Après Amazon et Starbucks, Apple va-t-il céder à la vague des syndicats aux Etats-Unis ?

Les employés d'un magasin d'Atlanta de la firme à la pomme ont officiellement demandé l'organisation d'un vote sur la création ou non d'un syndicat. Si le "oui" l'emportait, ce serait une première au sein de l'entreprise aux États-Unis. Au moins trois autres magasins Apple s'organiseraient aussi dans ce sens. Une vague de syndicalisation que connaissent également Starbucks et Amazon.

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Si l'organisation du scrutin est validée et que la majorité des votants acceptent d'être représentés par Apple Retail Union, il s'agirait du premier syndicat créé au sein d'un magasin du groupe Apple aux États-Unis.
Si l'organisation du scrutin est validée et que la majorité des votants acceptent d'être représentés par Apple Retail Union, il s'agirait du premier syndicat créé au sein d'un magasin du groupe Apple aux États-Unis. (Crédits : YVES HERMAN)

Apple, à l'instar de Starbucks et Amazon, aura-t-il bientôt son syndicat de salariés ? C'est en tout cas ce que souhaitent ces derniers. Soutenus par le syndicat du secteur de la communication CWA, un groupe d'employés s'est constitué sous le nom de « Apple Retail Union » et a déposé un dossier auprès de l'agence chargée du droit du travail dans le pays (la NLRB).

L'agence a confirmé à l'AFP avoir reçu une demande. Ses dirigeants doivent désormais vérifier qu'au moins 30% des salariés du magasin ont apporté leur soutien à la procédure. Le syndicat CWA affirme dans un communiqué que plus de 70% de la centaine d'employés concernés ont signé une charte en ce sens.

Si l'organisation du scrutin est validée et que la majorité des votants acceptent d'être représentés par Apple Retail Union, il s'agirait du premier syndicat créé au sein d'un magasin du groupe Apple aux États-Unis.

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Des initiatives similaires dans d'autres magasins Apple

Des initiatives, encore au stade préliminaire, ont par ailleurs été lancées dans d'autres magasins. Selon le Washington Post, qui cite des employés souhaitant rester anonymes par peur de perdre leur emploi, les salariés d'au moins trois autres magasins Apple dans le pays sont en train de s'organiser.

Parmi eux, celui situé dans la gare mythique de Grand Central à New York, où des employés ont commencé à s'organiser sous la bannière « Fruit Stand Workers United » (FSWU, les travailleurs unis du stand de fruits). Ce groupe a commencé à recueillir les signatures : il doit là aussi convaincre au moins 30% des salariés du magasin pour demander officiellement l'organisation d'un vote approuvant ou rejetant la création d'un syndicat dans l'établissement.

Ils se sont affiliés en février à l'organisation Workers United, bannière sous laquelle se sont organisés plusieurs cafés Starbucks ces derniers mois, elle-même affiliée au puissant syndicat du secteur des services SEIU. « Comme tant de campagnes ces derniers temps, celle-ci a été initiée et est emmenée, par les travailleurs eux-mêmes », et non par un syndicat traditionnel, a tenu à souligner Workers United, ajoutant qu'ils soutiendraient les salariés d'Apple à chaque étape.

Sur le site internet de FWSU, les initiateurs du mouvement soulignent que « Grand Central est un magasin extraordinaire avec des conditions de travail uniques qui rendent un syndicat nécessaire pour garantir à notre équipe le meilleur niveau de vie possible dans ce qui s'est avéré être une période extraordinaire entre la pandémie de Covid-19 en cours et une inflation des prix sans précédent pour notre génération ». Ils veulent notamment être payés au moins 30 dollars de l'heure et plus de congés payés.

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Campagne de syndicalisation aux États-Unis

Cette campagne de syndicalisation n'est pas propre à Apple. On la retrouve également depuis plusieurs semaines chez Starbucks et Amazon, où des syndicats ont déjà été créés. En effet, après la création d'un syndicat dans deux cafés Starbucks en décembre à Buffalo, dans le nord du pays, des employés de plus de 160 établissements de la chaîne ont déposé des dossiers pour l'organisation d'un vote.

Chez Amazon, les salariés d'un entrepôt new-yorkais ont créé la surprise début avril en votant à majorité en faveur de la création d'un syndicat, une première pour le groupe aux États-Unis. Les salariés d'un autre entrepôt, situé de l'autre côté de la rue, doivent voter fin avril pour rejoindre le même syndicat, Amazon Labor Union.

Par ailleurs, l'agence chargée de superviser le droit du travail aux États-Unis a indiqué en début de semaine avoir reçu suffisamment de signatures pour l'organisation d'une élection dans un entrepôt à Bayonne, dans le New Jersey, employant environ 200 salariés. Ils voteront pour rejoindre, ou non, le syndicat International Brotherhood of the Trade Union.

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Petites victoires, dure réalité

Reste que les multinationales sont généralement hostiles à la création de syndicats. La réalité pour ces regroupements de salariés reste en effet compliquée sur le terrain, à l'instar des batailles livrées actuellement chez Amazon. La firme de Jeff Bezos devrait soumettre des objections au scrutin de l'entrepôt new-yorkais, estimant que des militants syndicalistes ont « menacé » et « intimidé » des employés pour les « forcer à voter oui ». Des accusations que formulent également le syndicat à l'encontre d'Amazon.

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Un climat de tension que l'on retrouve aussi chez Starbucks. Le syndicat Workers United a en effet dénoncé les tentatives de la multinationale lors de la création du troisième syndicat en février dernier. Starbucks aurait ainsi « intimidé et fait pression sur les travailleurs pour qu'ils votent non au syndicat ».

La création de syndicats est néanmoins largement soutenue par le président américain. Par ailleurs, Joe Biden a nommé un ancien syndicaliste, Marty Walsh, au poste de ministre du Travail, et a remodelé le conseil d'administration de l'agence en charge de faire respecter le droit du travail (NLRB). Son gouvernement tend à promouvoir les emplois syndiqués, comme quand il convie à des événements sur les véhicules électriques les fabriquants General Motors et Ford mais omet d'inviter Tesla, le seul grand constructeur où le puissant syndicat de l'automobile UAW n'est pas présent.

« Ce sont des petits pas qui peuvent faire une différence », avance Rebecca Givan spécialiste des mouvements de travailleurs à l'université Rutgers. Mais la loi actuelle est tellement biaisée en faveur des employeurs qu'il reste extrêmement compliqué de se syndiquer, estime-t-elle.

Selon l'institut Gallup, 68% des Américains se disent favorables aux syndicats, le plus haut pourcentage depuis 1965. Mais le taux de travailleurs syndiqués dans le secteur privé, en déclin depuis plusieurs décennies, a encore baissé en 2021, à 6,1%.

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(Avec AFP)

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