Après Moscou, Viktor Orban continue sa tournée diplomatique à Pékin et inquiète les Européens
latribune.fr
Les deux dirigeants avaient déjà eu l'occasion de s'entretenir en privé en mai lors d'une visite d'Etat de Xi Jinping en Hongrie. ( Photo d'illustration )
À la tête de la présidence tournante de l'UE pour 6 mois, le Premier ministre Hongrois agace ses homologues européens par ses positions diplomatiques. Après une visite surprise en Russie, Viktor Orban est à désormais en Chine où il a rencontré Xi Jinping avant de se rendre aux Etats-Unis pour le sommet de l'OTAN.
« Mission de paix 3.0 » C'est par ces mots que le Premier ministre hongrois Viktor Orban a annoncé dimanche sur le réseau social X (anciennement Twitter) être arrivé à Pékin, accueilli à l'aéroport par la porte-parole du ministère chinois des affaires étrangères, Hua Chunying. Depuis que la Hongrie a pris la présidence tournante du Conseil de l'Union européenne le 1er juillet dernier, son Premier ministre a entamé une tournée internationale pour la paix. Kiev, Moscou et désormais Pékin ont accueilli le chef d'Etat magyar dont les pourparlers et les voyages diplomatiques ne cessent d'inquiéter ses homologues de l'Union Européenne.
En Chine, comme en Russie et en Ukraine, Orban a obtenu une rencontre avec le sommet de l'Etat. Selon le ministère chinois des affaires étrangères, la discussion avec Xi Jingping concernait des « questions d'intérêt mutuel ». D'après les informations obtenues par l'AFP le conflit russo-ukrainien - pour lequel Pékin et Budapest plaident pour un règlement pacifique - semble être au cœur de cet échange.
La télévision d'Etat chinoise, CCTV rapporte également la volonté du dirigeant chinois de « créer les conditions » pour un « dialogue » direct entre l'Ukraine et la Russie en guerre, ajoutant que :
« Ce n'est que lorsque les grandes puissances feront montre d'énergie positive, au lieu d'énergie négative, que ce conflit pourra voir apparaître, au plus vite, la lueur d'espoir d'un cessez-le-feu.»
Au sein de l'Union européenne, Viktor Orban apparaît comme le principal allié de Moscou. Au détour de sa rencontre avec Volodymyr Zelensky à Kiev le 2 juillet, il avait appelé l'Ukraine à un « cessez-le-feu. » Une position à rebours de celles des Ukrainiens et de leurs alliés européens. Par la suite, il avait entrepris un voyage surprise à Moscou pour rencontrer Vladimir Poutine, faisant de lui le premier dirigeant européen à effectuer cette rencontre depuis 2022. Les chefs d'Etat européens ont d'ailleurs rappelé que ces rencontres s'exerçaient dans le cadre de « relations bilatérales » et, par conséquent, que la Hongrie ne représentait pas l'Union Européenne au cours de ces visites.
Partenariat stratégique
Les relations bilatérales sino-hongroises sont particulièrement fortes. Les deux dirigeants s'étaient déjà entretenus en privé en mai lors d'une visite d'Etat de Xi Jinping en Hongrie. À cette occasion, le président chinois avait salué un « partenariat stratégique » exemplaire avec le petit pays d'Europe Centrale.
Newsletter
L’Alerte La Tribune
Alertes en temps réel sur les informations économiques majeures.
Depuis l'arrivée de Viktor Orban au pouvoir en 2010, les investissements directs étrangers chinois en Hongrie ont bondi, atteignant en 2022 3,5 milliards d'euros. Un chiffre encore en hausse depuis la fin de la pandémie de Covid, rapportaient en mai Les Echos.
Outre ces investissements, la Hongrie a pris parti pour la Chine dans divers secteurs sensibles : signature d'un accord-cadre avec Huawei pour le développement de la 5G, construction d'un gigantesque campus universitaire destiné à l'antenne d'une université chinoise, présence d'Orban au forum des routes de la soie ou encore nouvelle liaison aérienne entre les deux pays.
Direction l'OTAN
Sur Instagram cette fois-ci, Orban a annoncé sa prochaine destination : « Prochain arrêt : Washington ». Il y assistera au sommet de l'Otan, organisé de mardi à jeudi, et qui devrait être encore une fois dominé par la question de la guerre en Ukraine. Cette dernière, dont la survie tient aux aides de ses alliés occidentaux, s'est félicitée de l'annonce par Washington le 2 juillet dernier d'une prochaine enveloppe supplémentaire de 2,3 milliards de dollars, notamment pour des systèmes de défense antiaérienne. Mais le Premier ministre hongrois se démarque par son opposition à cette assistance. En début d'année, il avait d'ailleurs mis son veto à une enveloppe de 50 milliards d'euros de l'UE, qui a finalement été validée avec retard.
Orban ne sera pas seul à venir jouer les trouble-fêtes à ce sommet de l'OTAN, qui marque également 75 ans de l'Alliance. L'événement risque d'être également perturbé par les débats autour de la capacité de Joe Biden à affronter Donald Trump et par l'instabilité politique qui règne en France. Il s'agira, en outre, du dernier sommet pour le Secrétaire général de l'alliance Jens Stoltenberg qui cédera sa place à l'ancien Premier ministre néerlandais Mark Rutte.