Un impact limité des mouvements sociaux sur la croissance en 2018

Dans sa note de conjoncture pour mars 2019, l'Insee propose une mesure de l'effet économique des deux principaux mouvements sociaux de 2018, la grève de la SNCF et le mouvement des "Gilets jaunes". Pour l'institut public, leur impact final reste faible, et n'aurait pas pesé pour plus de 0,2 point de PIB en 2018.

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Les manifestations des Gilets jaunes ont pesé sur le secteur de l'hôtellerie, qui a reculé de 1,1% en décembre 2018 par rapport à décembre 2017.
Les manifestations des "Gilets jaunes" ont pesé sur le secteur de l'hôtellerie, qui a reculé de 1,1% en décembre 2018 par rapport à décembre 2017. (Crédits : Christian Hartmann)

En France, depuis quelques années, le retour des mouvements sociaux pourrait se comparer au passage des saisons. Il y eut les manifestations contre la loi El Khomri en 2016, celles contre les ordonnances sur le marché du travail en 2017. Et 2018 a également donné son lot de revendications, avec la grève de la SNCF en avril et mai, et le début du mouvement des "Gilets jaunes" en novembre. Or, au-delà du bien-fondé des arguments des manifestants, il est souvent craint que ces mouvements ne pèsent sur l'économie.

Cet argumentaire a notamment été repris depuis le début du mouvement des "Gilets jaunes", devant l'ampleur des blocages qui ont essaimé à travers le pays, ainsi que les dégâts en marge des manifestations. Les secteurs du commerce de proximité et de l'hôtellerie-restauration se sont notamment signalés comme les premières victimes des protestations, en pleine période des fêtes de fin d'année.

Lire aussi : Gilets jaunes: une facture salée pour les villes et les commerçants (1/2)

Mais ces effets sectoriels se sont-ils répercutés sur l'économie française de manière globale ? C'est à cette question que l'Insee a tenté de répondre, dans sa note de conjoncture de mars 2019.

Un effet direct limité sur l'économie

Les conclusions de l'institut statistique restent prudentes, en rappelant la difficulté à isoler des liens de cause à effet en économie, et l'absence de contrefactuel ("ce qu'il se serait passé sans les manifestations"). Mais elles n'en restent pas moins claires : pour l'Insee, l'impact global des mouvements sociaux sur la croissance "apparaît relativement modéré". Loin, donc, de la "catastrophe pour notre économie" qu'annonçait le ministre Bruno Lemaire au lendemain des manifestations de "Gilets jaunes" du 8 décembre.

Dans le détail, la grève filée de la SNCF entre avril et mai aurait coûté tout au plus 0,1 point de croissance à la France, principalement dans le secteur des transports. Il en va de même des manifestations des "Gilets jaunes" en novembre et décembre, qui n'auraient pas pesé pour plus de 0,1 point sur le PIB selon l'Insee.

Pourtant, la consommation des ménages a ralenti fortement en fin d'année (0,0% contre + 0,4% au troisième trimestre), ce qui avait été imputé dans un premier temps aux mouvement contestataire. Mais pour l'Insee, cet affaissement de la consommation "provient essentiellement de l'énergie et de l'automobile, de façon en partie indépendante du mouvement des 'Gilets jaunes'". La baisse des achats de voiture pourrait provenir des nouvelles normes antipollution ou d'un report à 2019 pour profiter de la revalorisation de la prime à la conversion. Le seul impact clairement établi concerne l'hôtellerie, dont la fréquentation a fortement baissé en décembre 2018, notamment à Paris (-5,3% par rapport à décembre 2017).

En combiné, les deux mouvements sociaux auraient donc pu amputer le PIB français de 0,2 point, ce qui constitue un effet d'ampleur perceptible mais limitée. Au sujet des "Gilets jaunes", l'Insee rappelle d'ailleurs que "certains achats peuvent avoir été simplement reportés du mois de décembre au mois de janvier", ce qui contribuerait à en limiter encore plus les effets économiques négatifs.

Des effets indirects plus difficiles à mesurer

Ces estimations se cantonnent toutefois aux effets directs des mouvements sociaux, ceux qui peuvent se mesurer immédiatement dans les comptes nationaux. Mais des effets indirects pourraient également en résulter, avec un impact de moyen terme sur l'économie. Ceux-ci sont évidemment beaucoup plus difficiles à estimer, d'autant qu'ils évoluent dans des directions contradictoires.

D'un côté, les violences qui entourent le mouvement des "Gilets jaunes" pourraient peser sur l'attractivité de la France à moyen terme, que ce soit pour le tourisme ou pour les investissements étrangers. Si le mouvement se poursuit, il pourrait également conduire à un certain blocage politique, aux effets incertains sur l'économie. De l'autre, les premières concessions obtenues du gouvernement par les "Gilets jaunes" auront très certainement un impact économique positif en 2019. L'OFCE a calculé que la dépense publique viendrait soutenir le pouvoir d'achat des ménages à hauteur de 11,7 milliards d'euros, dont 10,3 milliards proviennent des mesures annoncées en décembre par Emmanuel Macron.

L'institut de recherche conclut que "la politique budgétaire nationale aurait un impact élevé sur la croissance du PIB, de 0,5 point, les mesures issues de la crise des gilets jaunes améliorant, à elles seules, le taux de croissance du PIB de 0,3 point". N'entre pas dans ce calcul, par ailleurs, l'annulation de la hausse de la taxe carbone, qui aurait à l'inverse pesé à la baisse sur la consommation des ménages.

