Les « nouvelles routes de la soie », opportunité ou menace pour l'Europe ?

 |   |  2487  mots
L’objectif est de connecter la Chine au reste de l’Asie, à l’Europe, à l’Afrique, à l’Amérique du Sud et même à l’Arctique, par voies terrestres, ferroviaires et maritimes. 122 pays étaient déjà concernés en 2018.
L’objectif est de connecter la Chine au reste de l’Asie, à l’Europe, à l’Afrique, à l’Amérique du Sud et même à l’Arctique, par voies terrestres, ferroviaires et maritimes. 122 pays étaient déjà concernés en 2018. (Crédits : [CHINE NOUVELLE/SIPA])
VU DE CHINE. Depuis son lancement par le président chinois en 2013, les « nouvelles routes de la soie » ont suscité beaucoup de débats en Occident. Ailleurs, les réactions sont, au contraire, très positives. Pourquoi les perceptions sont-elles si différentes ?

Nul ne peut plus ignorer l'importance sans précédent des « nouvelles routes de la soie » : si le sujet fait la une des magazines, c'est que ce projet géant, estimé au départ à plus de 1.000 milliards de dollars, prévoit de connecter la Chine au reste de l'Asie, à l'Europe, à l'Afrique, à l'Amérique du Sud et même à l'Arctique, par voies terrestres, ferroviaires et maritimes. Elles se focalisent sur les projets d'infrastructure (transport, énergie, télécommunications, zones industrielles spéciales), mais s'étendent également à d'autres secteurs comme la finance ou le tourisme. De 2013 à 2018, le commerce entre la Chine et les pays situés le long de ces routes a atteint 6469 milliards de dollars.

En 2013, lorsque cette initiative a été lancée par le président Xi Jinping, la Chine envisageait un sérieux défi de surcapacité industrielle : son taux d'utilisation moyen des équipements de fabrication n'était que de 70,8 %. Le pays possédait également assez de capitaux et d'expériences techniques pour la construction d'infrastructures à l'international. L'objectif essentiel de cette initiative était donc de réduire la surcapacité dans le pays, et de trouver de nouveaux relais de croissance, en développant des perspectives économiques et en cherchant des opportunités de collaboration avec les autres pays, à commencer par ceux en voie de développement. Elle pourrait bien sûr aussi aider le pays à acquérir un certain leadership dans les affaires internationales, et à construire son soft power.

Si elles ont toujours été positionnées par le gouvernement chinois comme une initiative économique, les « nouvelles routes de la soie » ont souvent été perçues, du côté occidental, comme un projet plus géopolitique ou géoéconomique que simplement économique : une stratégie d'expansion géographique et sectorielle, une nouvelle forme de mondialisation, une démonstration de force de l'empire du Milieu ou, pour certains, une façon pour les Chinois de satisfaire davantage leurs propres intérêts et de dominer le monde. En effet, face à ce projet pharaonique, les réactions en dehors de la Chine restent assez diverses, voire parfois complètement opposées.

Un projet pharaonique qui suscite les interrogations

Pourquoi des perceptions différentes ? La diversité de celles-ci peut d'abord être expliquée par les différences idéologiques, les craintes face à la montée en puissance d'un grand pays que l'Occident a souvent du mal à comprendre. Ensuite, cette initiative fait face aussi à des défis politiques ou sécuritaires, même dans le déploiement des projets économiques, surtout dans certaines régions sensibles. Par exemple, « des attentats ou des mouvements ethniques ont généré de l'insécurité autour des trois ports construits par la Chine le long de la "ceinture" dans l'océan Indien : le port birman de Kyaukpyu ; le port de Colombo, au Sri Lanka, où des attentats attribués aux musulmans ont eu lieu en avril 2019 contre des chrétiens, mais surtout des expatriés chinois ; et dernièrement, le port de Gwadar au...

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :