Télétravail renforcé et à 100% : tous les salariés y sont-ils prêts ?

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Elisabeth Borne doit s'exprimer ce soir sur le renforcement du télétravail lors de la conférence de presse hebdomadaire du gouvernement.
Elisabeth Borne doit s'exprimer ce soir sur le renforcement du télétravail lors de la conférence de presse hebdomadaire du gouvernement. (Crédits : Reuters)
Les salariés français évitent pour l'instant un reconfinement strict, mais le gouvernement va y mettre au moins une condition. Alors que la menace d'une recrudescence des cas de variants du coronavirus plane, les employeurs doivent imposer « la norme » du télétravail tous les jours, sous peine de sanctions. Or, plusieurs enquêtes montrent que l'entreprise n'est pas forcément armée ou prête à imposer de nouvelles règles, face à des employés fragilisés.

DOSSIER : Le télétravail, un progrès pour tous ?

Face à la progression des variants du Covid-19 sur le territoire, le gouvernement maintient son scénario : tout faire pour éviter un troisième confinement. Une promesse qui passe, selon lui, par un paramètre; celui de renforcer le télétravail dans les entreprises. Ce jeudi, lors d'une nouvelle conférence de presse, Jean Castex et les ministres doivent ainsi appeler les employeurs à se « remobiliser » pour renforcer le travail à distance. A la manoeuvre pour limiter ces déplacements domicile-bureau, la ministre du Travail Elisabeth Borne avait alerté sur « l'érosion » du travail à distance. Cela doit « être la règle pour l'ensemble des activités qui le permettent », a-t-elle rappelé dans un courrier adressée hier aux CSE. Mais les salariés sont-ils prêts à le vivre ?

Rien n'est moins sûr. Car pour certains salariés, le télétravail est en effet vécu comme une « prison ». De même, pour les managers qui doivent diriger les équipes à distance, le défi bien-être et productivité devient un casse-tête au quotidien. Enfin, pour les entreprises qui commençaient à envisager le retour au bureau à la fin d'année 2020, le changement de stratégie et la nouvelle mise à distance demandée, risque de complexifier encore un peu plus leur sortie de crise, dans un contexte économique déjà incertain.

Lire aussi : Le télétravail, un « crash test » pour le management de l'entreprise

Les raisons de « l'érosion » du télétravail

Face à ces difficultés, l'érosion du télétravail est manifeste. Depuis le confinement de mars, la pratique a beaucoup diminué : parmi les actifs pouvant télétravailler facilement, 36% ne l'ont pas fait la semaine du 18 au 24 janvier, contre 30% la semaine du 2 au 8 novembre, selon une étude réalisée par Harris Interactive pour le ministère. Aussi, la part de ceux télétravaillant à 100% est passé de 45% en novembre 2020 à 30% deux mois plus tard, en janvier 2021.

Pour explique cette érosion plusieurs facteurs se sont manifestés. D'abord, ce serait le manque d'adaptation des entreprises à la situation. Ainsi, peu d'entre elles ont déjà consulté les collaborateurs sur leurs attentes en ce qui concerne les pratiques de leur travail, selon une étude du cabinet de conseil "Génie des Lieux", réalisée auprès de 3.908 professionnels en France et effectuée en ligne entre 18 au 21 janvier 2021. Selon l'enquête, 17% des entreprises restent en effet encore empêtrées dans la gestion active de la crise et peinent à s'organiser.

En conséquence, seulement 28% des Français sont satisfaits des mesures prises par leur employeur face à la crise, selon ce cabinet. Par ailleurs, moins de la moitié des salariés (46%) pensent qu'ils ont fait des progrès d'aménagement concernant la question du télétravail.

Pourtant, la majorité des entreprises cherchent à trouver des solutions. Toujours selon cette étude, 77% des entreprises souhaitent faire revenir leurs collaborateurs au bureau en 2021. De plus, 62% sont soucieuses d'améliorer les espaces de travail afin de mieux appréhender l'hybridation entre le présentiel et le télétravail.

Lire aussi : Télétravail : le gouvernement veut serrer la vis

Des secteurs particulièrement sujets au relâchement

Pour le gouvernement, qui veut que le télétravail à 100% reste « la norme », il faut donc intervenir. Comme sur le plan économique avec sa panoplie d'aides pour soutenir les entreprises (PGE, chômage partiel, report de charges...), le ministère du Travail entend se mobiliser pour « conseiller » et « le cas échéant sanctionner », avait déclaré Elisabeth Borne lundi lors d'une visioconférence avec les Directe (directions régionales des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi).

« Certains secteurs ont connu une baisse particulièrement significative », souligne Mme Borne, qui veut "avoir un échange avec les branches professionnelles concernées dans les tout prochains jours". Selon le ministère, il s'agit par exemple des secteurs banque/assurance, information/communication, audiovisuel, activités juridiques et comptables.

Pour accélérer la mise en place du télétravail, la ministre s'est adressée directement aux organisations syndicales et patronales dans un courrier envoyé mercredi soir. Elle demande la réunion "sans délai" des instances de dialogue social dans les entreprises.

Cette annonce répond à la demande des CSE d'ouvrir rapidement les négociations dans les entreprises. "La meilleure façon d'y arriver c'est le dialogue social. Il faut une convocation rapide des CSE" (comités sociaux et économiques), a déclaré mardi à l'AFP Cyril Chabanier, président de la CFTC.

Dans le protocole sanitaire mis en place par le gouvernement, le télétravail est "la règle pour l'ensemble des activités qui le permettent" avec, pour les "salariés en télétravail à 100%, un retour en présentiel (...) possible un jour par semaine au maximum lorsqu'ils en expriment le besoin".

Lire aussi : « Pour les patrons, pas question de créer un "droit au télétravail" des salariés »

(avec AFP)

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Commentaires
a écrit le 05/02/2021 à 9:42 :
Les salariés un peu réalistes sentent bien que tout ou presque qui se fait aujourd'hui en télétravail, sera fait demain à l'étranger, car le privé n'a pas d'état d'âme quand il faut faire des économies d'échelle. Les plates formes téléphoniques où l'on vous répond dans un français teinté d'exotisme en sont la meilleure preuve.
a écrit le 04/02/2021 à 20:55 :
Le télétravail à temps complet est malsain ! Vont-ils enfin ouvrir les yeux et daigner s'en apercevoir ?

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