises. Ce jeudi, lors d'une nouvelle conférence de presse, Jean Castex et les ministres doivent ainsi appeler les employeurs à se « remobiliser » pour renforcer le travail à distance. A la manoeuvre pour limiter ces déplacements domicile-bureau, la ministre du Travail Elisabeth Borne avait alerté sur « l'érosion » du travail à distance. Cela doit « être la règle pour l'ensemble des activités qui le permettent », a-t-elle rappelé dans un courrier adressée hier aux CSE. Mais les salariés sont-ils prêts à le vivre ?
Rien n'est moins sûr. Car pour certains salariés, le télétravail est en effet vécu comme une « prison ». De même, pour les managers qui doivent diriger les équipes à distance, le défi bien-être et productivité devient un casse-tête au quotidien. Enfin, pour les entreprises qui commençaient à envisager le retour au bureau à la fin d'année 2020, le changement de stratégie et la nouvelle mise à distance demandée, risque de complexifier encore un peu plus leur sortie de crise, dans un contexte économique déjà incertain.
Les raisons de « l'érosion » du télétravail
Face à ces difficultés, l'érosion du télétravail est manifeste. Depuis le confinement de mars, la pratique a beaucoup diminué : parmi les actifs pouvant télétravailler facilement, 36% ne l'ont pas fait la semaine du 18 au 24 janvier, contre 30% la semaine du 2 au 8 novembre, selon une étude réalisée par Harris Interactive pour le ministère. Aussi, la part de ceux télétravaillant à 100% est passé de 45% en novembre 2020 à 30% deux mois plus tard, en janvier 2021.
Pour explique cette érosion plusieurs facteurs se sont manifestés. D'abord, ce serait le manque d'adaptation des entreprises à la situation. Ainsi, peu d'entre elles ont déjà consulté les collaborateurs sur leurs attentes en ce qui concerne les pratiques de leur travail, selon une étude du cabinet de conseil "Génie des Lieux", réalisée auprès de 3.908 professionnels en France et effectuée en ligne entre 18 au 21 janvier 2021. Selon l'enquête, 17% des entreprises restent en effet encore empêtrées dans la gestion active de la crise et peinent à s'organiser.