De manière paradoxale, les "Gilets jaunes" pourraient donc bien contribuer positivement à la croissance française en 2019, par le biais des mesures de soutien au pouvoir d'achat obtenues du gouvernement. La nature contracyclique de ces mesures, dans un contexte de ralentissement global de l'économie mondial, pourrait ainsi permettre à la France de mieux résister aux tendances négatives que ses voisins. Pour mémoire, une croissance de 1,3 à 1,7% est attendue en France en 2019, contre 1% pour la zone euro et 0,7% pour l'Allemagne.

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Commentaires 16
à écrit le 24/03/2019 à 11:48
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La réponse est simple.....Parce qu'ils ne représentent rien !!! Une pure pétarade médiatique, montée en sauce par les chaînes d'infos !!

à écrit le 23/03/2019 à 17:41
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En parlant d'impact: Le coup de pouce du gouvernement pendant l'hiver avait contribué à apaiser les Gilets jaunes, mais celui-ci était de courte durée. Les tarifs réglementés de l'électricité vont "sans doute" augmenter en juin, a déclaré vendredi...

à écrit le 23/03/2019 à 15:53
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Ouaip... en injectant 10,3 milliards d'argent public (intégralement financé par du déficit donc de la dette en plus, soit à peu près 0,5% du PIB, on obtient un surplus de croissance de ... 0,5% du PIB, donc quasiment sans effet multiplicateur.

le 24/03/2019 à 17:48
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C'est peu par rapport aux 40 milliards pour le patronat cette année sans oublier les 5 pour les plus riches .

le 25/03/2019 à 22:53
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@lachose : J'imagine, en parlant des 40 milliards du patronat, que vous parlez du CICE (mesure avec un différé d'un an) et de sa transformation en baisse de cotisations patronales. Autrement dit d'un problème de trésorerie pour l'état qui fera certes...

à écrit le 23/03/2019 à 15:05
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Conclusion : on devrait créer des emplois de gilet jaune par centaines de milliers, avec des primes pour le travail du samedi. Ca serait une excellente opération contre le chomage puisqu'il faudrait aussi recruter des policiers pour les "contrôler", ...

à écrit le 23/03/2019 à 9:33
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"Il y eut les manifestations contre la loi El Khomri en 2016, celles contre les ordonnances sur le marché du travail en 2017. Et 2018 a également donné son lot de revendications, avec la grève de la SNCF" Le tout sur demande de la commission europ...

le 23/03/2019 à 14:16
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"Le tout sur demande de la commission européenne ,on peut le rappeler. " Notre pays est malade (et probablement avec l'Italie le pays le plus malade de l'UE... même si l'Italie a su préserver des positions industrielles plus fortes que les nôtres) ...

le 23/03/2019 à 17:30
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@bruno_bd (et probablement avec l'Italie le pays le plus malade de l'UE... ) Tiens, il me semblait pourtant que l’Italie avait fait sa loi travail à l'époque ( Jobs Act ) avec Matteo Renzi qui avait appliqué lui aussi les directives comme un bo...

le 25/03/2019 à 23:03
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Il a fallu 7 à 8 ans pour qu'en Allemagne les lois Hartz, autrement plus dures que les loi El Khomri et les ordonnances Pénicaud produisent leurs effets. Donc il faut aller plus loin (notamment du côté de la limitation de l'indemnisation du chômage ...

à écrit le 23/03/2019 à 8:23
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Rapporté à un nombre de gilets jaunes aussi faible que peut l'être cette minorité agissante et violente, l'impact sur la croissance est énorme. Et de toute façon, 20 000 chômeurs qui ne trouveraient pas un emploi à cause des gilets jaunes, c'est dram...

à écrit le 22/03/2019 à 17:33
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L'INSEE ferait mieux de faire profil bas. Cet institut considère dans sa statistique sur l'inflation, que le logement représente 6 % des dépenses d'un ménage. Dans la réalité, on est plus proche de 30%; C'est pourtant en se basant sur ces chiffres qu...

le 23/03/2019 à 6:44
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Petite remarque macro-economique: Tous les proprietaires n'ont pas un crédit à rembourser. Pour ceux qui on un crédit si 30% est peut être l'endettement moyen, une moyenne générale à 6% est tout à fait crédible.... Pas si nulle que cela l'INSEE, ...

le 23/03/2019 à 15:24
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@minos : autre remarque macro-économique : beaucoup de locataires dans le parc social voient leur effort financier pour le logement fortement amoindri par l'APL et autres allocations logement.Pour eux aussi les 6% de l'INSEE ne sont pas irréalistes. ...

le 23/03/2019 à 17:39
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D’après les informations du Parisien, alerté par différentes associations de consommateurs, un projet d’ordonnance vise à plafonner l’indemnisation légalement prévue pour les emprunteurs contestant des erreurs de calcul dans leur taux d’emprunt. Les...

à écrit le 22/03/2019 à 15:04
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Malgré une économie peu dynamique et des manifestations diverses, la France est le pays au monde le plus épargné par les catastrophes naturelles et le plus avantagé par un climat tempéré donc notre bonne étoile nous protège globalement.

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