Violences faites aux femmes : les entreprises appelées à l'action

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Depuis le 5 mars,  les annonces de sécurité de la RATP mettent l'accent sur le harcèlement sexuel, en sensibilisant à l'intervention de témoins.
Depuis le 5 mars, les annonces de sécurité de la RATP mettent l'accent sur le harcèlement sexuel, en sensibilisant à l'intervention de témoins. (Crédits : DR)
Make.org, qui a lancé une vaste campagne en novembre avec Facebook et Kering, présente cette semaine huit actions concrètes qui seront déployées sur trois ans. Elle compte sur la mobilisation des entreprises susceptibles d'y contribuer, de la RATP jusqu'à Netflix.

Beaucoup de Parisien.ne.s ont déjà pu le remarquer dans le métro : les annonces de sécurité de la RATP, que ce soit par haut-parleur ou par voie d'affichage, mettent désormais l'accent sur le harcèlement sexuel, en sensibilisant à l'intervention de témoins. Cette amplification d'une campagne déjà initiée depuis quelques mois par la région Île-de-France, la SNCF et la RATP est l'un des résultats de l'opération "Stop aux violences faites aux femmes" (StopVVF) lancée le 23 novembre par la plateforme Make.org.

Soutenue par Facebook, le groupe Kering (Gucci, Saint Laurent, Puma, Boucheron etc.), la région Île-de-France, une trentaine d'associations féministes et de startups de nombreux médias, cette coalition citoyenne visait à traduire en actions concrètes et durables contre les violences sexistes (entendues dans leur sens le plus large : agressions, viols, harcèlements, mariages forcés, mutilations génitales, etc.) la libération de la parole qui a suivi l'affaire Weinstein. Elle a consisté d'abord dans une consultation massive des citoyen.ne.s pendant deux mois. Grâce à l'ampleur de la coalition - "la plus grande jamais lancée pour une telle cause", selon le fondateur de Make.org, Axel Dauchez -, 8 millions de personnes ont été touchées via les réseaux sociaux, et plus de 400.000 ont participé.

Quelque 4.300 propositions ont ainsi pu être recueillies et ont été soumises à 1,25 million de votes. Au travers de plusieurs sélections, il en est ressorti 17 idées émergentes que les ONG de la coalition ont ensuite transformées en huit actions actions susceptibles de réduire de 15% les violences faites aux femmes en France en trois ans, et s'échelonnent tout au long du parcours potentiel d'une victime. Make.org et ses partenaires s'engagent désormais à les déployer, en sollicitant les autorités politiques, les participant.e.s à la consultation, mais aussi - du moins pour six d'entre elles -, les entreprises qui pourraient contribuer à leur mise en oeuvre.

Sensibilisation et formation

L'élargissement de la campagne de sensibilisation des victimes et témoins, lancé le 5 mars par la région Île de France dans les transports et soutenu par la RATP et la SNCF, figure notamment parmi ces actions. La coalition espère l'étendre à terme dans toutes les régions françaises. Afin de toucher également les enfants, et notamment 30% des 5-7 ans, une autre idée a également été retenue : celle d'intégrer un contenu éducatif sur le respect des femmes dans les scenarii des dessins animés. Les quatre principaux diffuseurs français (France TV, TF1, M6 et Gulli) ont déjà été sollicités afin qu'ils appliquent cette mesure dans leurs co-productions. La coalition prévoit toutefois aussi de solliciter des acteurs étrangers comme Netflix et iTunes.

Le problème de la capacité d'écoute et de conseil des professionnels susceptibles de détecter et orienter des victimes ayant été largement soulevé lors de la consultation, une action consiste aussi dans le développement d'un ensemble de formations continues qualifiantes ("Certif Soutien Femmes") des personnes en rapport direct avec les femmes subissant des violences. L'objectif est notamment de former et certifier chaque année 10.000 policiers et gendarmes, 1.000 chargés des ressources humaines, 10.000 éducateurs, 1.000 pharmaciens, médecins et infirmières ainsi que 1.000 assistants sociaux. Les formations, répondant au contexte spécifique de chaque corps de métier, seront notamment dispensées par  "l'école en ligne" OpenClassrooms à partir de 2019, dès lors que le financement initial (de 70.000 euros par catégorie et de 20 euros par personne) aura été monté par Make.org.

Deux plateformes numériques au service des femmes

Deux autres actions visent à utiliser le numérique afin de vaincre le sentiment d'isolement des femmes victimes de violences. Une première plateforme sécurisée et confidentielle, "Pas seul(e)", doit notamment être créée afin de mettre en relation entre elles les victimes d'un même harceleur, en entreprises ou à l'université. Les victimes y auront aussi accès à des tutoriels et pourront être mises en contact avec des associations choisies voire, anonymement, avec la direction des ressources humaines. L'objectif est d'atteindre dix grandes entreprises et dix universités, dont SciencesPo.

Une autre application, "Je suis citoyen(ne)", vise elle à permettre à tout individu de soutenir activement les victimes potentielles de violences, afin de recréer un sentiment voire un climat de sécurité. Chacun pourra choisir le service d'aide qui lui correspond : co-piétonnage des femmes dans des zones à risque, appel en cas d'agression dans les environs... Make.org espère qu'elle sera mise en avant par les quatre opérateurs télécoms français (Orange Bouygues, SFR, Free), intégrée dans un programme de formation de la Journée d'appel de préparation à la défense (JAPD), promue systématiquement au moment du passage à la retraite, afin d'atteindre un million de téléchargement par an à partir de juillet 2019. D'autres partenaires envisagés sont Handsaway, Mon Chaperon, et App-Elles (qui ont déjà développé des applications similaires), l'Apple Store et Android Market, ainsi que le groupe de protection sociale Klesia.

50.000 nuitées d'hôtel

Enfin, des entreprises du secteur de l'hôtellerie telles que Accor Hôtels, Hilton et Booking.com sont appelées à contribuer à la mise à disposition de nuitées d'hôtels pour les victimes en situation d'urgence, via les associations. L'objectif est d'obtenir jusqu'à 50.000 nuitées par an pour des séjours de courte durée (de trois à sept jours), un hébergement à plus long terme ou un accompagnement hors hébergement pouvant ensuite leur être proposé par les ONG.

Deux autres actions (le renforcement du 3919 et un service sécurisé d'archivage de témoignages et photos d'agressions "Mémo de vie") sollicitent, elles, surtout les associations. La ministre Marlène Schiappa, qui termine en ces jours sa "Marche pour l'égalité" autour de la France, devrait annoncer jeudi 8 mars, Journée des droits des femmes, le soutien que les pouvoirs publics comptent apporter à trois de ces actions (3919, Cartoon+ et Certif Soutien Femmes), afin de mettre un terme à un fléau qui aboutit en France au meurtre d'une femme tous les trois jours.

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Commentaires
a écrit le 07/03/2018 à 20:05 :
Les sociétés bougent c’est t.bien
Mais c’est «  insuffisant »

En réalité en «  priorité » ce sont «  les enfants » que les sociétés devraient protéger et après «  les femmes »

Le «  respect » commence au sein de la «  famille ».

Nombres inombrables d’enfants «  sont détruits »
C’est «  ignoble »

L'éducation c’est dans les familles
a écrit le 07/03/2018 à 17:46 :
De l'information oui !!!!!mais un tapage médiatique va finir par porter prejudice aux femmes .UN certain avocat demande de faire attention entre VIOL et PROMOTION CANAPE bien connue dans le biness

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